les-enque-tes-du-de-partement-v-profAprès un premier volet, Miséricorde, sorti directement en VOD il y a deux semaines, Les enquêtes du département V débarquent aujourd’hui au cinéma avec Profanation. Adapté une fois encore de la saga policière de Jussi Adler-Olsen, qui s’est vendue par millions au Danemark mais également en Allemagne ou aux Pays-Bas, Profanation présente une enquête qui lorgne par bien des aspects du côté de Millenium, autre saga nordique au succès autant public que critique. Le réalisateur Mikkel Nørgaard, quant à lui, n’est pas inconnu des sériephiles puisqu’il a déjà travaillé sur Borgen et Clown.

L’inspecteur Carl Mørck et son assistant Assad sont deux enquêteurs spécialisés dans les crimes non résolus. Le département V pour lequel ils travaillent est en théorie supposé enterrer de vieilles affaires, mais, dans les faits, Carl et Assad rouvrent de vieux dossiers qui méritent toute leur attention. Lorsqu’un homme désespéré ayant accosté Carl au sujet d’une vieille affaire datant de 1994 se suicide en lui laissant un carton contenant tous les éléments pour poursuivre l’enquête du meurtre de ses enfants, les deux hommes vont plonger au cœur d’une histoire sordide. En son cœur, une femme disparue à la personnalité trouble et des hommes d’influence…

Sur les traces de Millenium

les enquêtes du département v profanation 1C’est un pari risqué que fait Wild Bunch en décidant de sortir ce second volet au cinéma au lieu du premier. Si les personnes ayant apprécié Miséricorde devraient se ruer dans les salles, comment convaincre un public n’ayant pas vu la première enquête, sachant que Profanation se situe dans la continuité de celle-ci ? L’univers est déjà posé et cela suppose que les spectateurs devront rentrer dans celui-ci de plein pied sous peine de rester au bord de la route. Mais, à la vision du film (précisons tout de suite que je n’ai pas vu Miséricorde), force est de constater que cela n’est pas trop gênant : l’histoire est différente et les rapports entre les personnages ne nécessitent pas de longues explications. En fin de compte, c’est surtout lors du premier quart d’heure que des éléments tirés de Miséricorde sont exploités et qu’on peut ressentir un petit manque, parce-qu’il nous faut situer les personnages les uns par rapport aux autres et qu’on sent que le scénario joue sur la connivence avec les spectateurs du premier film. Au-delà, une fois que l’enquête à proprement parler démarre, la question ne se pose même plus.

Point positif : nous rentrons sommes toutes assez facilement dans l’enquête. Les éléments de l’affaire nous sont dévoilés petit à petit et des flash-backs nous ramènent dans un pensionnat, en 1994, en mettant l’accent sur une jeune fille atypique, dans une atmosphère lourde de mystère. La réalisation et l’ambiance, jusqu’à des éléments de l’intrigue, rappellent assez vite Millenium. Le personnage de Kimmie, notamment, peut faire penser à certains égards à Lisbeth Salander. Sa personnalité, mise en avant tout au long du film, est complexe, attachante par moments et repoussante à d’autres et provoque une certaine fascination qui fait que l’on suit l’intrigue avec plaisir et intérêt. Quelque part, au-delà de l’identité des tueurs, le véritable mystère du film, son centre névralgique, c’est bien elle et son parcours. Savoir qui a fait quoi n’est au fond pas LA question qui nous agite le plus. Le ressurgissement du passé, la rédemption semblent davantage intéresser les scénaristes et Mikkel Nørgaard et c’est là que l’histoire prend et nous agrippe, jusqu’au dénouement, très sombre.

Un certain manque d’ampleur

les enquêtes du département v profanation 2Mais, malheureusement, Profanation possède un air de série télé de luxe qui lui nuit quelque peu. Soyons clairs : le film n’est pas mal réalisé, loin de là, mais il y a un côté trop plan-plan, trop télévisuel, qui était aussi (en moins prononcé) le problème des volets 2 et 3 de Millenium qui, pour le coup, était à l’origine une mini-série. Ajouté à un rythme globalement assez lent, avec quelques baisses de régime par moments, tout cela fait que Profanation manque d’une certaine ampleur.

A cela s’ajoute un manque d’ampleur au niveau de l’histoire en elle-même. Il est difficile, au cours de cette enquête autour d’un meurtre gratuit qui remue le passé, de ne pas penser au premier Millenium. La comparaison, malheureusement, ne va pas à l’avantage de Profanation car, alors qu’il y avait là matière à nous retourner les tripes, on reste en fait assez froid devant le film. Les éléments de l’histoire sont dérangeants en eux-mêmes, mais on ne se sent guère dérangé ou interpellé, ce qui est plus que dommage. Le film voudrait sans doute nous dire quelque chose sur la violence de ces jeunes que nous voyons à l’écran, sur leur malaise et sur celui de la société qui les a engendrés, mais on ne sait pas vraiment quoi, au juste. Alors que Millenium avait un discours fort sur la misogynie et la montée du fascisme, par exemple, qui transcendait complètement son histoire, lui donnant une forte portée émotionnelle qui est malheureusement absente ici.

Ce défaut s’atténue malgré tout lors du final, d’une sombre beauté et face auquel on ne pourra rester insensible. Mais cette force aurait tellement pu être décuplée avec des partis pris plus forts et quelques longueurs en moins qu’on reste quelque peu sur notre faim. Profanation s’avère finalement un polar agréable à regarder, bien fait et très bien interprété (mention spéciale à Danica Curcic), mais qui ne restera pas dans nos mémoires bien longtemps. En revanche, cela donne malgré tout envie de voir Miséricorde (beaucoup plus court et à l’histoire plus resserrée) et de continuer à suivre la saga. Mais celle-ci devra se muscler pour pouvoir survivre au cinéma plutôt qu’en VOD.

Sortie en salles le 8 avril

 

Cécile Desbrun

Cécile Desbrun est une journaliste culturelle spécialisée dans le cinéma, la musique et l'image de la femme dans la culture. Elle créée Culturellement Vôtre en 2009 et écrit parallèlement pour plusieurs publications en ligne. Elle achève actuellement l'écriture d'un livre sur la femme fatale dans l'oeuvre de David Lynch et est la créatrice du site Tori's Maze, dédié à l'artiste américaine Tori Amos, sur laquelle elle mène un travail de recherche approfondi.