article coup de coeur

[Test] Trials of Mana : voilà ce que doit être un remake

Caractéristiques

    • PlayStation 4
    • Nintendo Switch
  • Développeur : Xeed
  • Editeur : Square Enix
  • Date de sortie : 24 avril 2020
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Trials of Mana, un remake comme on veut en voir plus souvent

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Trials of Mana, un remake charmant au possible.

Quelques mois après sa localisation surprise à l’occasion de la Collection of Mana, le très culte Trials of Mana (longtemps connu sous son titre japonais Seiken Densetsu 3) a enfin droit à un véritable remake. Pourquoi un tel entrain de la part des joueurs ? La réponse est simple, on parle là d’un grand classique du jeu vidéo. Tout, le concernant, se rapporte à l’imaginaire des trentenaires ayant usé les pages consacrées à l’import, dans les bons vieux magazines aujourd’hui tristement disparus. Oui, le soft original, celui sorti en 1995 sur Super Famicom, nous en mettait plein la vue, et nous embarquait dans une grande aventure. Plusieurs personnages jouables, un cycle jour/nuit totalement dingue pour l’époque, des graphismes comme on en avait jamais vu : le règne de Square Enix sur le genre de l’Action-RPG ne faisait plus aucun doute. Vingt-cinq ans plus tard, l’éditeur s’est associé au studio Xeen pour nous permettre d’y jouer dans les meilleures conditions, mais aussi afin de rendre l’expérience plus conséquente.

Ce remake de Trials of Mana était attendu pour de multiples raisons. Notamment sa capacité à bien respecter l’histoire du jeu original, et surtout sa construction. Rappelons que le soft de 1995 était connu pour sa structure narrative qui sortait de l’ordinaire, avec six personnages non seulement jouables en tant que leader, mais aussi sélectionnables afin de rejoindre le groupe. Et ce n’est pas un artifice : Duran, Angela, Kevin, Charlotte, Hawkeye et Riesz ont tous leur background, et des capacités qui leurs sont propres. Cela inclue une motivation, un but très personnel que l’on découvre aussi, et c’est une nouveauté, par le biais de flashbacks. Par exemple, Duran cherche à se confronter avec le Sorcier Pourpre, un émissaire du Royaume magique d’Alténa qui prépare une guerre pour la conquête de l’épée de Mana. Angela, elle, veut prouver à sa mère, la reine d’Alténa, qu’elle est digne de son rang. Ces deux cas ne sont pas choisis par hasard : quand vous composerez votre groupe de trois personnages, embarquer ces deux-là peut apporter un peu de croustillant à l’histoire.

Un univers plus sombre qu’il n’y parait

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Flammie permet de survoler le monde.

Comme pour les autres opus de la licence Mana, tout converge vers l’Arbre de vie, représentation naturaliste d’une Déesse ici en proie à la mort. Si le fil rouge changera selon votre leader, le tronc de Trials of Mana reste en commun. Il y a bien longtemps, la Déesse a créé le monde. Afin de battre les huit dieux destructeurs, les Bénévodons, elle forgea l’épée de Mana. Ainsi vaincus, les monstres furent tous emprisonnés dans huit pierres. Désormais pacifié, le monde n’avait plus besoin de la protection active de la Déesse, alors celle-ci se transforma en Arbre de vie. Seulement voilà, la paix n’est qu’une période entre deux guerres, et le pouvoir bienveillant s’estompe. Voilà l’opportunité, pour de vils personnages, de conquérir le pouvoir absolu par la force. Les différents royaumes réagissent, certains se font offensifs, d’autres plus sages. Mais tous ont le même pressentiment : les lendemains risquent d’être dangereux, la mort et la destruction menacent. L’atmosphère du jeu se fait donc plus sombre que ce que suggère la direction artistique. C’est un paradoxe plutôt finaud, qui plonge le joueur au cœur d’un récit certes suranné, mais surtout délicieusement rétro. Et c’est bien là qu’on attendait ce remake : dans sa capacité à rendre agréable ce qui peut paraître aujourd’hui archaïque.

