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Il est difficile de passer à côté de la mutation opérée par le jeu vidéo, du moins pour une partie de son offre. Alors que les gros jeux, que l’on qualifie de « triple A » comme une vulgaire notation financière, s’éloignent de plus en plus du skill au profit du vécu via un rendu parfois exagérément cinématographique, la scène indépendante reste très fidèle à la construction d’une expérience basée sur l’évolution du joueur. On se remémore évidemment les jeux signés Edmund McMillen et toute une ribambelle d’autres, auxquels viendra s’ajouter une pièce de choix : Furi.

Furi est le dernier-né du studio The Game Bakers, studio composé notamment d’anciens d’Ubisoft (dont on vous proposait une interview voilà quelques temps). Le trailer, les intentions et les noms à la signature ont fait grandir la curiosité autour de ce projet. Il faut bien dire qu’avoir été chercher Takashi Okazaki, auteur d’Afro Samurai, est une idée très payante, qui assure déjà un design visuel haut de gamme. Autre signature importante, cette fois-ci côté musique : Carpenter Brut assure une partie de l’OST. Encore un choix qui s’annonce judicieux…

Mais encore faut-il que ces éléments prometteurs s’avèrent cohérents dans la globalité de Furi. C’est pour cela que cet hands-on était très attendu à la rédaction : on aime que les promesses aboutissent sur du concret. Tout d’abord, signalons que la version ici abordée était celle destinée à la Playstation 4. Les premiers instants de jeu nous ont rassuré sur un point : si l’on a décidé de ne pas trop nous spoiler la tronche en regardant l’entièreté de la cut-scene introductive, on peut bel et bien s’attendre à un scénario conséquent. Furi développe un univers à la hauteur de son design, c’est déjà un bon point. Sur le peu que l’on ait pu voir, notre avatar est autant en quête de liberté que de vengeance contre ses anciens cerbères, que l’on va devoir combattre un par un. On est dans le viscéral, et c’est une très bonne chose tant le mariage avec le recours au skill brut de décoffrage est une réussite. Quoi de mieux, pour se surpasser, qu’une cause qui pousse à se transcender, donc à se relever après l’échec ?

image bullet furi

Et d’échec, il en est question dans Furi. Mais attention, avant tout il faut bien souligner que la demie-heure passée en compagnie du jeu nous a fait comprendre que le but de The Game Bakers n’est pas de chercher la difficulté pour uniquement ce qu’elle est. Comme pour Bloodborne par exemple : il n’est pas question de seulement chercher à vous faire souffrir, mais de créer l’évolution chez le joueur… et uniquement chez lui. Pas de points d’expériences pour améliorer le personnage. Pas d’amélioration d’armes. Pas de craft, pas de farm, rien de tout ça. Juste le joueur et l’épreuve qui lui fait face. Un boss fighting qui prend des airs de combat de samouraïs tout droit sorti d’un film de Misumi, mais auquel on aurait appliqué un filtre très typé animé de qualité. Furi met à l’épreuve les réflexes, la capacité d’apprentissage chez celui qui s’y frotte. La courbe de progression est tout sauf injuste, et bien vite on a cette impression que si l’on faute, c’est uniquement dû à une erreur de la part du joueur.

Car Furi est impressionnant côté gameplay. Les contrôles sont précis, et pas besoin de passer par les options pour régler la sensibilité de quoi que ce soit. Tout répond au doigt et à l’œil et tant mieux : vous allez vous apercevoir que la précision d’exécution sera l’une de vos principales armes. Bloquer une attaque de votre ennemi ne se fait pas en se contentant de maintenir le bouton adéquat. Non, il vous faudra l’utiliser pile au moment opportun, d’ailleurs le jeu vous récompense en cas de timing parfait, mais genre à la frame près. Bien évidemment, il ne faut pas non plus être un maître absolu du jeu vidéo pour s’éclater sur Furi, il suffit de faire preuve d’observation et de digestion de l’expérience que chaque épreuve va vous proposer. Celles-ci sont divisés en phase totalement transparentes pour le joueur, même si l’énergie de l’adversaire est un bon indice pour savoir où l’on se situe dans la globalité du combat.

image duel furi

Sur notre expérience d’une demie-heure, nous avons été sans cesse sous pression. Furi est un jeu qui va vite s’avérer chronophage pour qui aime à se mesurer à un challenge cohérent. La multiplicité des situation est aussi l’une des raisons de ce rythme endiablé qui nous a transporté loin, mais loin pendant cet hands-on. Il y a clairement deux phases de jeu : l’attaque à distance, et la rapprochée. On ne va pas trop vous en dévoiler pour maintenir l’effet de surprise, disons qu’il va falloir autant se défaire de grappes de boulettes (rassurez-vous, ce n’est pas non plus un maniac shooter… en tout cas sur ce premier ennemi) qu’apprendre à bloquer et contrer, tout en tenant compte de votre environnement dans certains cas. Quinze minutes étaient nécessaires pour se défaire de ce premier ennemi, même si votre humble serviteur a échoué lamentablement (à cause de réflexes mis à mal par des nuits trop courtes, quoi pas d’excuses ?). Furi table sur une durée de vie oscillant entre six à dix heures, et pense à sa rejouabilité : un mode pensé pour les speedrunner ainsi qu’une difficulté Hard se débloqueront dès la fin du jeu.

Au final, ces premiers instants passés sur Furi se sont avérés à la fois rassurants et surprenants. Non, nous ne faisons pas face à un jeu uniquement punitif, mais qui pense la courbe de progression chez le joueur, tout en lui proposant un gameplay tellement fignolé qu’il ne pourra pas « ragequitter » en maudissant les développeurs. Enfin si, il pourra, mais uniquement en faisant preuve d’une sacrée mauvaise foi de mauvais perdant (ndlr : tu en connais un rayon, Mickaël). L’univers rajoute de l’intérêt au concept, c’est techniquement solide et plaisant aux oreilles. Il va falloir rajouter Furi à la wish list de cet été, histoire de vérifier ces très bonnes impressions sur la durée…

https://youtu.be/Np-zuXblNd0 

Mickaël Barbato

Mickaël Barbato

Mickaël Barbato est un journaliste culturel spécialisé dans le cinéma (cursus de scénariste au CLCF) et plus particulièrement le cinéma de genre, jeux vidéos, littérature. Il rejoint Culturellement Vôtre en décembre 2015 en tant que co-rédacteur en chef. Manque clairement de sommeil.
Mickaël Barbato