[Critique] Maléfique Le Pouvoir Du Mal : la nouvelle niaiserie Disney

Caractéristiques

  • Titre original : Maleficent: Mistress of Evil
  • Réalisateur(s) : Joachim Ronning
  • Avec : Angelina Jolie, Elle Fanning, Michelle Pfeiffer, Ed Skrein, Sam Riley, Harris Dickinson, Chiwetel Ejiofor
  • Distributeur : The Walt Disney Company France
  • Genre : Fantastique
  • Nationalité : USA
  • Durée : 1119 minutes
  • Date de sortie : 16 octobre 2019

La souris aux grandes oreilles…

image critique malefique le pouvoir du mal
Maléfique avait-elle vraiment besoin d’un retour ?

Disney, c’est désormais une marque, un concept essoré jusqu’à plus soif. Une organisation tentaculaire qui reproduit (presque) à chaque fois le même métrage depuis des années, voire en recyclant ses vieux succès pour les moderniser. Dans Maléfique premier du nom, la trame reprenait le pitch du roman de Charles Perrault (puis à postériori des Frères Grimm), mais le modifiait par la suite grandement en faisant de sa protagoniste une méchante finalement pas si méchante que ça mais juste une personne triste et aigrie, que l’amour pour sa filleule Aurore finira par ramener dans le droit chemin. On pourrait penser que cette initiative a le mérite de proposer une nouvelle interprétation du conte d’origine, mais ce serait oublier un peu hâtivement que ce genre de modifications naïves sont en réalité sans surprise à une époque où, de toute façon, le politiquement correct infecte le milieu artistique, et au-delà. Ce qui contraint les productions à appliquer des règles de bien-pensance, annihilant littéralement toute forme d’ambiguïté des personnages ou de la trame du récit.

Les femmes ne sont plus vraiment méchantes, comme dans Maléfique. Elles sont systématiquement surdouées et omniprésentes en dépit du bon sens scénaristique, comme dans Star Wars. Ceci pour flatter l’égo des féministes hystériques qui ne représentent finalement qu’elles-mêmes. Les personnages, hommes en premier, sont tellement encadrés par les règles de bienséance afin d’éviter la connotation de « mâles toxiques » (blancs, utilisons le racisme novlanguien pour éviter le label raciste) qu’ils deviennent des produits marketing plats et sans relief. Il suffit de se repasser quelques films datant des années 1970, 1980, ou même 1990, pour se rendre compte de l’immense fossé créatif qui sépare les deux générations. Les hommes avaient des défauts, mais c’est ce qui les rendaient humains ou au contraire caricaturaux. Cela prêtait au moins à rire. Quant au femmes, leurs personnages étaient également plus riches, car plus subtiles et, par conséquent, plus crédibles. La femme fatale manipulatrice n’est aujourd’hui plus qu’une débile arnaquant encore plus débile qu’elle. Quant à l’héroïne pure, elle est devenue une chieuse moraliste qui sanglote pour un oui ou pour un non (avant, au moins, ce profil agaçant restait cantonné aux Slashers façons Vendredi 13), on a connu mieux comme évolution. Disney fleurant néanmoins le bon coup monétaire s’est fait depuis plusieurs années le chantre et le porte étendard du progressisme bas de gamme, quitte à sacrifier au passage toute forme d’innovation dans ses métrages. Ce n’est hélas pas Maléfique : le Pouvoir du Mal qui changera ce fait.

… est en réalité un nuisible

image cinema malefique le pouvoir du mak
Et qui c’est qui est brimé, spolié, blablabla, tout en touchant son gros cachet ?

Maléfique : le Pouvoir du Mal est une continuité narrative de l’œuvre de Charles Perrault (qui nous l’apprenons à l’instant, participera au casting du prochain Georges Romero afin de manifester son mécontentement, ndlr : humour, on précise pour les fondus du bulbe) s’inscrivant quelques années après la fin de l’original, et son happy end guimauve. Sauf que, depuis tout ce temps, peu de choses ont vraiment changé : le Prince Charmant (du moins l’animatronique censé le représenter) n’a toujours pas fait sa déclaration à Aurore, désormais reine des territoires où vivent les créatures magiques. Et Maléfique reste mal considérée par les humains, malgré ses précédents faits de gloire. Heureusement le statut-quo ne tarde pas à évoluer car le Prince, lassé d’être puceau, décide enfin de passer le cap et fait sa déclaration à Aurore qui, d’abord ravie, tremble ensuite à l’idée de la réaction de sa marâtre. Laquelle ne peut voir que d’un mauvais œil l’union de sa protégée avec un humain, fut-il de sang royal. Bien sûr l’amour triomphe et, après une réticence de principe, Maléfique accepte de mettre de l’eau dans son vin au point de rencontrer les futurs beaux-parents d’Aurore. Tout cela fleure bon (ou mauvais) l’épilogue de court métrage, s’il ne fallait pas compter sur la future belle-mère de l’héroïne qui, sous un aspect angélique, cache une âme noire et des projets diaboliques.

