[Critique] Mignonnes : indigent et indigeste

Caractéristiques

  • Réalisateur(s) : Maïmouna Doucouré
  • Avec : Fathia Youssouf, Esther Gohourou, Ilanah, Médina El Aidi-Azouni, Myriam Hamma et Maïmouna Gueye
  • Distributeur : Bac Films
  • Genre : Drame, Comédie
  • Nationalité : Français
  • Durée : 95 minutes
  • Date de sortie : 19 Août 2020

Mignonnes ou pas

Mignonnes, alias le dernier navet sorti des écuries de la bien-pensance. C’est ainsi qu’on pourrait résumer le premier long métrage de l’actrice Maïmouna Doucouré qui, en 2017, a remporté le César du meilleur court métrage pour Maman(s), ex-aequo avec Vers la tendresse d’Alice Diop. Le festival de Cannes, les Césars ainsi que d’autres étant devenu depuis longtemps des nids à dépressifs moralisateurs (ndlr : et qui ont beaucoup de mal à ramener les spectateurs en salles), on pourrait presque considérer que ça donnait le ton pour la suite. Dans le film ici traité nous suivons le personnage d’Amy, 11 ans, qui découvre dans son nouveau collège un groupe de danseuses appelé Les Mignonnes. Fascinée, elle s’initie à une danse « sexy », le twerk, dans l’espoir d’intégrer leur bande et de fuir un bouleversement familial (polygamie oblige, papa prends une seconde femme). Le spectacle peut commencer.

Scénario malade pour époque malade

image maïmouna doucouré mignonnes

Que dire du scénario de Mignonnes, si ce n’est qu’on y décrit une génération coincée entre l’intelligence des émissions de Cyril Hanouna, et un laxisme absolu de l’autorité parentale (ou républicaine) pour les intégrer dans une société cohérente et non communautaire ? Les pérégrinations de la petite Amy oscillent entre son rejet des règles établies par son milieu familial, qui approuve la polygamie même si cela fait souffrir sa mère (un thème déjà abordé dans son court métrage), et son envie de se faire accepter dans son groupe de danse pour futures cinglées notoire, ce qui ne manquera pas de faire souffrir également sa mère (elle a pas de chance celle-là). Ajoutons à cela des séquences plus malsaines que constructives sur la thématique de l’hyper-sexualisation des adolescentes, et vous aurez en gros une idée de l’histoire de Mignonnes.

Des clichés lassants

image fathia youssouf mignonnes

Pour ce qui est de l’interprétation, le résultat s’avère très inégal. Si la jeune Fathia Youssouf s’en sort plutôt bien, on est tout de même loin de la révélation annoncée dans certains médias qui nous font le coup à chaque fois, avant d’écrire cinq ans plus tard un article intitulé : « que sont ils devenus ? ». Medina El AIdi, qui incarne son amie Jessica, joue également bien et bénéficie d’un physique plus atypique pour le cinéma. Pour le reste, c’est parfois gênant car on est dans le mauvais, soit dans la caricature, comme les autres adolescentes ou le cercle tribal qui alterne entre la grand mère fanatique et le sorcier marabout. Dommage, d’ailleurs, que ce dernier ne déclare pas ouvertement dans sa séquence qu’Amy est bien possédée par le démon, cela aurait au moins apporté un peu d’humour.

Maïmouna Gueye, qui interprète la mère, a sans doute pensé jouer un rôle de femme victime mais forte, cependant il n’en est rien. Le spectateur est la seule victime à devoir supporter des personnages qui semblent tout droit sortis du parfait petit manuel de la tolérance partagée par personne. Sauf pour les hommes bien sûr, quasi-absent du métrage mais coupables ou moches, préparant ainsi le terrain à une éventuelle suite, située quelques années après où la jeune Amy se sera enfin accomplie en devenant lesbienne. Xavier Dolan va adorer.

