Love Story d’Arthur Hiller (1970): critique du film

image affiche love story hillerMélo tire-larmes ou beau film d’amour ?

J’ai enfin regardé l’adaptation du roman d’Erich Segal, que j’ai lu il y a neuf ans de cela et dont je viens de vous proposer une critique. Comme tout le monde, je connaissais les images du film et surtout la superbe musique (lacrymale à souhait mais superbe) de Francis Lai, que je joue des fois au synthé. Je craignais un peu que le film ait mal vieilli ou en rajoute par rapport au roman, en appuyant le côté tragique de l’histoire, façon, « à vos marques, prêts, pleurez! »

En même temps, je savais que le film était bien noté sur Imdb et plutôt bien considéré dans l’ensemble et je dois dire que j’aime beaucoup les acteurs: Ryan O’Neal, s’il a un physique assez lisse de jeune premier (mais quel charisme et quel sourire!) n’en demeure pas moins un acteur étonnant de justesse, surtout dans le Barry Lyndon de Kubrick où il interprétait le rôle éponyme. Quant à Ali MacGraw (qui ne doit sa gloire qu’à deux films, celui-ci et Guet-Apens avec Steve McQueen), bien que je n’ai jamais vu aucun de ses films, il s’agit d’une actrice pour laquelle j’ai toujours eu beaucoup de sympathie. Ce mélodrame ne pouvait donc pas être bien déplaisant, d’autant plus qu’il me semblait bien qu’Erich Segal avait participé au scénario (il est en effet le scénariste).

Et Love Story est en effet un très beau film d’amour, bien joué et plutôt bien réalisé. Je dis plutôt car certains effets d’arrêt sur image ou de fondu enchaîné au ralenti ont très très mal vieilli et arrachent quelques grimaces à des moments peu opportuns. Mais mis à part ces menus détails, il n’y a pas grand chose à reprocher à  au film d’Arthur Hiller.

Une adaptation fidèle et convaincante

Jenny Cavilleri (Ali MacGraw) au temps du bonheur avec Oliver dans Love Story d'Arthur Hiller

Au cours de la première demi-heure pourtant, j’avais quelques réserves:si Ryan O’Neal est très juste dans le film, il me semblait trop « gentil » pour le rôle. Comme je le disais dans ma critique du roman, Oliver Barrett IV est un jeune yuppie arrogant qui cumule les aventures sans lendemain et se cache derrière une carapace de gars costaud qui ne sait pas pleurer. Comme il s’agit d’une manière de se protéger, on devine vite que c’est un vrai tendre, mais le personnage reste étranger à ses propres émotions jusqu’à la toute fin de l’histoire, lorsqu’enfin, à la mort de Jenny, il parvient à pleurer dans les bras de son père, avec lequel il était fâché. Or, Ryan O’Neal apparaît dès le départ comme un gentil nounours aux yeux doux qui se fait mener à la baguette par la sarcastique Jenny. Même si son côté plus brute apparaît un peu plus tard, il a souvent l’air au bord des larmes,que ce soit lorsqu’il demande à la jeune femme sa main ou après qu’ils aient fait l’amour pour la première fois et je pestais intérieurement contre ce parti-pris conventionnel. Néanmoins, à ma grande surprise, plus le film avance et plus le personnage s’endurcit, pour finalement coïncider parfaitement avec le héros du roman. Je craignais que l’émotion ne soit trop appuyée lorsqu’on apprend la maladie incurable de la jeune femme et évidemment, lorsqu’elle meurt à l’hôpital dans les bras de son amour, or il n’en est rien. Le film est en cela extrêmement fidèle au livre, d’autant plus que, fait rarissime pour une adaptation je pense, la quasi-totalité des répliques du film sont celles, à la virgule prêt, que l’on trouve dans le roman!

Des larmes perdues dans la neige

Oliver Barrett (Ryan O'Neal) n'a d'yeux que pour Jenny dans le paysage enneigé dans Love Story d'Arthur Hiller

J’ai par contre été moins émue par le film que je ne l’avais été par le roman. Je ne pense pas qu’Arthur Hiller soit en tort pour autant: peut-être que, par sa fidélité même à l’oeuvre d’origine, j’ai tout simplement eu le sentiment que ce film n’apportait rien de plus au texte original, mis à part la prestation (très convaincante) de ses interprètes et la fameuse musique. J’ai trouvé le film très beau, très réussi, mais je n’ai pas été « scotchée. » Love Story n’est pas un chef d’oeuvre (ce serait franchement le surestimer) mais, par sa simplicité même, sa sobriété et le charme de ses acteurs, il s’agit d’un film qu’on savoure avec délice et émotion.  Mélancolique plutôt que franchement triste, il possède la même fraîcheur que le roman, cette même volonté de prendre la vie avec légèreté tout en refusant l’auto-apitoiement malgré sa fin tragique.

Oliver Barrett (Ryan O'Neal), une statue dans le paysage enneigé figé dans le silence dans Love Story d'Arthur Hiller

Un élément néanmoins m’a surprise et confère à cette adaptation plus de pessimisme que l’oeuvre originale: alors que dans celle-ci le héros parvenait à laisser libre cours à son chagrin dans les bras de son père et par la même occasion à se réconcilier avec lui, ici, Oliver pardonne à son père en lui révélant implicitement l’amour qu’il lui porte mais il se détourne de lui sans un regard (et sans s’autoriser à verser une larme) avant de rejoindre le stade enneigé où Jenny et lui avaient passé des moments romantiques avant son hospitalisation. Cette neige qui parcourt tout le film, tel un fil rouge, et où le héros choisit de se perdre pour de bon semble-t-il, comme l’atteste son regard éperdu qui semble fixer dans l’au-delà un bonheur terreste disparu à tout jamais. S’ouvrant et se terminant sur ces plans identiques du jeune homme assis de dos sur un banc enneigé et le thème musical lancinant de Francis Lai, Love Story se révèle alors comme l’histoire d’un homme hanté à tout jamais par une histoire d’amour absolu, sans possibilité de rentrer un jour chez lui. Un homme qui se fait statue dans ce paysage figé dans le silence et la blancheur immaculée.

 

Cécile Desbrun

Cécile Desbrun est une journaliste culturelle spécialisée dans le cinéma, la musique et l'image de la femme dans la culture. Elle créée Culturellement Vôtre en 2009 et écrit parallèlement pour plusieurs publications en ligne. Elle achève actuellement l'écriture d'un livre sur la femme fatale dans l'oeuvre de David Lynch et est la créatrice du site Tori's Maze, dédié à l'artiste américaine Tori Amos, sur laquelle elle mène un travail de recherche approfondi.
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