[Critique – Blu-Ray] Veronika décide de mourir — Emily Young

Affiche originale de Veronika décide de mourirCaractéristiques

  • Réalisateurs : Emily Young
  • Avec: Sarah Michelle Gellar, Jonathan Tucker, Erika Christensen, David Thewlis, Melissa Leo….
  • Éditeur : Seven7 Editions pour le DVD, Capelight Pictures pour le BR allemand

Critique

L’adaptation de l’excellent roman de Paulo Coehlo, Veronika décide
de mourir
 
est sortie directement en DVD et Blu-Ray le 13 avril, de même qu’aux Etats-Unis. Les mauvaises langues diront que cela ne laisse augurer rien de bon pour un petit
film indépendant au pitch mélo à souhait avec Sarah Michelle Gellar, la star de Buffy, en vedette. Ayant moi-même lu le livre de Coehlo
lorsque j’étais au lycée, j’appréhendais beaucoup de voir son adaptation: le roman, intelligent et sensible est vraiment bon, cependant, l’histoire en elle-même aurait pu tomber dans le mélo et
le cliché absolus très facilement avec des sujets tels que la dépression, le suicide, la schyzophrénie et le milieu psychiatrique. La fin, notamment, très étonnante (je ne vous gâcherai pas la
surprise…) paraîtrait même assez grosse si l’auteur ne possédait pas une telle finesse d’écriture. Il faut dire que, ayant été interné de manière abusive à la demande de ses parents à plusieurs
reprises dans les années 60 sous prétexte qu’il voulait devenir écrivain, l’auteur avait de quoi donner une vision personnelle à ce sujet.

J’espérais donc de tout coeur que la réalisatrice Emily Young (dont je n’avais pas vu les deux films précédents) ne prendrait pas le chemin de la facilité en nous présentant un
film larmoyant et naïvement moralisateur.

Je viens de découvrir le film en Blu-Ray et je dois avouer que j’ai été très très agréablement surprise et qu’il a très largement dépassé mes attentes. Je me préparais à aimer mais en faisant
preuve d’indulgence, or il s’agit vraiment d’un très beau film, esthétiquement superbe (moi qui m’attendais à une réalisation plate et transparente!) et surtout très sensible et très juste, qui
n’en rajoute jamais. Avec, en plus, la meilleure performance de Sarah Michelle Gellar depuis la fin de Buffy. Bref, un vrai coup de coeur.

La meilleure performance de Sarah Michelle Gellar au cinéma

Veronika (Sarah Michelle Gellar) au bord de l'abyme... ou vers une nouvelle naissance?

Les critiques et une partie du public ont souvent été injustes envers l’actrice, pour la simple raison qu’elle a été la star durant sept ans de la série fantastique Buffy contre les
vampires
, qui est considérée de manière très inappropriée comme une série B décérébrée pour ados alors qu’il s’agit tout simplement d’une des plus belles oeuvres sur le passage à
l’âge adulte, écrit et réalisé avec une grande finesse et beaucoup d’humour par Joss Whedon. Au fil des saisons, Gellar a grandi en même temps que Buffy et son
jeu s’est approfondi au gré de l’évolution (de plus en plus sombre) de son personnage, superhéroïne aux multiples facettes. Il est vrai, cependant, que la plupart des films dans lesquels elle a
tourné ne lui ont jamais vraiment permis de montrer toute l’étendue de son talent. Hormis l’excellent Sexe Intentions (version ado des Liaisons
Dangereuses
précurseur de la fade série à succès Gossip Girl) dans lequel elle incarnait une magnifique salope manipulatrice, nympho et camée à mille lieux
du modèle qu’est Buffy Summers, elle a principalement joué des personnages assez fades dans des films d’horreur assez passables (Souviens-toi l’été dernier,
The Grudge, The Return, etc.) ou bien les écervelées, comme dans les deux films pour enfants Scoobidou, adaptations
assez gentillettes du dessin animé culte d’Hanna Barbera. Ces deux dernières années, elle a néanmoins joué dans deux films intéressants (le film-choral métaphysique
The Air I Breathe et l’OVNI de science-fiction Southland Tales de Richard Kelly) mais malheureusement inaboutis, ayant
bénéficié d’une sortie en salles très limitée aux Etats-Unis et inexistante en France.

