[Critique] Waves : bien intentionné, mais peu passionnant

Caractéristiques

  • Réalisateur(s) : Trey Edward Shults
  • Avec : Taylor Russell, Kelvin Harrison Jr., Sterling K. Brown, Alexa Demie, Renée Elise Goldsberry et Lucas Hedges
  • Distributeur : Universal Pictures France
  • Genre : Drame
  • Nationalité : Américain
  • Durée : 136 minutes
  • Date de sortie : 29 janvier 2020

Un récit coupé en deux


Waves est l’histoire de jeunes adolescents qui, à l’aube de leur passage à l’âge adulte, vont devoir faire face à un maelström d’événements tantôt cruels, tantôt libérateurs dont les choix et les conséquences définiront leurs identités. Le réalisateur Trey Edward Shults s’était fait remarquer avec son précédent métrage, It Comes at Night, où il démontrait déjà un certain talent et une affection certaine pour les récits crus et réalistes. Néanmoins, ce précédent essai démontrait également certaines faiblesses narratives dues principalement à un manque de contexte global et une histoire qui laissait trop de place à des vides narratifs pénibles. Avec Waves, le réalisateur délaisse le fantastique au profit du drame social, mais conserve cette impression ambiguë d’osciller entre le talent et le vide.

Le premier élément qui choque en sortant de la séance, c’est que le récit est clairement divisé en deux parties bien distinctes. D’abord, nous suivons le récit du fils d’une famille noire joué par Kevin Harrison Jr, dont le père, ancien champion de lutte à la carrière avortée pour cause de blessure, pousse son fils à suivre ses traces. Avant de basculer à mi-récit sur celui de sa soeur, interprétée par Taylor Russel, qui devra faire face seule aux conséquences dramatiques qui frapperont leur famille.

Cette coupure du point de vue narratif pourrait facilement engendrer deux métrages bien distincts. Néanmoins, le rythme imposé par le réalisateur fusionne les deux concepts et rend finalement l’ensemble quelque peu bancal. La vérité est qu’à part pour les grands émotifs, l’histoire est sans surprise et par conséquent perd largement de sa saveur sur le fond.

Un point fort : l’interprétation

image steerling k brown waves

Il n’est pas rare de noter dans des métrages moyens (voire pire) des interprétations de haut niveau. Dans le cas de Waves, il n’y aura pas d’exception à la règle. Citons le couple de parents représentés d’abord par un père aussi impitoyable que fragile (exceptionnel Sterling K. Brown) ou la composition de la “belle mère” courage que nous livre Renée Elise Goldsberry (déjà remarquée dans le série Altered Carbon). Les enfants du couple ne sont pas en reste et apportent l’intensité nécessaire pour faire vivre leurs personnages. Ajoutons à cela la composition de Lucas Hedges (Ben is Back, Boy Erased), confondant d’innocence et de bonté dans ce métrage qui lui vaudrait de se faire flinguer illico dans un film de Chuck Norris ou découpé à la machette dans un slasher.

Trey Edward Shults s’affirme à la caméra en nous proposant à la fois des pauses poétiques, ainsi qu’une violence crue qui composent à la fois le charme et les limites de son métrage. Si la première partie peut sembler parfois clipesque, la seconde prend davantage son temps. Les deux emballent un récit cohérent, mais tellement sans surprise qu’on se demande in fine pourquoi le réalisateur étire son sujet sur près de 2h15, quitte à donner trop souvent l’impression de poser sa caméra sans filmer grand chose de concret.

Un film non propagandiste… ouf !!

image trey adward shults waves

A notre époque il est nécessaire de mentionner un film qui sait traiter son sujet sans verser dans le politiquement correct. Dans le cas de Waves, il ne s’agit que d’amour et de haine, de rédemption comme de fatalité. La famille de protagonistes est noire mais évite la plupart du temps la leçon de morale victimaire sur leur statut et se contente d’être de simples êtres humains faillibles avant tout. C’est plaisant et prouve la distanciation du réalisateur, qui avantage ainsi son sujet en faisant abstraction de la morale bobo.

Si Waves, comme nous l’avons déjà dit, n’est pas exempt de défauts, caractérisé souvent par un rythme lent qui endormira la plupart, il a le mérite d’être cru et d’aller par conséquent au bout de son sujet. Le tout est porté par des acteurs qui remplissent admirablement leurs fonctions et qui compensent les faiblesses narratives. Si nous ne pouvons être totalement enthousiastes à la vision du film de Trey Edward Shults, nous ne pouvons paradoxalement qu’encourager le réalisateur à poursuivre sa carrière pour affiner son style, mais cette fois-ci en creusant davantage sa base scénaristique.

6/10

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