Une réalisation colorée mais orientée

image esther gohourou mignonnes

Si les chorégraphies de danse de révèlent bien filmées et que certaines subtilités de réalisation (la robe d’Amy pour le mariage de son père) révèlent un savoir faire technique de la part de Maïmouna Doucouré, il n’y a pas pour autant de quoi récompenser le film par un prix (coucou Sundance !). L’univers de Mignonnes se veut à la fois coloré, afin de nous rappeler que nous suivons des adolescentes, et intimistes lorsqu’il s’agit de souligner les premières interrogations sexuelles, comme lors de ces gros plans sur les formes de ces femmes sénégalaises. La caméra, épousant presque exclusivement le regard d’Amy, nous rappelle qu’il s’agit de son histoire à elle. Idée qui sera d’ailleurs explicitement énoncée par sa mère en fin de supplice film. Une réalisation en guise de bon point donc, mais insuffisante pour rattraper le reste.

Du propagandisme malsain

image ilanah mignonnes

C’est certainement sur ce dernier point que Mignonnes touche le fond et s’avère même nuisible à plusieurs niveaux. D’abord sur son aspect communautariste poussé à l’extrême, c’est simple on pourrait parfois se croire autant dans une ville du Maghreb qu’à Paris, voire davantage pour la première option vu qu’aucune des rues où des monuments célèbres de la capitale n’apparaissent dans le film. Une façon comme une autre, de la part de la réalisatrice Franco-Sénégalaise, de nier son pays d’accueil appuyé par son choix de l’actrice Maïmouna Gueye elle-même Franco-Sénégalaise et ardente critique du patriarcat et de la société française (qui se ressemble, s’assemble). Tout le monde est habillé comme au pays presque en permanence, applique ses règles et coutumes sans que jamais on ait le sentiment qu’ils soient intégrés à la vie française. Et s’ils en sortent, c’est pour résumer notre culture séculaire à La nouvelle star. Honteux (ndlr : et totalement contre-productif).

Le second point est celui de l’hyper-sexualisation des adolescentes, qui prend ici des allures, volontairement ou non, de tolérance à la pédophilie (ndlr : c’est très à la mode, rappelons-nous de l’irresponsable Bang Gang). Si le sujet de base était intéressant à traiter, il en devient écœurant quand la réalisatrice fait danser ses jeunes adolescentes sous l’œil lubrique de certains hommes. Ou quand la protagoniste est prête à s’offrir à un proche juste pour récupérer son portable (!). Sous couvert d’illustrer le passage à l’âge adulte, cette manière de rabaisser la femme, qu’elle soit jeune ou non, sitôt qu’elle sort des règles de son clan, ressemble davantage à un aveu de complaisance malsaine. Surtout que le pseudo féminisme de Mignonnes tombe lui aussi à plat par une conclusion qui voit pratiquement tout revenir à la normale, que ça plaise ou non aux personnages. Le progressisme bat de l’aile.

Un film raté

image myriam hamma mignonnes

Mignonnes pourrait être vu potentiellement comme un double échec. D’abord un échec scénaristique car, n’en déplaise à certaines critiques aux ordres, rien dans ce film ne se démarque du ramassis d’idéologies niaiseuses dont on nous abreuve depuis maintenant plus de trente ans. Avec cependant une nuance, tant certains sujets tolérés dans certaines cultures semblent désormais vouloir davantage s’immiscer dans le débat par le biais de ce genre de film. C’est grave, alarmant, inquiétant. Mais on se rassurera avec la qualité nullissime du résultat. On peut donc considérer que c’est également un échec fondamental car, pour le coup, la tentative est visible. En fait, c’est simple : on pourrait supposer qu’en réalité Mignonnes est en sous-main financé par l’alliance du mal (l’extrême droite, les populistes et les reptiliens russes) pour nuire au Vivre Ensemble, tellement le propos se retourne contre lui-même. Un cas d’école qu’il faudra tout de même éviter de reproduire.

1/10

Une réaction

  1. Excellente critique !!

    Ce film est une horreur !! Et quand je pense que les critiques françaises l’encensent, c’est à ne plus rien comprendre. Je croyais qu’on était en plein scandale Matzeff et Polanski… :/

    Visiblement, quand on est d’une autre race, tout est plus permis. En tout cas, chapeau à vous pour vous être démarqué de ces critiques françaises car le film fait scandale aux USA et embarrassent ces mêmes critiques qui le vantaient.

    Bravo pour votre ligne honnête, ça existe encore…

Réagir à l’article

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *