image poster furiCaractéristiques

  • Test effectué sur : Playstation 4
  • Genre : Action
  • Distributeur : The Game Bakers
  • Développeur : The Game Bakers
  • Sortie France : 5 juillet 2016

Test

Cela faisait plusieurs semaines que nous attendions Furi, un jeu indé couvé par une équipe talentueuse formée notamment d’anciens de chez Ubisoft : The Game Bakers. Ayant fait leurs preuves avec la licence mobile « Squids« , que nous allons par ailleurs mettre en valeur dans les jours à venir (surprise !), ce studio sans frontières a décidé de se lancer dans une autre catégorie, celle des consoles et du PC. On le savait depuis notre preview, pour laquelle nous avions pu mettre les mains sur Furi : il fallait s’attendre à un jeu d’action très porté sur le skill, à forte patte artistique aussi bien que visuelle. Ces espoirs se matérialisent-ils une fois le jeu installé sur le disque dur de notre Playstation 4 ?

Histoire : 4/5

image the game bakers furi

On avait un peu peur d’un scénario « prétexte », qui ne soit présent que pour pousser le joueur à avancer sans jamais réellement s’avérer être plus qu’un enrobage un peu forcé. Grossière erreur. Alors évidemment ce n’est pas ce qu’on retient avant tout de toutes ces heures passées en compagnie de Furi, l’histoire la plus mémorable restant celle que vous allez raconter à votre pad, mais on apprécie l’effort mené non seulement sur la narration mais aussi du côté de la mise en scène. Le jeu construit plus une ambiance, via une somme d’informations, qu’il ne conte un récit. Nous incarnons un prisonnier d’un mystérieux complexe technologiquement très avancé, qui se fait la malle après avoir été libéré d’un bien étrange endroit. Problème, les gardiens ne veulent pas vous voir prendre la poudre d’escampette, et il faudra leur passer sur le corps pour enfin hurler « libertad ! ».

La mise en scène de Furi peut décontenancer au début, entre deux combats notre avatar avance inexorablement, tel un Zatoichi vidéoludique, entre le ciel et l’enfer. Le joueur peut prendre en charge cette démarche, ou activer la « conduite automatique », et pendant ce temps le contexte se dévoile via des dialogues avec un mystérieux homme-lapin, qui fera fatalement remonter quelques souvenirs aux amateurs de Donnie Darko. Cela porte ses fruits : ces phases sont non seulement l’occasion d’en apprendre plus sur l’histoire de Furi, de manière bien cryptée sachez-le, mais aussi elles permettent de faire monter la tension au sein de séquences qui, à première vue, étaient plutôt là pour calmer les nerfs. « Quel sera le prochain taré à occire ? »…

Gameplay : 5/5

image bullet furi

Furi se devait de nous proposer des mécaniques de jeu peaufinées dans le moindre détail. Était en jeu ni plus ni moins que la réussite de ce soft, car rien de plus odieux qu’un jeu basé sur le skill (la capacité à maîtriser ces fameuses mécaniques, jusque dans nos purs réflexes) qui ne rendrait pas justice à l’adresse du joueur. Pour faire simple, il ne fallait pas que Furi fasse penser : « ce n’est pas juste ». The Game Bakers peut dormir sur ses deux oreilles tant leur soft évite soigneusement cette catastrophe, et ce tout du long. Les principes du jeu sont on ne peut plus simples : le stick gauche pour se déplacer, le droit pour tirer, un bouton pour l’esquive, un pour l’attaque à l’épée (ces deux derniers pouvant être « chargés »). On distingue deux phases de jeu dans ces joutes : à distance, où les échanges peuvent vite ressembler à un bullet hell (light, faut pas pousser non plus), et au corps-à-corps dans un rapport de force plus tranchant. Ajoutons que pour terrasser un adversaire, il faudra lui vider pas moins de six barres de vie, pendant que le joueur n’en dispose que de trois (en mode normal, tout du moins). Chacune de celles-ci, chez l’ennemi, est l’occasion d’une phase, c’est à dire que sa « routine » changera dès que vous l’aurez délesté d’une barre. Mais attention, car si vous perdez vous même une « vie », vous devrez recommencer la routine en cours. Et voilà pour les règles de Furi. Simple non ? Bon, maintenant vous êtes prêts à vous prendre taquet sur taquet, à vous faire éparpiller façon puzzle.

Parce que oui, Furi est dur, et pas qu’un peu. Le jeu propose d’ailleurs différentes difficultés, et si vous préférez d’abord découvrir le soft d’une manière un peu plus tranquille, un mode facile vous attend. Bon, il ne vous permet pas de débloquer des Trophées, et vous devrez vous coltiner le mot « Promenade » à l’écran tout du long, histoire de bien comprendre que vous êtes un fichu looser. Ce soft est dur oui, mais il est pensé pour l’être. Bien vite, le joueur apprend de ses erreurs. De ses nombreux échecs naissent l’expérience et, systématiquement, cet apprentissage porte ses fruits. Même lors des boss les plus tendus, comme le troisième (que de souvenirs de défaites cuisantes), on sent notre propre potentiel se révéler, et c’est exactement là qu’un jeu comme Furi est une réussite sur toute la ligne : on se sent évoluer. Pas besoin de leveller, aux chiottes les améliorations ingame, car c’est le joueur lui-même qui connaît une courbe de progression certaine. Et ça, le jeu le rend très bien, c’est donc un plaisir que de s’y prendre parfois un mur en pleine face… on le dégommera d’un simple coup de boule la fois d’après.

En terme de sensations, Furi est parmi les jeux les plus intéressants du moment. Encore une fois, tout est très simple : attaque et défense. Seulement, le jeu met tellement l’accent sur le rythme et l’impact qu’il est fichtrement agréable de sortir une esquive exactement au bon moment, ou encore de maîtriser ses attaques et savoir exactement quand, comment et combien en placer. Chacun des 9 boss permet à Furi de donner l’occasion aux joueurs de se frotter à une nouvelle situation, une sorte de redistribution des cartes qui permet d’approfondir le gameplay à chaque fois un peu plus. Les deux premiers ennemis vous feront comprendre le potentiel que vous avez entre les mains et, par extension, à l’écran. Mais aussi, ils vous demanderont de composer avec les décors, qui vont vite s’apparenter à un troisième personnage de ces joutes électrisantes. Jouer à Furi, ou plutôt le comprendre et évoluer au contact de sa difficulté procure cette sensation tant recherchée par les joueurs : la fierté de se sentir plus fort que le défi proposé. Une sensation pure.

Technique et ambiance sonore : 4/5

image duel furi

Alors certes, on n’est pas face à un « triple A » rutilant, produit quasiment dans l’unique but de nous faire penser que l’on a bien fait de passer sur Playstation 4 (on ne citera pas de titre, mais suivez notre regard). Mais au-delà de ce débat de technotakus de comptoir (laissons-les compter les polygones, vous aurez plus de temps pour compter vos échecs !), Furi assure l’essentiel : framerate invariable et direction artistique de dingo. Ce soft est bourré d’une personnalité clairement nippone, et ce n’est pas le gros travail, au design, de Takashi Okazaki (illustrateur d’Afro Samurai) qui nous assurera le contraire, du moins pour le chara-design. Les décors, eux, tirent plus vers un abstrait européen là aussi réussi, le tout dans un cel-shading du plus bel effet.

Côté sons, Furi est tout simplement une tuerie. Ouais, direct. L’OST est assez fascinante pour être écoutée hors jeu. Carpenter Brut, Danger, Kn1ght, The Toxic Avenger, Scattle, Lorn, Waveshaper, de quoi s’en relever la nuit tant certains thèmes nous restent encore en mémoire à l’heure où nous écrivons ces lignes. La qualité des compositions est certaine, et leur style particulièrement efficace pour vous emmener tout droit vers « la zone », cet instant bien connu des gamers… Autre excellent point à souligner, la présence d’un doublage français, anglais et japonais, ce dernier remporte d’ailleurs notre totale adhésion.

Durée de vie : 3/5

image ps4 furi

Comptez sept heures pour finir Furi en mode normal, et au moins autant en Furier, le mode hardcore qui se débloque après avoir fini le jeu. Précisons que cette difficulté est intéressante à plus d’un titre, car non seulement elle permet de mesurer nos progrès en terme de skill, mais aussi vous vous rendrez compte que chaque boss a connu quelques évolutions dans leurs routines… Ajoutons à cela que Furi peut aussi se parcourir en mode speedrun (allez voir sur Youtube, certains sont impressionnants), et l’on obtient une durée de vie carrément honorable.

Note finale : 16/20

Sorti en plein cœur de l’été, Furi nous aura fait transpirer un bon gros coup. Mais quel plaisir, quel gros coup que ce premier jeu pour The Game Bakers sur consoles, un studio dont on attend déjà avec impatience la prochaine annonce, le prochain jeu. Ode à la difficulté certes très ferme mais en tous points juste, ce jeu vous donnera certes du fil à retordre (du pad à retordre, pourrait-on écrire), mais saura vous récompenser pour les progrès effectués. Pas en vous filant des amélioration de « blablabla » et autres level up. Pas besoin : Furi sait nous dire à quel point on est bons, et ça c’est une sensation toujours aussi bonne à prendre….

https://youtu.be/iMuHjg5oA-s 

Mickaël Barbato

Mickaël Barbato

Mickaël Barbato est un journaliste culturel spécialisé dans le cinéma (cursus de scénariste au CLCF) et plus particulièrement le cinéma de genre, jeux vidéos, littérature. Il rejoint Culturellement Vôtre en décembre 2015 en tant que co-rédacteur en chef. Manque clairement de sommeil.
Mickaël Barbato