Si Veronika décide de mourir nous arrive directement en vidéo à cause du manque de moyens financiers des producteurs en raison de la crise, il s’agit en tout cas de son
plus beau rôle au cinéma. Un rôle qui, espérons-le, lui permettra de recevoir enfin des propositions à la mesure de son talent.

Une plongée mélancolique tout en finesse dans l’esprit d’une dépressive

Veronika (Sarah Michelle Gellar) inconsciente après sa tentative de suicide Les à priori sur le film tombent dès les premières images, très graphiques et joliment filmées. Veronika, belle jeune
femme de vingt-six ans, prend le métro new-yorkais pour se rendre à son travail et pose un regard désabusé sur les personnes qui l’entourent, et décrit en voix-off son vide existentiel avec une
froideur chirugicale. En quelques minutes, nous voyons en condensé une journée type de sa vie où, sans grand discours explicatif, on comprend qu’elle a priori tout pour être heureuse (un poste
important dans la finance, une situation matérielle confortable…) mais que cette vie très cadrée ne lui convient pas. Elle a voulu se fondre dans un moule de normalité qui l’opresse et la rend
cynique sur son avenir: se marier, avoir des enfants, être malheureuse mais ne rien faire pour y remédier. Veronika est une jeune femme d’une passivité absolue qui regarde sa vie de l’extérieur
sans parvenir à agir… sauf  pour mettre fin à ses jours en mélangeant abondament médicaments divers et variés et whisky sur fond de Radiohead à son plus froidement
pessimiste (“Everything In Its Right Place” live).

La manière très posée dont se déroule tout cela déroutera peut-être certaines personnes qui auraient aimé en savoir plus sur les raisons du mal-être de l’héroïne, mais Emily
Young
a choisi la meilleure approche possible, refusant la facilité du pathos mais faisant preuve d’une grande sensibilité. Veronika considérant qu’elle n’a pas de vie, pas d’avenir et
qu’elle n’est personne au milieu de la masse, il est en ce sens normal qu’on ne la montre pas plus longuement dans sa vie quotidienne puisque nous sommes en outre dans sa tête dès le début du
film. Son indifférence aux lieux où elle se rend tous les jours, aux autres et au temps, qui semble ici dissout dans une monotonie elliptique infernale, reflète bien son état d’esprit suicidaire,
cette manière froide et clinique de percevoir la réalité tout en s’y sentant étranger. A mesure que le cocktail fatal fait son effet, la réalisation se fait de plus en plus sensorielle sans
tomber dans des effets cheap, montrant la jeune femme exulter de désespoir et s’agiter dans son appartement pour finir par écrire un mail absurde au magazine Village
Voice
pour se plaindre d’un article de mode et cracher sa haine pour le conformisme de la société et ainsi justifier son suicide. Lorsqu’elle s’effondre quelques instants plus tard,
nous ignorons combien de temps s’est écoulé mais les secours frappant à sa porte laissent supposer que le magazine a reçu son message et les a prévenus.

La séquence onirique (dont les deux images ci-dessus sont extraites) qui nous fait passer de l’appartement de la jeune femme à l’hôpital psychiatrique est de toute beauté, alternant entre
quelques plans des secours transportant Veronika et la jeune femme plongée dans un décor de rêve, pieds nus en robe blanche au bord de la mer dans laquelle elle se jette et s’enfonce. Scène à
l’imagerie typique vue dans de nombreux films (Requiem for a Dream et bien d’autres) mais réalisée de manière exemplaire, avec un montage et une utilisation des
cadrages, des couleurs et des fondus au noir très réussie.

A mille lieux de l’hystérie de Vol au dessus d’un nid de coucous

Veronika (Sarah Michelle Gellar) rejouant du piano pour la 1ère fois sous le regard d'EdwardLorsqu’elle reprend conscience, une infirmière et le psychiatre qui dirige les lieux lui
annoncent que son overdose médicamenteuse a engendré un anévrisme inopérable à son coeur et qu’il ne lui reste que quelques semaines, voire quelques jours à vivre… ce qui la réjouit plutôt,
bien qu’elle ne supporte pas de ne pas savoir précisément à quel moment son coeur lâchera. Condamnée à passer ses derniers jours dans cet asile de luxe, elle est suivie par le Dr Blake
(David Thewlis) qui tente de la faire réagir.

Là se trouve tout l’enjeu du film: la proximité de la mort peut-elle être l’occasion pour Veronika de prendre conscience de la beauté de la vie? La description du milieu psychiatrique est à mille
lieux de films tels que Vol au-dessus d’un nid de coucous (1975) ou Une vie volée (1999). Non seulement le personnel est compréhensif et
sensible (le directeur étant connu pour son approche non-conventionnelle mais aucunement sadique) mais en plus les patients n’ont rien d’aliénés hystériques grimaçants. Dans cet environnement
rassurant et apaisant, les dépressifs, schyzophrènes et autres catatoniques se croisent sans faire de vagues et lorsque Veronika gifle un homme atteint de démence qui l’a agacée avec son
charabia, il s’agit presque d’un événement. Là encore l’approche est convaincante et le côté calme et imperturbable de l’environnement, son aspect anonyme également (on ne connaît que quelques
bribes de l’histoire de certains personnages) contraste avec la rage rentrée de Veronika et lui permet peu à peu de laisser jaillir sa soif de vivre et de ne plus se cacher. Une évolution
progressive qui s’effectue de manière nuancée et sensible, de manière autrement plus intéressante et moins attendue que si elle s’était retrouvée dans un environnement hostile, attachée à son
lit, soumise à des séances d’électrochocs et entourée de psychopathes.

Un retour à la vie d’une simplicité bouleversante

Veronika (Sarah Michelle Gellar) se met à nu face à Edward

Le retour à la vie de la jeune femme s’effectue par le biais d’un jeune homme catatonique et plus ou moins schyzophrène, Edward (Jonathan Tucker) qui n’a plus prononcé un mot
depuis l’accident de voiture qui a causé la mort de sa fiancée, d’une ancienne avocate neurasthénique et d’un piano, son ancienne passion, qu’elle a rejetée par manque de confiance en elle. Je ne
peux ici m’empêcher de parler de deux des scènes centrales du film, tout simplement magnifiques.

Après s’être disputée avec ses parents qui lui ont rappelé à quel point elle aimait jouer du piano plus jeune, Veronika passe devant la salle de musique où se trouve l’instrument. Hésitante, elle
s’assied face au clavier et commence par le frapper à pleines mains avec rage, produisant des sons discordants avant d’esquisser peu à peu une mélodie mélancolique qui prend tranquillement de
l’ampleur et semble soudain lui redonner vie et l’apaiser tandis qu’Edward dehors, la regarde par la fenêtre, fasciné. La réalisation, d’une grande simplicité (gros plans visage, gros plans mains
majoritairement ), met en avant Sarah Michelle Gellar, épatante. Le silence, uniquement rompu par le piano, permet à l’émotion de monter en nous en même temps qu’elle s’empare de
la jeune femme.

La deuxième scène, plus longue et étonnante, nous montre de nouveau Veronika jouant du piano, Edward se trouvant cette fois juste derrière celui-ci. La musique est plus intense et le désir perce
dans le regard des deux protagonistes en dépit du mutisme du jeune homme. Une fois son morceau achevé, elle se déshabille calmement sous ses yeux et l’invite sans un mot à la rejoindre. Face à
son manque de réaction, elle laisse glisser sa main sur son corps et se met à se masturber face à lui jusqu’à jouir dans un abandon libérateur.

Ce qu’il y a de profondément émouvant et étonnant dans cette scène, c’est la sensibilité et la pudeur qui s’en dégage. Il n’y a pas le moindre sentiment de voyeurisme (la caméra reste sur un plan
rapproché épaule de la jeune femme et ne la montre jamais nue) ou de provocation, il s’agit simplement d’un moment d’intimité et d’abandon absolu où la vie jaillit de manière irrésistible,
marquant la remontée vers la lumière des deux héros. Pas un seul mot n’est échangé et Sarah Michelle Gellar est exceptionnelle, laissant passer sur son visage mille pensées et
émotions lors de longs plans qui auraient pu être délicats. Cette scène est sans conteste le sommet du film et ravira les fans de l’actrice frustrés par le manque d’envergure de ses rôles ces
dernières années (et bien évidemment fera taire ceux qui ne lui trouvaient aucun charisme).

Veronika (Sarah Michelle Gellar) et Edward (Jonathan Tucker) heureux mais pour combien de temps? Voici donc un film remarquable du début à la fin, toujours simple et juste, qui rend merveilleusement justice au roman de Paulo Coehlo (qui est pour moi son meilleur,
loin devant L’Alchimiste qui ne m’avait pas plus marquée que ça). Hymne à la vie de toute beauté sans maniérisme et beau discours, il saura vous toucher, je l’espère,
autant que moi. Ne vous laissez pas intimider par la jacquette kitchissime du DVD ou le fait que ce film n’est pas sorti en salles, il mérite vraiment d’être loué ou acheté. Il ne s’agit pas
nécessairement d’un chef-d’oeuvre au sens où il ne révolutionne rien de particulier et n’a pas non plus l’ampleur d’un classique, mais il s’agit en tout cas d’un très bon film qui laisse le même
sentiment de sérénité et de foi en la vie que le roman. A recommander donc.

Cécile Desbrun

Cécile Desbrun est une journaliste culturelle spécialisée dans le cinéma, la musique et l'image de la femme dans la culture. Elle créée Culturellement Vôtre en 2009 et écrit parallèlement pour plusieurs publications en ligne. Elle achève actuellement l'écriture d'un livre sur la femme fatale dans l'oeuvre de David Lynch et est la créatrice du site Tori's Maze, dédié à l'artiste américaine Tori Amos, sur laquelle elle mène un travail de recherche approfondi.
/10

Réactions (3)

  1. Bonjour,

    Etant fan de Sarah Michelle Gellar depuis la série Buffy contre les vampires, j’ai acheté le dvd de ce film pour l’actrice. Et dès les premières minutes, je me suis complètement identifié à
    Veronika. J’ai toujours trouvé la plupart des gens ennuyeux et trop prévisibles. Pourtant tout le monde me disait que j’avais tout pour être heureux, mais je ne sentais qu’un grand vide dans ma
    vie. Contrairement à Veronika, je n’ai pas fait de tentative de suicide, mais j’ai perdu un être cher et me suis retrouvé à l’hôpital. Je me suis retrouvé très fatigué et on m’a parlé de problèmes
    plus important, de maladie dont on se savait pas comment elle allait évolué. J’ai alors pris conscience que j’allais mourir un jour ou l’autre. Alors, j’ai décidé d’arrêter mes études supérieures
    qui m’ennuyaient et que je faisais uniquement pour rassurer mes parents. Je me suis inscris dans un cours d’écriture, car j’avais toujours révé de devenir auteur et publier un livre. J’ai trouvé un
    travail dans une bibliothèque et je suis devenu reporter pour un journal. Et c’est après tout ça que j’ai découvert le film Veronika décide de mourir et cela m’a encouragé dans ma voie. J’ai alors
    acheté le roman et il est vraiment bien. Aujourd’hui, je fais tout ce dont j’ai envie : regarder des dessins animés, me goinfrer de pop-corn, écrire, regarder les étoiles… Là seule chose que je
    regrette c’est de ne pas encore avoir rencontré des gens comme Edward ou Marie. En tous cas, tout le monde pense que je suis devenu fou. Mais je m’en moque et je fais ce que j’ai envie même si
    c’est complétement idiot ou pas à la mode.
    Enfin voilà, je voulais témoigner sur ce film. Je pense que beaucoup de gens souffrent du même mal que Veronika dans notre société actuelle.

  2. Ce film est une véritable connerie. Rien ne tient debout : elle jeune, belle, bon poste, aisée…

    Sa tentative de suicide bidon avec pilules sagement étalées et plein de couleurs… Pour info, on prend d’abord un anti-vomitif avant de prendre sa dose et on n’a guère besoin de prendre plusieurs
    sortes de pilules. Bref du grand n’importe quoi à la sauce USA.

    La petite amourette à la con et la délivrance après une partie de jambes en l’air.

    C’est vraiment ça une dépression ? Il suffit de trouver quelqu’un pour que tout redevienne beau et positif ? Mais de qui se moque-t-on ? Cela souligne bien à quel point ‘sa dépression’ n’est qu’un
    leurre.

    Les gens qui ont subi la dépression ne peuvent que vomir sur cette histoire superficielle au possible.

  3. Pingback: [Critique - Blu-Ray] Possession de Joel Bergvall & Simon Sandquist

Réagir à l’article

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *