[Test] Godfall : un bon et beau looter

Caractéristiques

    • PlayStation 5
    • PC
  • Développeur : Counterplay Games
  • Editeur : Gearbox Software
  • Date de sortie : 17 novembre 2020
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Godfall, l’une des bonnes surprises de ce début de génération

image gameplay godfall
Godfall est plus impressionnant que ce qu’on attendait.

Le cas Godfall est scolaire. Tout d’abord, rappelons que ce jeu ne sort pas de n’importe où : Counterplay Games est au développement (Gearbox Software à l’édition, Just For Games à la distribution), une équipe dont certains ont notamment participé aux aventures Destiny 2 et Diablo 3. Excusez du peu. Ensuite, et c’est sans doute ce qui a le plus marqué, il s’agit du premier soft à avoir montré une phase de gameplay, alors qu’il était déjà prévu sur PlayStation 5. Il ne s’agissait pourtant pas d’un trailer, mais on y voyait assez de choses pour pouvoir commenter, souvent sans aucun recul. Et là, ce fut un déchainement de mauvaise foi, aussi bien chez les joueurs qu’une presse qui s’est empressé de mettre en place un storytelling cousu de fil blanc : ça allait être de la daube, point. On savait tous qu’il restait bien assez de temps pour que la technique, encore balbutiante, se perfectionne. Mais la mal était fait : cette vidéo montrait un titre loin de la claque visuelle qu’on attendait tous. Aujourd’hui, voilà que le résultat est enfin disponible, en exclusivité console pour la PS5. Et on peut vous l’affirmer : ce bad buzz est globalement injustifié.

Loin de nous l’envie de faire passer Godfall pour ce qu’il n’est pas. Non, le jeu n’est pas parfait, comme toute autre production d’ailleurs. Ici, on relève surtout un univers sous-exploité, alors même qu’il y avait matière pour une aventure bien plus mise en relief. Le récit s’inscrit dans un joli mélange d’heroic-fantasy et de science fiction, il faut donc s’attendre à découvrir des lieux loin de notre bonne vieille Terre. L’action se déroule dans le monde d’Aperion, lequel est au bord du chaos à cause d’une guerre pour sa domination menée par Macros. Le joueur incarne son frère, me déchu Orin, ce qui installe une ambiance dramatique conduisant inexorablement au combat fratricide. Pour ce faire, on s’allie avec la Septième Oracle et Zenun le forgeron, lesquels formeront nos seuls véritables interactions pendant toute cette quête. C’est précisément là qu’on commence à comprendre que ce voyage, tout sous-titré en français, manque d’ambition dans sa narration. Et c’est souligné par deux éléments : le codex bien fourni mais pas du tout utilisé pendant la trame, et une fin terriblement balancée à la va-vite.

Dommage, car on apprécie grandement cet Orin, héros plus âgé que ce qu’on a l’habitude de croiser, et plus réfléchi aussi. L’avatar est une réussite, ce qui ne fait que mettre en valeur ses qualités au combat, donc le gameplay. L’expérience proposée par Godfall est simple : on est dans un beat’em all 3D aux airs de God Of War, mais avec une dimension looter très, très prégnante. Tout est là, entre les énormes sensations dans la castagne, et ce plaisir incommensurable à l’ouverture des coffres. Et ces deux parents accouchent d’un action-RPG étonnamment efficace, du moins après une prise en mains qui peut demander un peu de temps. Dans le premier contact, on remarque de suite quelques éléments un peu problématiques, en premier lieu ce lock trop timoré et imprécis. On prend l’habitude par la suite et, entre nous, le feu de l’action fait qu’on n’a pas trop recours à cette commande, à part contre les boss. Aussi, on comprend rapidement que le jeu se fera répétitif dans sa structure, mais les fans de looter savent que ça fait partie de la recette : on trouve justement le plaisir dans cette nécessité de connaitre les lieux, les bons emplacements à butin.

Au-delà de ces deux retenues, Godfall prend aux tripes grâce à de très bonnes sensations pendant les combats. Les coups sont placés sur les gâchettes : R1 pour le rapide, R2 pour le puissant mais lourd. Vous allez vite comprendre que les développeurs se sont acharnés à donner de la patate au rendu de ces phases évidemment très présentes, et c’est une totale réussite dans ce domaine. On ressent la puissance des armes parfois gigantesques, les ennemis en prennent plein la tronche. Il ne suffit pas de frapper d’ailleurs, il est nécessaire de le faire avec intelligence. Bien sûr, il est question de se défendre, et ce grâce au bouclier (disponible même avec les armes à deux mains ou les marteaux, voilà une excellente décision) qui peut, déclenché au bon moment, provoquer un petit stun. Aussi, il se transforme en véritable boomerang selon les capacités que vous apprendrez par le biais de l’arbre de compétence, à garnir avec vos points glanés à chaque niveau atteint. Aussi, une esquive est disponible, avec Croix, vous rendant même insensible aux coups sur quelques frames. Il est donc nécessaire, à haut niveau, de composer avec ces éléments, sinon c’est la mort assurée.

Un système de combat étonnantes, et du bon gros loot

image test godfall
Le système de combat a de la bonne grosse patate.