Oui, ce remake de Trials of Mana prend une autre direction que celui de Final Fantasy VII, que l’on a aussi félicité dans nos colonnes. Il est à noter, ici, la grande finesse de Square Enix qui, en ce mois d’avril 2020, parvient à prouver qu’il est possible d’allier modernisation et classicisme. C’est bien la seconde voie qui est ici empruntée, et elle ravira clairement les joueurs nostalgique. Ceux-ci vont découvrir un Action-RPG parfois un peu émoussé, qui a tendance à passer à la loupe des éléments aujourd’hui datés. Mais personne ne pourra nier l’émouvante sincérité de la manœuvre. Le studio Xeed, qui s’occupe de ce soft, s’est tenu à cet objectif : garder la substantifique moelle, tout en modifiant le point de vue. Ainsi, la caméra se rapproche de l’avatar, et la représentation du monde se fait toute en 3D. L’effet est saisissant. Surtout si, au préalable, vous avez parcouru l’original en 2D. Tout prend une dimension plus conséquente, surtout du côté de l’exploration. Les villages se font plus vivants, même s’ils manquent d’animation. Les chemins sauvages gagnent en impression de grandeur.

Le système de combat est séduisant au possible

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Les combats font partie des belles satisfactions.

Les batailles suivent aussi ce constat. En bon A-RPG, Trials of Mana vous proposent des combats en temps réel. Vous approchez d’ennemis, et la baston débute dans un périmètre limité. Si vous désirez fuir comme un couard, il faudra se frotter à la ligne de démarcation pendant quelques secondes. La castagne étant la seule façon de gagner de l’expérience, on n’aura jamais recours à ce genre de stratagème. Votre personnage, que vous pourrez changer à la volée entre les trois de votre groupe, peut faire parler sa force avec un coup normal ou puissant et, bien entendu, il est question de les enchainer. On conseille d’user à volonté du combo déstabilisant (coup faible, puis fort), afin de propulser l’opposant, ce qui donne un sacré avantage. Du moins, quand c’est possible, donc oubliez les pourtant inoubliables boss. La magie est évidemment de la partie, tout comme le coup chargé et l’attaque de classe. Celle-ci est associée à des jauges, qui se remplissent de particules AC au fil des combats, ou en brisant des pots bleu pendant l’exploration. Si l’ensemble du système parait bien simple, on peut compter sur quelques subtilités bienvenues. Par exemple, frapper dans le dos l’un de ces lapyns aussi mignons que querelleurs vaudra un coup critique. Cela donne à la roulade, le seul moyen de défense en dehors du bouclier (uniquement disponible pour une classe de personnage), une fonction toute aussi protectrice que stratégique. Aussi, quelques ennemis vous demanderont de vous adapter : certains ont un effet d’armure, celle-ci ne pourra être brisée qu’avec une attaque chargée, ou de classe. Aussi, des oiseaux et autres insectes volants sont au rendez-vous. Il faudra donc sauter pour les atteindre, contrairement au soft d’origine.

Entre chaque combat, vous pourrez donc vagabonder. Trials of Mana n’est pas le jeu qui donne le plus de libertés à ce niveau, très clairement, mais c’est aussi ce qui fait une partie de son charme. Le cheminement se concentre sur le récit principal, et l’on ne perd pas de temps avec des quêtes Fedex. Pas de réelles missions annexes donc, en-dehors de la quête aux trésors et de la recherche de tous les P’tits Cactus, cinquante au total. Ceux-ci sont cachés dans à peu près toutes les maps, et les trouver vous vaudra de sacrées récompenses. Expérience doublée (puis triplée) au petit bonheur la chance, remises dans les boutiques, temps pour fuir divisé par deux, et sachez que la récompense finale vaut bien le coup de s’y atteler avec soin. Aussi, on apprécie la mécanique des graines d’objet. Celles-ci peuvent servir pour se donner un peu d’énergie, mais ce serait gâcher leur véritable potentiel : plantées dans le pot disponible dans chaque auberge, elles se transforment en un élément comme les fameux bonbons ou chocolats. Et plus vous en semez, plus la barre de progression se remplie. Eh oui, cette mécanique gagne des niveaux, et les objets glanés deviennent de plus en plus importants. On pourra récupérer ces fameuses graines dans des coffres, des jarres, mais aussi en récompense de combat. Gagner des niveaux se fait aussi pour vos personnages, lesquels pourront aussi choisir différents jobs, exactement comme dans le jeu d’origine. Le concept n’a pas pris une ride, on sent toujours aussi bien la montée en puissance. Et le fait de pouvoir utiliser nos points de compétence comme bon nous semble apporte une impression de maitrise très agréable.

Une production qui respecte la nostalgie des joueurs

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Essayez de trouver tous les P’tits Cactus, les récompenses valent le coup.

Ajoutons à tout cela une véritable envie de chouchouter le joueur nostalgique. Trials of Mana n’est pas du genre à le prendre pour un abruti : il lui laisse pas mal de possibilités pour s’y retrouver. On pense surtout à l’agencement de l’ATH (les informations inscrits à l’écran). Vous trouvez que la mini-carte brise le trip en le transformant en un long couloir dirigiste ? Pas de souci, vous pouvez la désactiver. La caméra est placée trop près de votre avatar ? Ne vous inquiétez pas, vous êtes en capacité de régler la distance. On regrettera juste l’absence d’une option pour agrandir la taille de police qui, apparemment gêne certains. Ce n’est pas du tout notre cas, et pourtant votre humble serviteur n’a pas la vue la plus claire du monde. On ne pourra donc que souligner les bonnes intentions de Xeed, et leur clairvoyance. On pense ici à l’utilisation des bruitages et animations typiques de la série, heureusement gardés intacts. C’est une joie perpétuelle que de ramasser un objet, ou d’observer l’étrange danse des marchands : tout cela nous ramène au soft d’origine. Seul bémol à cette belle nostalgie : elle est jusqu’au-boutiste. Et, malheureusement, elle ne peut faire l’économie d’un cheminement parfois laborieux. On a droit à quelques allers et retours assez gonflants. Mais bon, c’est le prix à payer pour garder notre âme d’enfant quand vient le moment de chevaucher Flammie…

La durée de vie pourra grandement différer selon les joueurs, comme souvent avec les RPG, mais ici de manière plus marquée. Si vous accrochez, vous en aurez pour une centaine d’heures, afin de tester toutes les possibilités scénaristiques. Un run pourra se terminer en une vingtaine d’heures. C’est donc tout à fait costaud. Techniquement, Trials of Mana ne veut pas jouer dans la cours des grosses claques pour geekos, c’est certain. Cela se remarque surtout dans le distance d’affichage, avec pas mal d’éléments qui apparaissent tardivement, et des textures qui peinent à s’afficher. Mais est-ce réellement un handicap ? Non, tant la direction artistique met un point d’honneur à nous séduire. C’est verdoyant, coloré, une véritable bouffée d’air frais. Le character design, signé Haccan, respecte parfaitement l’univers créé par Koichi Ishii. Par contre oui, on regrette des cutscenes assez statiques, plus d’énergie n’aurait pas été de refus. Côté musiques, c’est un orgasme. Il s’agit de réorchestration des excellents thèmes originaux de Hiroki Kikuta. On remarquera que, comme d’habitude, on n’est pas fan de sa composition dédiée aux nains. M’enfin, à part ça, c’est du tout bon, et même du courageux. La mélodie qui accompagne Vuscav, le roi des mers capables de vous faire voguer, est un bon exemple de ce caractère : qui s’attendait à une sorte de reggae ? Plus classique mais tout aussi divine, la musique de l’écran-titre nous donne envie de nous déconfiner pour aller liquider du Bénévodon. Et pour couronner le tout, sachez qu’il est possible de revenir aux sonorité de 1995. Signalons, enfin, que le doublage japonais est au rendez-vous. Il s’avère chaudement recommandé. Et les sous-titres sont disponibles en français (avec quelques petites approximations, mais rien de grave), une vraie aubaine.

Note : 17/20

Ce Trials of Mana tout en 3D est une véritable sucrerie nostalgique. On se sent comme dans du coton, tant la volonté de nous gâter est évidente. Tout le sel du jeu d’origine a été sauvegardé, et mieux encore : il est aussi complété par de petites nouveautés qui parviennent à trouver leur place sans dénaturer le jeu d’origine. Conséquent en terme de durée de vie, avec ses six personnages qui représentent autant de points de vue à expérimenter, le titre pourra vous demander un sacré nombre d’heures pour qui veut tout voir. Aussi, on ne peut que louer le bon système de combat, facile d’accès mais assez fouillé pour que l’on enchaine les combats avec plaisir. On regrettera simplement un cheminement qui use et abuse des allers-retours, et une technique loin d’être de première fraicheur. Rien de bien méchant, et cela ne doit surtout pas faire oublier que oui, Trials of Mana montre l’exemple pour d’autres remakes.

8/10

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