L’angoisse fait son grand retour dans la licence

Il est une évidence que nous devons tout de même écrire noir sur blanc : maintenant que Konami a définitivement ruiné les espoirs d’un nouveau Silent Hill (aller, on parie sur un jeu de pachinko basé sur la licence !), Capcom se retrouve avec une certaine pression sur les épaules. Alors que Resident Evil 6 et son traitement « tout action » n’a clairement pas laissé de superbes souvenirs (encore que, le bashing était parfois très exagéré), Resident Evil 7 se voit aujourd’hui comme le porteur d’eau de tout un genre : le survival horror. Et ce n’est pas tout, car il faut aussi rajouter une certaine responsabilité quant à la réalité virtuelle, le jeu étant à cent pourcent supporté par le Playstation VR. Beaucoup de responsabilités, donc, et il va falloir les assumer. Afin de vérifier la bonne tenue de ce projet très sensible, nous avons pu découvrir une toute nouvelle démo du jeu sobrement intitulée « Lanterne ». Alors, ce Resident Evil 7 est-il réellement sur de bon rails ?

Avant de répondre avec aplomb à cette interrogation, décrivons un peu ce à quoi nous avons pu jouer. Cette nouvelle démo de Resident Evil 7 (déjà présentée à la Gamescom 2016, donc pas aussi inédite qu’on nous affirmait) était jouée intégralement au Playstation VR, et sur une Playstation 4 « normale » (pas une Pro, donc). Le segment que nous avons parcouru en large et en travers devrait être inclus dans le jeu définitif, par contre on n’y incarnera plus l’héroïne que cette démo nous présente. Notre personnage féminin doit échapper à une femme complètement cinglée, Marguerite Baker, sans autre arme que son (ou votre) instinct de survie. L’action se déroule dans une bâtisse en bois totalement délabrée, faisant passer la chambre d’un rédacteur de Culturellement Vôtre pour une bibliothèque bien ordonnée, c’est dire. Bref, l’action débute de suite : la vieille dame hystérique est à nos trousses et il va falloir s’enfuir, rester éloigné de cette mégère… et de sa maudite lanterne.

Elle est vache, Marguerite

image femme resident evil 7

Cette démo a clairement deux messages à faire passer à celles et ceux qui ne savent pas encore à quoi s’attendre de ce Resident Evil 7. Le premier est que Capcom a très bien entendu les fans qui demandaient une ambiance plus travaillée, plus d’angoisse et moins d’action. Comme on fait partie de ceux-ci on hurle victoire car, sachez-le dores et déjà : cette démo « Lanterne » nous a foutu une sacrée pétoche et, c’est peut-être le plus important à souligner, distille carrément une forme d’angoisse qui n’était pas présente dans la licence jusqu’ici. Cet amuse-gueule nous met dans la peau d’une héroïne apparemment faible, apeurée, on ne la sent pas sûr d’elle. On a peur pour sa survie, et donc pour notre réussite purement ludique. C’est un sentiment qui existait évidemment dans les premiers Resident Evil, mais pas à cette échelle. Ici, pas d’arme, pas de coéquipier, rien : cette vieille bique défraichie est invincible à l’image du Nemesis, mais sa menace est plus lancinante. Plus dialoguée, aussi. Le Playstation VR fait beaucoup pour la réussite de cette démo de Resident Evil 7, on peut presque sentir le souffle putride de l’ennemi atteindre notre cou. Ce casque est décidément plus qu’une valeur ajoutée, il transforme totalement le rapport entre le joueur et le soft…

L’autre message délivré par cette démo « Lanterne » est qu’il faut s’attendre à un retour aux bases pour ce qui est du gameplay de Resident Evil 7. Terminée la volonté de se rapprocher d’un TPS lambda, aux oubliettes le débat « straf ou pas straf ». Notre héroïne est lourde, on la sent un peu pataude, et même en courant elle ne rassure pas. Rassurez-vous, on n’est pas non plus dans un rendu de semi-remorque comme à l’époque du premier épisode sur Playstation. Mais la philosophie s’en rapproche indéniablement : ne comptez pas être aussi agile qu’un magnifique chat de gouttière. Autre élément intéressant, cette démo fait intervenir une énigme qui pourra, là encore, rappeler bien des choses aux habitués des premières heures de la licence. Alors que l’ignoble gorgone est sur nos talons, on récupère un bien drôle d’objet, lequel sera au centre d’un petit puzzle à base de jeu d’obscurité : il faudra manipuler l’étrange pièce pour que son ombre dessine une araignée, afin d’enclencher le mécanisme d’une porte dérobée. Le feeling est efficace, prise de tête juste ce qu’il faut, à l’image de ce que l’on trouvait dans le premier Resident Evil (ah, ces fichues statues !).

Le survival horror enfin de retour ?

image lanterne resident evil 7

Après s’être enfoncé dans les entrailles de la bâtisse, non sans avoir tout fait pour ne pas se faire repérer, cette démo de Resident Evil 7 nous réserve une dernière surprise. De taille. Une expérience passive certes, mais fichtrement efficace. On est assis, ligoté à une table couverte d’une nourriture à la provenance très certainement humaine. Le frisson. On est en présence d’une famille complètement dégénérée qui nous fait passer un bien mauvais quart d’heure. On pense évidemment à la séquence du dîner de Massacre à la Tronçonneuse, sauf que cette fois-ci Sally… c’est vous. Estomacs fragiles s’abstenir. En parlant de tripes délicates, l’expérience s’est plutôt bien déroulée, visiblement votre humble serviteur s’habitue à la sensation étrange d’un traveling avant vécu par le corps fixe. Côté rendu technique de cette démo « Lanterne », ça souffle le chaud et le froid. Écrivons que le trip proposé fait oublier un scintillement parfois prononcé, mais rien de bien gênant au final. On se fait la remarque pendant les premières secondes, mais très vite la situation nous accapare tellement que la chasse aux pixels passe clairement au quatrième plan (là où elle doit demeurer, par ailleurs).

Au final, ce nouveau contact avec Resident Evil 7 confirme l’esquisse d’impressions que nous avions en sortant de la démo « Kitchen ». Capcom est entrain de mettre les bouchées doubles pour nous proposer un survival horror digne de ce nom, un véritable retour à la frayeur qui nous manquait tant depuis le cinquième opus. L’angoisse sera de la partie, qu’on se le dise, et s’il faut évidemment rester sur nos gardes, écrivons ici que ce Resident Evil 7 fleure bien bon…

Resident Evil 7 sera disponible le 24 janvier 2017, sur Playstation 4 (compatible Playstation VR), PC et XBox One. 

Mickaël Barbato

Mickaël Barbato

Mickaël Barbato est un journaliste culturel spécialisé dans le cinéma (cursus de scénariste au CLCF) et plus particulièrement le cinéma de genre, jeux vidéos, littérature. Il rejoint Culturellement Vôtre en décembre 2015 en tant que co-rédacteur en chef. Manque clairement de sommeil.
Mickaël Barbato