C’est donc reparti pour un tour. Avec, tout d’abord, une Angelina Jolie dont le mimétisme avec son modèle animé force toujours le respect, mais qui peine à produire une interprétation qui dépasse le stade de l’hommage. Elle Fanning, bonne actrice au demeurant, ressemble toujours à une erreur de casting, tant son jeu et son physique ne parviennent pas à rendre grâce à la pureté de son alter ego du célèbre dessin animé de 1959. Michelle Pfeiffer, elle, semble s’amuser comme une folle dans le rôle de la méchante, la reine Ingris. Mais elle écope d’un rôle si caricatural qu’il est difficile de la prendre totalement au sérieux. Le reste du casting ressemble à un défilé de fantômes anecdotiques, tout au plus peut-on noter les compositions de Chiwetel Ejiofor et d’Ed Skrein représentant respectivement la conscience pacifique et guerrière de Maléfique. Malheureusement, eux aussi s’avèrent tellement caricaturaux que leurs atermoiements ou leurs destinées se révèlent sans surprise. Ces deux derniers personnages incarnant les deux têtes de proue d’un peuple entier de fées noires aviaires (qui, curieusement, peuvent donc être des hommes comme des femmes !), spolié et persécuté par les humains depuis de nombreux éons, et qui voit en Maléfique le Messie, héritier du phénix originel (Jean Grey ? Ikki ?) pouvant les conduire à la libération (ou l’émancipation ?). Donc, suite à la déception de Maléfique vis-à-vis de la fidélité d’Aurore à son égard, la trame du film c’est de se demander si le personnage incarné par Angelina Jolie va devenir le bourreau du monde des humains ou, au contraire, à nouveau le moteur de réconciliation inter-espèce. Un indice sur la fin, nous sommes chez Disney…

Maléfique, le pouvoir du dollar

Maléfique : le Pouvoir du Mal n’est donc qu’un énième produit marketing de l’ogre Disney qui, pour la pérennité de la bien-pensance, ne cesse de massacrer les classiques afin de les rendre politiquement correct. La révélation d’un peuple entier de fées noires (hommes et femmes rappelons-le) ne fait que diminuer encore plus l’utilité des fées positives de l’œuvre d’origine, les reléguant au stade de sidericks anecdotiques. Le message progressiste du film, qui trouve son pinacle dans un épilogue lourdingue de presque vingt minutes, aurait eu un meilleur écho s’il n’avait pas été porté par une intrigue cousue de fil blanc (ndlr : raciste !), et des personnages complètement crétins. Il faut voir comme ils semblent faciles à manipuler ! Maléfique : le Pouvoir du Mal, c’est avant tout la logique de « construisons des ponts et non des murs » (ndlr : sauf pour les baraques des exécutifs de Disney. Là, ne vous inquiétez pas, ils ont des triples murs, des caméras, des barbelés…). Mais pour ceux qui verront ce navet, la question se posera à la fin : peut-on considérer son voisin comme un allié et un ami alors que, dix minutes avant, tout le monde s’entretuait joyeusement ? Bien sûr, Disney évacue cette réflexion sous les hourras d’une bande de niaiseux et de féministes acquis à sa cause, mais le spectateur avisé ne pourra que s’interroger sur la pertinence du propos et le fait qu’il ait perdu une dizaine d’euros.

Maléfique : le Pouvoir du Mal ne pourra que séduire les enfants par son univers enchanteur, un exercice dans lequel Disney il faut bien l’admettre, excelle. Au-delà de dix-huit ans par contre, l’adhésion à un sous-texte grossier peut soulever des questions sur la crédibilité intellectuelle du spectateur. En conclusion, nous dirons que ce nouveau volet de l’histoire de Maléfique séduira les plus jeunes, mais devrait repousser les personnes qui en ont marre du politiquement correct et qui regrettent l’époque où la profondeur des personnages n’étaient pas tributaires d’une logique moralisatrice et limitée en termes créatifs.

2/10

Réagir à l’article

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *