article coup de coeur

[Test] Deadly Premonition 2 : moche, mais déjà culte

Caractéristiques

    • Nintendo Switch
  • Développeur : Toybox
  • Editeur : Rising Star Games
  • Date de sortie : 10 juillet 2020
  • Acheter : Cliquez ici

Deadly Premonition 2 est aussi culte que son prédécesseur

image jeu deadly premonition 2
Deadly Premonition 2 nous replonge enfin dans la peau de l’agent Morgan.

Sorti en 2010 sur Xbox 360 et PlayStation 3, Deadly Premonition est l’un des exemples parfaits de jeux devenus cultes non seulement au fil du temps, mais aussi malgré des défauts indéniables. On ne cesse de l’écrire, notamment dans notre test de Disaster Report 4, ou dans nos envolées concernant la licence Earth Defense Force : l’habit ne fait pas le moine. Le titre du japonais SWERY l’a donc prouvé, avec un univers d’une grande richesse, et une tonalité très atypique. Dix ans plus tard, c’est la surprise : une suite est annoncée et, signe des temps, la Nintendo Switch décroche l’exclusivité. Une très bonne chose pour Big N, qui devient de plus en plus l’ami des auteurs. Mais ce second épisode, biberonné chez Toybox et édité par Rising Star Games, fait-il plus que surfer sur le succès de son ainé ? Oui, ce qui ne l’empêche pas d’être toujours aussi imparfait.

Deadly Premonition 2 : A Blessing I  Disguise est une suite qui se raconte au passé. Un préquel, pour faire plus simple ? Oui et non, écrivons plutôt qu’on a droit à un flashback. Tout commence quelques années après les événements de Deadly Premonition. Deux agents fédéraux, dont l’un est bien connu des fans, et l’autre, Aaliyah, une sorte de clone de Rihanna, se rendent dans l’appartement d’un Francis Zack Morgan en piteux état et accroc aux drogues douces. Oui, c’est bien l’alter-ego auquel Francis York Morgan se réfère en appuyant sur sa tempe droite. On n’en dira pas plus sur les raisons de cette personnification, le spoil pointe le bout de son nez, mais il faut écrire que ce début est des plus surprenants. En effet, il s’agit d’une séquence d’interrogatoire assez longue, et surtout très bien écrite, avec pas mal de choix dans les questions à poser. Surtout, on y apprend qu’une ancienne affaire, située à Le Carré, dans l’humide Louisianne, refait surface : un corps, disparu alors, découpé en morceau et placé dans un bloc de glace, vient d’être retrouvé.

Un focus effectué sur l’enquête

image test deadly premonition 2
Les phases de gunfight sont moins nombreuses, et ce n’est pas spécialement un mal.

Soyons clairs : Deadly Premonition 2 ne pourra vous séduire que si l’univers, et la tonalité de l’écriture, vous séduisent. Ce n’est pas un jeu qui mise tout sur son récit, mais il permet d’oublier certaines tares que l’on décrira plus tard. Toujours est-il qu’on retrouve ces discussions métaphysiques gorgées d’humour et de cinéphilie (on a éclaté de rire en écoutant l’avis de York concernant The Island), le tout dans une ambiance qui rappelle (très) fortement Twin Peaks. Cependant attention, il ne s’agit pas d’un copier/coller, d’ailleurs l’atmosphère de la ville, ici Le Carré, tranche radicalement avec la plus boisée Greenvale. On sent que SWERY, ici surtout aux commandes du scénario, a tout de même cherché à renouveler sa vision, sans pour autant la dénaturer. C’est, ici, une belle satisfaction : on pourra découvrir les deux opus à la suite, et y trouver de quoi construire de véritables ponts. On remarquera tout de même un humour plus systématique, mais si réussit que cela ne dérange pas. Signalons ici que le titre est entièrement sous-titré dans un français soigné.

Dans la droite lignée de son prédécesseur, Deadly Premonition 2 est un jeu qui mélange enquête, action et monde ouvert. Seulement, là encore, les fans remarqueront que Toybox a décidé de changer la donne, en donnant une nette priorité au premier pilier. En débutant par une grosse phase d’interrogatoire, contrairement au premier jeu qui misait d’emblée sur un York combattant des démons sur un chemin forestier, on comprend que l’expérience se fera moins mouvementée. Et c’est bien le cas, d’ailleurs les phases dans la faille dimensionnelle sont désormais assez réduites en nombre. On aura toujours l’occasion de se dégourdir l’arme, non létale, sur les animaux du coin (alligators, fichus écureuils qui vous volent des objets), mais ce n’est désormais plus la priorité. C’est un choix qui pourra surprendre mais, en même temps, on comprend que les développeurs aient pu tirer des conclusions en s’appuyant sur les retours des fans. Rappelons que les phases de gunfight n’étaient clairement pas nos préférées dans Deadly Premonition : Origins, on ne regrette donc pas de ne pas revivre certains calvaires…

Le monde ouvert souffre d’une fluidité en berne

image gameplay deadly premonition 2
Le monde ouvert manque vraiment de fluidité et de détails.

Cette volonté de faire mieux est présente partout, même si elle ne suffit pas pour faire de Deadly Premonition 2 un jeu fignolé dans les moindres détails, loin de là. Vous vous souvenez du parcours de combattant qu’était la conduite de la bagnole, dans le premier épisode ? Là encore, Toybox a compris l’erreur, et a corrigé en nous proposant… un skateboard. Oui, on a l’impression de baisser d’un cran dans le moyen en lui-même, mais il est aussi largement plus maniable. En plus, on peut le perfectionner, apprendre des figures. Bon, en l’abordant on est aussi obligé de parler des rues dans lesquelles on pourra le sortir. Et là… La partie open world fait peine à voir. La ville nous ramène tout droit à l’époque d’un True Crime : c’est vide de chez vide, croiser une voiture est un événement. Et, surtout, le framerate se fait odieux. Passent encore les textures vieillotte, les effets de lumière pas toujours tops (encore que, on a été positivement surpris par le rendu de la nuit, et des phases dans l’autre dimension), et même la relative raideur de l’avatar. Mais l’impression de toussotement constant peut réellement gâcher une partie du plaisir. Du coup, on conseille d’user et d’abuser du service de taxi (ou plutôt d’Uber), afin d’aller à l’essentiel quand il le faut. Reste qu’on pourra y découvrir quelques activités aussi rigolotes qu’utiles. Par exemple, faire des ricochets sur l’eau, avec une vraie mécanique de rythme, pour gagner pas mal d’objets très utile.

Preuve que Deadly Premonition 2 met le paquet sur le côté investigation : ce problème de fluidité disparaît dès qu’on visite un intérieur, comme un bar à bowling ou une chambre froide. C’est dans ces lieux que l’on fera avancer une enquête qui, parfois, vous demandera d’attendre un moment précis de la journée. On devra alors patienter en se lançant dans d’autres activités, ou en dormant à l’hôtel, voire dans un sac de couchage. On note plein de petites mécaniques annexes amusantes, et même d’autres bien plus importantes. Par exemple, le devoir de maintenir une bonne hygiène, sinon des mouches marqueront votre saleté, et des personnages important seront bien moins ouverts à votre présence. Pareil, on devra faire attention à la jauge de faim, ou à la propreté de notre costume. Aussi, il sera question de récupérer des matières premières afin de construire des objets à placer sur un autel, et ce afin de gagner des bonus permanents (amélioration de l’arme, de la santé, de la maitrise des mini-jeux etc). Tout cela fait gonfler l’intérêt de cette expérience, qui ne peut se réduire à sa seule histoire. Par contre, on pestera parfois contre des objectifs peu compréhensibles. On pense notamment à cette mission qui nous demande de retrouver l’endroit où la victime a été découverte : l’indicateur est approximatif, alors on galère (indice, c’est sous le pont).

Attention tout de même. Si Deadly Premonition 2 a tout pour être une suite aussi culte que son prédécesseur, on ne peut fermer les yeux sur certains regrets. On a déjà abordé le framerate aux fraises (espérons que les mises à jour annoncées régleront ce souci) dès que York se trouve dans le monde ouvert. Mais ce n’est pas tout, il faudra aussi composer avec des temps de chargement fichtrement longs. Vraiment dommage, car la direction artistique s’avère bonne, et on apprécie cette sorte de très léger cel shading. Quant à la durée de vie, elle nous a paru moins solide qu’auparavant. On en voit plus rapidement le bout et ce malgré un grand nombre d’activités annexes (dont des tampons, des Trophées internes parfois difficiles à obtenir). Aussi, les ennemis sont toujours aussi limités en skin et en intelligence artificielle, même si on s’amuse toujours en les écoutant périr. Autre chose, signalons l’excellente musique signée Satoshi Okubo, un nom que les connaisseurs ont retenu depuis son coup d’éclat sur la magnifique OST d’Hotel Dusk (c’est quand vous voulez, Nintendo, pour un remaster de celui-là et de sa suite !). On a donc des sonorités à majorité jazzys, qui deviennent beaucoup plus énergiques dans les passages dans l’autre dimension. On regrettera simplement que la bande originale soit un peu chiche en nombre de morceaux. Enfin, les doublages sont disponibles en anglais (sous-titré en français, rappelons-le), et l’actorat se révèle nickel.

Note : 14/20

Tout comme pour Deadly Premonition : Origins, il est difficile de noter Deadly Premonition 2. L’expérience est un véritable régal pour les joueurs qui sauront pardonner les faiblesses, surtout d’ordre technique. Si, en plus, vous appréciez le travail de David Lynch sur Twin Peaks, alors là vous obtiendrez sûrement l’un de vos jeux de chevet. Oui, le framerate est vraiment à revoir, et la durée de vie moins solide qu’espéré. Mais on a tellement apprécié l’ambiance, l’humour, la relative générosité des activités annexes, les phases d’enquête et les réponses qui font réellement avancer le schmilblick, que l’on ne peut que tout de même vous le conseiller. Et si vous accrochez, alors vous rejoindrez les pratiquants du culte, car il n’y aura pas de juste milieu…

7/10

Réagir à l’article

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *