[Critique] En avant : …puis en arrière

Caractéristiques

  • Titre original : Onward
  • Réalisateur(s) : Dan Scanlon
  • Avec : les voix, en version originale, de Chris Pratt, Tom Holland, Octavia Spencer et Julia Louis-Dreyfus.
  • Distributeur : The Walt Disney Company France
  • Genre : Animation, Fantastique
  • Nationalité : Américain
  • Durée : 100 minutes
  • Date de sortie : 4 mars 2020

22ème long-métrage d’animation en images de synthèse des Studio Pixar, En Avant (Onward en anglais) place son intrigue dans la banlieue d’un univers imaginaire peuplée de créatures fantastiques (elfes, trolls, lutins ou même licornes), mais dont la magie ancestrale a peu à peu laissé place à la science. Deux jeunes frères, Ian et Barley Lightfoot vont entreprendre une quête pour raviver un peu de cette magie et passer une dernière journée avec leur père disparu.

Sur la base de ce postulat, on pouvait supposer que le studio Pixar allait nous livrer un récit foisonnant de trouvailles et de gags, tout en faisant un parallèle avec une société consumériste qui laisse désormais peu de place au rêve et à l’imaginaire.

Notre déception est d’autant plus grande à la vision d’En Avant, qui s’avère au final un produit sans réelle ambition et trop calibré pour pleinement séduire le spectateur.

Un périple au ras du bitume

image dan scanlon en avant

La quête des deux frères, menée principalement à bord de leur Van (nommé affectueusement Guinevere) s’avère souvent poussive et ressemble davantage à un enchaînement de scènes qu’à une véritable épopée arthurienne avec toute la profondeur thématique que cela aurait impliqué.

Le réalisateur Dan Scanlon (déjà auteur du très dispensable Monstres Academy) passe complètement à côté du potentiel immense de son sujet et se contente de déplacer un environnement fantastique dans un quotidien réel. Si, au détour de certaines scènes, on peut se permettre de sourire et d’imaginer ce qu’aurait pu être En Avant (des licornes alcooliques faisant des poubelles ou un centaure bedonnant manquant de souffle), il est clair que l’humour tombe le plus souvent à plat. Pire, en faisant preuve d’un manque de délire évident,  le film semble parfois produire l’inverse de l’effet souhaité.

Le monde réel est triste et le métrage semble s’évertuer néanmoins à prouver qu’il ne peut que supplanter celui de l’imaginaire, rendant certaines scènes plus amères que féériques.

Une manticore devenue gérante de fast food façon McDonald’s, une épée sacrée récupérée chez le Mont de Piété, des monuments anciens détruits pour laisser place à des immeubles et j’en passe. L’intrigue peut se suivre une fois par curiosité, mais jamais elle ne parvient vraiment à nous émouvoir tant sa narration est prévisible et son propos trop ancré dans la zone de confort.

Un duo bancal

image julia louis dreyfus en avant

Si, comme souvent chez Pixar, nous avons droit à un florilège de personnages, là aussi force est de constater qu’il manque quelque chose.

Les personnages secondaires, souvent fruits de scènes dramatiques ou cocasses sont ici des spectres anecdotiques (à l’image de la “moitié” paternelle qui les suit durant leur périple) uniquement destinés à mettre en valeur le duo phare. Un duo extrêmement peu sujet à l’empathie, avec d’un côté le cadet, un cliché de premier de la classe chiant à mourir (doublé en anglais par Tom Holland) et un aîné geek convaincu par l’existence de la magie (Chris Pratt), dont le positivisme naïf et exacerbé le transforme souvent en punching ball narratif. Cela fait certes avancer l’histoire, mais au prix encore une fois d’un sentiment de pitié qui nuit clairement au métrage.

Coincé entre une tête à claque et un gros bêta, difficile de s’intéresser pleinement à l’aventure.

Un univers néanmoins cohérent

image chris pratt en avant

Si nous sommes en désaccord avec les choix narratif d’En Avant, il est important de mentionner que Pixar suit sa logique jusqu’au bout sans fausse note dans la description d’une famille aimante mais dont la perte précoce de la figure paternelle laisse planer une ombre au-dessus de leurs têtes. La quête qu’ils vont entreprendre devient alors avant tout une quête initiatique, dont la métaphore finale est celle du passage à l’âge adulte. Néanmoins, cette idée a déjà été maintes fois exploitée et il est dommage que la magie n’opère pas ici.

L’univers de Tolkien transposé au 21ème siècle franchement ça avait de la gueule sur le papier, mais encore aurait-il fallu que les apparitions du bestiaire mythologique ne soit pas réduites à peau de chagrin.

Si le savoir-faire de Pixar se ressent toujours dans la réalisation énergique du métrage, elle ne parvient pas à compenser un manque d’ambition dont En Avant n’aurait pourtant pas dû manquer.

A titre de comparaison, le récent Coco parvenait à mélanger harmonieusement générosité visuelle et émotionnelle. En Avant, lui, se rapproche davantage du Voyage d’Arlo dans la catégorie production mineure, tout en étant inférieur à ce dernier du point de vue de l’émotion.

Disney/Pixar, même combat ?

image pio marmai en avant

Comme cela s’avère souvent nécessaire dans les productions actuelles (et en particulier chez Disney), il est de bon ton d’en mentionner l’hypocrisie morale. Si comme nous l’avons déjà annoncé, l’univers “réel” d’En Avant est triste, c’est souvent parce qu’il ne cesse d’essayer de cocher des cases pour plaire au plus grand nombre et cela au détriment de l’intégrité narrative. Par exemple, le gag des fées devenues des bikers boursouflées et hystériques au physique de lanceuses de poids ouest allemandes dure au moins 15 minutes (!). C’est trop et prouve bien que le métrage a peu de choses à raconter.

Sans parler du premier personnage lesbien incarné par une “pervenche cyclopéenne” dont une phrase en particulier dans le métrage est censée révéler l’homosexualité. La campagne de pub récente a beaucoup mentionné ce fait, mais l’auteur de ces lignes doit confesser qu’il n’a pas noté la phrase en question durant la vision d’En Avant. La raison en est simple : à ce stade du métrage, il se préoccupait davantage de sa liste de courses que de l’intrigue.

Ce genre de digression, bien que brève, est souvent symptomatique d’un métrage dont la forme a été privilégiée au fond. Une fois qu’on s’est assurés de passer pour de gentils moralistes (cf : le baiser lesbien en fond d’écran du dernier Star Wars), on se dit seulement après qu’il serait peut-être temps d’habiller l’ensemble avec un (pseudo) scénario.

En Avant vers le suivant

image en avant tom holland

En cet an de grâce de l’année 2020, nous aurons droit non pas à un mais deux longs métrages Pixar. Le suivant, Soul, dont la bande annonce intrigue déjà davantage que celle de son récent prédécesseur, semble être le cheval de bataille du studio pour cette année. Preuve supplémentaire que Pixar ne croyait pas vraiment à son sujet lorsqu’il a sorti En Avant.

Jadis le “studio du futur” savait prendre son temps pour produire des chefs d’oeuvre instantanés. Aujourd’hui, la mention “qualité” devient plus ambiguë, même si le potentiel créatif reste intact. En Avant saura constituer un divertissement éphémère pour petits et grands (surtout petits) en attendant mieux.

Espérons que Soul rappelle au monde combien le studio Pixar reste à la pointe, tant de l’imagination visuelle que de la narration.

5/10

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