Godfall compose un système de combat plus riche que ce que nous espérions. Vous allez trouver différentes armes (épées doubles, lances, marteaux de guerre, épée longue etc) et pièces d’équipement (amulettes, anneaux, etc), bien entendu selon le code couleur de tout bon looter qui se respecte (transparent pour les plus faibles, or pour les plus rares). À vous de trouver votre équilibre, que ce soit dans les effets provoqués ou les attaques spécifiques à chacune d’entre elles. D’ailleurs, sachez que l’avatar peut intervertir entre deux armes, comme pour mieux souligner le fait qu’elles apportent des approches fondamentalement différentes. Cela, c’est la base, et Counterplay Games ajoute trois mécaniques qui, selon nous, font toute la différence. Le Brise-Âme vous fait accumuler du dégât sur l’ennemi avec le coup simple, à dépenser avec le coup puissant (provoquant un effet impressionnant à l’écran), parfait pour que le joueur reste concentré, et pas totalement en mode automatique. Aussi, la Colère d’Archon, à lancer en pressant R3 et L3 quand la jauge est remplie, fait intervenir des effets parfois surpuissants et salvateurs, différents selon votre armure. Car vous en fabriquerez onze au fur et à mesure, et elles auront un impact direct sur vos capacités. Enfin, on apprécie aussi grandement l’utilisation de la banderole : en pressant Haut sur la croix directionnelle, on plante une sorte de drapeau qui accorde des effets dans une zone délimitée, ici pendant un laps de temps et seulement quand la jauge de cooldown s’est chargée. On a donc des mécaniques qui gardent le gamer maitre de ses décisions, c’est important dans un looter.

Cependant, Godfall se loupe un peu dans l’exploration, ce qu’on regrette tant les environnement poussent à leur découverte. La décision de ne pas livrer au joueur une carte est logique avec la nécessité de lui faire utiliser la Vision de l’esprit, cette dernière faisant ressortir les points d’intérêt à l’écran. Le problème est que, parfois, on tourne un peu en rond, et particulièrement dans les phases de recherche de trésors cachés, très importantes pour trouver du bon gros butin qui déchire. Ces coffres rares sont signalés par une aura plus imposante mais, paradoxalement, ils se font parfois trop difficilement accessibles, nous rendant fou au passage quand le level design manque de clarté, comme dans l’étage de l’eau. Outre cette anicroche, on aurait aussi apprécié encore plus de cibles pour la chasse, car c’est un élément très satisfaisant, depuis la présentation très classe du vilain jusqu’à son combat.

La durée de vie, d’ailleurs, se fait plutôt costaude même s’il faudra se motiver et trouver son plaisir dans la quête du meilleur équipement. Car l’aventure proposée par Godfall, en ligne droite, se termine en une quinzaine d’heure. Ce chiffre se multiplie grâce au défi de la Tour centrale, une succession de combats à la difficulté parfois éreintante, mais aussi avec le contenu d’après la fin. Un quatrième monde se débloque, celui des Pierrêves, une façon en fait de fabriquer de la nouvelle instance afin de chercher le meilleur loot possible. Enfin, il ne faut pas sous-estimer l’apport du multijoueur, grâce auquel le type d’armure prend d’ailleurs tout son sens. On pourra parler de différentes classes utiles sur le terrain, et de proto-Monster Hunter. Mais vraiment proto, hein, dans l’esprit.

Enfin, Godfall est aussi une belle réussite purement visuelle. Et oui les loulous, quand on voit des images d’un jeu quelques mois voire années avant sa sortie, on peut être étonné du chemin parcouru. C’est le cas ici, même si tout n’est pas rose, on signale notamment d’étranges micros-freezes qui, on l’espère, seront réglés par une prochaine mise à jour. Toujours est-il que c’est parfois superbe, les horizons se font grandioses, les textures pleines de détails, et les effets de lumière se multiplient de partout. Les animations nous bluffent aussi, ce qui ne fait que s’ajouter à un character design bourru hyper plaisant. Clairement, le jeu était infaisable sur l’ancienne génération de consoles. Côté sons, c’est là aussi une réussite. Le travail d’actorat des voix se révèle très soigné, le mixage se déguste particulièrement au casque. Et les musiques, signées Ben MacDougall (belle découverte) appuient bien une ambiance plus mélancolique qu’il n’y parait. Du moins après le premier thème de l’aventure, pendant le tutoriel, beaucoup trop bourrin à notre goût. Aller, on relève tout de même un petit regret : la DualSense n’est pas assez mise à contribution à notre goût, malgré de bonnes sensations sur les gâchettes.

Note : 15/20

Si vous cherchiez un looter qui fait le job, et se permet même d’offrir du bon gros impact dans les combats, alors Godfall est tout indiqué. Petit canard noir de ce lancement de la PlayStation 5, le jeu n’est certes pas parfait mais il procure ce qu’on recherche, et même un peu plus. La structure se fait cependant trop répétitive (surtout pendant l’aventure principale), et cela n’arrange en rien la ritournelle traditionnellement superfétatoire du genre. Mais si cela vous convient, si vous savez où vous mettez les pieds, alors vous en aurez pour votre grade. Surtout que les développeurs osent des mécaniques parfois étonnantes. Tout cela construit un jeu bien plus intéressant que ce que beaucoup ont dit de lui…

Auteur

  • Mickaël Barbato est un journaliste culturel spécialisé dans le cinéma (cursus de scénariste au CLCF) et plus particulièrement le cinéma de genre, jeux vidéos, littérature. Il rejoint Culturellement Vôtre en décembre 2015. Manque clairement de sommeil.

7/10

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