sea fog les clandestinsKang est capitaine d’un bateau de pêche menacé d’être vendu par son propriétaire. Il décide de racheter lui-même le bateau et de conserver son équipage. Mais la pêche étant insuffisante, l’argent vient à manquer et il accepte de transporter des clandestins venus de Chine. La situation va rapidement échapper à son contrôle…

Après avoir réalisé des chefs d’oeuvre comme The Host (2006), un des meilleurs films de monstres des années 2000 et s’être frotté à Hollywood avec le sympathique Snowpiercer (2013) , Bong Joon-Ho revient en tant que producteur sur Sea Fog, le premier film en tant que réalisateur du scénariste Shim Sung-Bo avec lequel il avait co-écrit Memories of Murder en 2002. Sea Fog est une première oeuvre visuellement très aboutie, qui nous plonge dans l’univers anxiogène de ce bateau en perdition. Malgré le réalisme social dépeint par le film, il règne une ambiance quasi-fantastique avec cette brume qui s’installe et viendra faire ressortir les plus bas instincts des protagonistes. Une réussite dans le genre.

Un anti-héros marquant

Sea-Fog-Yun-seok-KimPourtant, les choses avaient commencé de manière bien plus hésitante, avec des personnages secondaires typés pour ne pas dire stéréotypés qui faisaient craindre que le film ne s’installe dans une mauvaise caricature. Il y a par exemple la femme qui, pour être au chaud à l’intérieur du bateau, est prête à coucher avec le premier venu. Ou le membre de l’équipage qui ne pense qu’à violer l’héroïne du début à la fin et ne possède aucune ligne de dialogue révélant autre chose de lui. Cependant, la noirceur de l’ensemble, absolue, vient à bout de ces résistances et les caractères se révèlent.

S’il y a bien un personnage loin de tout cliché, cependant, c’est bien le capitaine Kang, sombre et charismatique, dont la déchéance morale est amenée de manière aussi convaincante qu’étonnante. Bon et empathique au départ, il fera tout pour sauver son navire et sortir indemne de la situation, même si cela implique de perdre son humanité. Ce revirement particulièrement saisissant est à l’origine de scènes terrifiantes lorsque, à la suite d’un événement inattendu, l’intrigue sombre dans le cauchemar.

L’innocence au milieu de l’horreur

foto152_extlargeLe film à visée sociale grand public sombre alors dans le film de genre implacable et personne n’en sortira indemne. Au milieu de cette noirceur subsiste malgré tout la beauté d’une histoire d’amour, simple et lumineuse, pour ne pas dire naïve. L’innocence survit au milieu du chaos et de la barbarie et le jeune couple apparaît touchant. La force du film vient d’ailleurs de ce contraste constant entre la grâce de cet amour naissant et l’horreur de ce qui se passe à bord.

Signant une oeuvre classique sombre mais accessible, entre constat humaniste (l’immigration clandestine) et constat sans appel de la nature humaine, Shim Sung-Bo remporte haut la main le défi que représente la réalisation d’un premier film et réalise même l’une des scènes les plus marquantes de ces dernières années lorsque nous assistons, sans complaisance, à l’horreur, vue à travers les yeux de l’héroïne. Sea Fog, s’il n’est pas le grand film qu’était The Host, où régnait également horreur et désolation, parvient cependant à marquer et interpeller le spectateur. Et continue de prouver, si besoin était, la force et le dynamisme du cinéma coréen.

Sortie le 1er avril 2015 

Cécile Desbrun

Cécile Desbrun est une journaliste culturelle spécialisée dans le cinéma, la musique et l'image de la femme dans la culture. Elle créée Culturellement Vôtre en 2009 et écrit parallèlement pour plusieurs publications en ligne. Elle achève actuellement l'écriture d'un livre sur la femme fatale dans l'oeuvre de David Lynch et est la créatrice du site Tori's Maze, dédié à l'artiste américaine Tori Amos, sur laquelle elle mène un travail de recherche approfondi.