[Critique] De Gaulle : Un biopic dispensable

Caractéristiques

  • Réalisateur(s) : Gabriel Le Bomin
  • Avec : Lambert Wilson, Isabelle Carré, Olivier Gourmet, Philippe Laudenbach...
  • Distributeur : SND
  • Genre : Historique, Biopic, Guerre
  • Nationalité : Français
  • Durée : 109 minutes
  • Date de sortie : 4 Mars 2020

Situé en 1940, époque où le Général De Gaulle s’apprête à devenir une figure incontournable de l’histoire française, le film de Gabriel Le Bomin (également au scénario) tente sur une courte mais déterminante partie de sa vie de nous faire découvrir une facette plus “humaine” du personnage. Sur fond d’effondrement militaire et politique du pays, il oppose De Gaulle, qui veut continuer la lutte coûte que coûte et le Maréchal Philippe Pétain, partisan de la reddition. Aux intrigues de coulisses s’ajoute une deuxième ligne narrative très ennuyeuse racontant la fuite de sa famille de Colombay les Deux Eglises afin d’échapper à l’avancée de l’armée allemande.

Humanisation ou pas, il faut reconnaitre que l’avant “Appel du 18 juin” n’est pas la période la plus passionnante de l’histoire de De Gaulle. Sans doute conscient de cela, le réalisateur tente de donner de la substance à sa vie de famille. Hélas, ce segment illustre parfaitement le sentiment de vide narratif ressenti à la vision du film.

Un scénario peu inspiré

image isabelle carré de gaulle

Le métrage de Gabriel Le Bomin est en fait une histoire coupée en deux possédant chacune un aspect artificiel pour des raisons différentes. D’un côté, la lutte de De Gaulle pour maintenir une résistance face à l’ennemi, de l’autre le regard que pose sa famille sur le début de l’occupation.

Le premier segment est une succession de clichés dommageables à une époque où les “héritiers” du gaullisme ne sont que des hypocrites qui auraient probablement été fusillés sur la place publique s’ils avaient rencontré leur mentor et où les “bourreaux” de Pétain devraient prendre en compte les récentes questions soulevées, montrant que l’homme semblait être bien plus ambigu qu’il n’y paraissait.

Ici, le manichéisme règne en maître, De Gaulle est un sympathique résistant, un peu ours certes, mais lisse dans ses convictions, tandis que Pétain et ses soutiens ne sont que des militaires ambitieux et un peu gâteux qui ne souhaitent que la fin de la république française.

Le second segment est une sorte d’exode mené par Yvonne, le femme de De Gaulle, qui tente d’entraîner ses trois enfants loin de la cruauté de la guerre. La narration se focalise souvent sur la fille trisomique de De Gaulle et tente de nous arracher des larmes faciles, que ce soit par son biais ou par quelques cadavres anonymes rencontrés sur le chemin. C’est du vu et revu.

De plus, sans vouloir paraitre insensible ou minimiser les difficultés subites par les parents dont les enfants sont atteints de trisomie 21, il faut tout de même signaler que lorsqu’on va voir un film qui s’intitule De Gaulle, on se fiche littéralement de cet aspect de sa vie, encore plus quand il compose presque la moitié du métrage (!).

Des personnages trop clichés

image lambert wilson de gaulle

Comme nous l’avons énoncé précédemment, De Gaulle n’est pas un film qui vous permettra de réfléchir sur l’ambiguïté de l’histoire.

Lambert Wilson campe un De Gaulle crédible, mais beaucoup trop académique pour convaincre pleinement.

Isabelle Carré en “épouse courage” fait le minimum syndical, tandis que Philippe Laudenbach campe un Maréchal Pétain aussi ambitieux et vindicatif que bas de plafond (la faute sans doute plus au scénario qu’à l’acteur en soi).

Reste Tim Hudson qui, malgré un accent de bûcheron à couper au couteau, incarne un Winston Churchill imposant, mais lui aussi passé à la moulinette du politiquement correct alors qu’il relevait historiquement davantage d’un Talleyrand roublard que d’un Bonaparte sincère.

Le reste du casting est anecdotique et oubliable dans la minute qui suit la réapparition des lumières dans la salle.

Les fantômes du passé

image félix back de gaulle

Alternant principalement des situations en vase clos et ne cherchant jamais vraiment à illustrer les enjeux dramatiques qui se nouent sur le front de guerre, De Gaulle ne se veut pas spectaculaire, mais à hauteur d’homme. Il est cependant dommage que cela donne l’impression que les personnages évoluent tels des spectres d’un bureau à un autre. La réalisation monotone en plans fixes continuels de Gabriel Le Bomin n’arrange rien à l’affaire et transforme le métrage en un dérivatif au sommeil que seuls les insomniaques applaudiront des deux mains (une erreur déjà commise par Steven Spielberg avec son biopic sur Lincoln).

Un plan sans risque

image gabriel le bomin de gaulle

Le métrage De Gaulle incarne en fait la représentation sans risque d’une figure historique par les bobos parisiens. En se contentant d’illustrer uniquement l’avant appel du 18 juin tout en terminant par ce dernier, c’est décrire l’aspect le moins “clivant” du personnage par rapport à notre société moderne. On garde le héros militaire, mais on occulte le premier Président de la Cinquième République qui a pourtant, malgré plusieurs erreurs, été l’instigateur de grands bienfaits pour la France.

Finalement désavoué par le Peuple qu’il a défendu durant la marche étudiante de mai 68, il finit par abdiquer après consultation citoyenne par le biais d’un référendum en avril 1969. Ce passage de l’histoire se serait avéré nettement plus intéressant pour illustrer la complexité du personnage mais manque de chance, cela mettrait en lumière le fait que De Gaulle, à l’ère du politiquement correct, serait sans nul doute estampillé d’extrême-droite. Donc on laisse tomber et on se contente de l’adouber en jouant les faux-culs comme d’habitude.

Un rendez-vous historique manqué

image olivier gourmet de gaulle

De Gaulle s’avère avant tout être une déception pour tous ceux qui auraient aimé pouvoir se rapprocher davantage d’un de nos modèles français par le biais de ce biopic. A une époque où la fierté nationale se détériore en conjectures idéologiques, cela aurait constitué une bouffée d’air bienvenue.

Déjà à l’origine, faire jouer De Gaulle par un acteur qui estime que “La Marseillaise”, notre hymne national, est désormais trop violente et inadaptée à notre société française relève de l’hérésie. Que Lambert Wilson en fasse donc un poème qu’on puisse en rire et le reléguer lui et sa clique de travestis aux oubliettes de l’histoire. De Gaulle fut et reste un des plus grands personnages de notre patrimoine dans ses qualités comme dans ses défauts. Il mérite pour cela mieux que d’avoir pour héritage un film sans ambition et sans génie.

Il est d’ailleurs troublant de constater que nos figures historiques françaises sont souvent mieux représentées au cinéma par nos voisins (par exemple le Waterloo de Serge Bondartchouk avec Rod Steiger en Bonaparte) que par nos propres émules locaux.

Ici, à la maison mère, nous ne savons manifestement qu’être timorés et moralistes. Il serait grand temps que cela change.

3/10

Réagir à l’article

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *