[Critique] Place des Victoires : sympathique mais déconnecté

Caractéristiques

  • Réalisateur(s) : Yoann Guillouzouic
  • Avec : Guillaume De Tonquédec, Piti Puia, Richard Bohringer, Clara Ponsot, Gwendolyn Gourvenec
  • Distributeur : Alba Films
  • Genre : Comédie dramatique
  • Nationalité : Français
  • Durée : 103 minutes
  • Date de sortie : 6 novembre 2019

Un mélodrame cochant les cases


Place des Victoires est un film dont le sous-texte est bien connu de nos jours. Crise sociale, vivre ensemble, tolérance, amour de son prochain, bref le message bobo-gaucho que l’on nous répète depuis bientôt cinquante ans. Non que la crise ne soit pas une réalité, ou que les bons sentiments se doivent d’être relégués au registre des gros mots, mais la réalité est beaucoup plus complexe et demande une subtilité dans le traitement qui fait clairement défaut au film que nous abordons dans cet article.

Le personnage de Bruno (Guillaume de Tonquédec) est un quadragénaire marginalisé suite à des déboires professionnels et familiaux. Suite au vol de son portable, il va rencontrer le jeune Gagic (Piti Puia), un jeune Roms voleur. Ces deux êtres solitaires vont s’attacher l’un à l’autre et découvrir qu’ensemble ils peuvent retrouver une place dans la société.

Des acteurs crédibles mais clichés

image guillaume de tonquédec place des victoires

En tout cas, c’est l’idée du réalisateur Yoann Guillouzouic qui, en cherchant à livrer une nouvelle version de La Crise avec Richard Bohringer (qui joue également dans Place des Victoires, tiens donc) ne parvient pas à s’émanciper de l’actuelle doctrine du politiquement correct. C’est d’autant plus dommage que le duo d’acteurs principaux parvient à créer une réelle alchimie entre leurs personnages, ce qui constitue sans nul doute le point fort de ce long métrage.

Guillaume de Tonquédec, dans le rôle de Bruno, apporte à son personnage la désespérance nécessaire qui sied à un bourgeois soudain devenu soudain smicard, tout en y apportant à la fois des touches de naïveté qui le rendent sympathique. Parallèlement, le jeune Piti Puia se révèle être un moteur actif dans le retour à la réalité de son nouvel ami, au point qu’on se demande parfois qui est l’adulte et qui est l’enfant. Les interactions émotionnelles entre ces deux personnages engrangent sans aucun doute les meilleurs passages de Place des Victoires. Cette qualité est hélas sclérosée, car le personnage de Bruno, manifestement souvent en proie à la colère, est sous le coup d’une injonction lui interdisant de voir sa femme et ses enfants. Là, on sent que le mouvement Me Too a fait son oeuvre, car on peut subodorer qu’un acte de violence conjugale est la raison de cette décision juridique. Bruno étant un caucasien bourgeois, la critique est facile et bien que toujours possible, en aucun cas représentative de la réalité quotidienne.

Le monde selon Boboland

image piti puia place des victoires

Gagic (bien interprété par Piti Puia au demeurant), lui, garçon décrit comme solaire dans d’autres critiques, n’en reste pas moins un voleur de grand-mères qui n’hésite pas à s’introduire chez les gens pour leur dérober leurs biens. On a connu mieux comme représentation d’une chance pour la France, et ce n’est pas étonnant par conséquent que nombre de nos confrères hésitent face à Place des Victoires, entre adoubement naïf ou reniement idéologique. Si le film optait clairement pour la deuxième option, on pourrait pour le moins lui reconnaitre un parti pris osé. Mais ce serait compter sans la morale actuelle, qui pousse le personnage de Bruno à retrouver goût à la vie grâce à Gagic, qui lui reste un voleur, ainsi que sa famille. Voilà ne tentative bien maladroite de hisser le film au statut de fable morale. Bien essayé, mais c’est un échec…

À la vision de Place des Victoires, on est tenté de défendre le long métrage ne serait-ce que pour l’interprétation habitée de ses acteurs. Mais à l’image de la place en question (qui n’apparait que ciq secondes dans le film), on se ressaisit et on signale une fois encore que la réalité est tout autre. Le bourgeois caucasien n’est pas automatiquement violent (en tout cas pas le seul), le Roms n’est pas automatiquement un être sensible qui ne demande qu’à être aimé. Et la chute idéologique de la France ne doit pas être cantonnée à un mea culpa purement politiquement correct ne servant qu’à exacerber des tensions qui, in fine, ne pourront que faire se retourner le sablier et engendrer des crimes et des injustices dans l’autre sens, lesquels seront tout aussi répréhensibles et aveugles. La justice des bobos est le sacerdoce non d’un monde égalitaire et apaisé, mais d’une dystopie cruelle et violente.

5/10

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