2012. Amplitude Studios, alors fraîchement créé par deux anciens de chez Ubisoft (Mathieu Girard et Romain de Waubert), lance le premier jeu de l’équipe : Endless Space, un « 4X » (jeu de stratégie à grande échelle qui demande au joueur de gérer un empire) spatial si profond que le succès s’est avéré être de la partie. Quatre ans plus tard, et deux jeux dans l’intervalle, le studio récemment acquis par Sega revient aux affaires intersidérales avec une suite, Endless Space 2, attendue au tournant par une communauté tout autant attentive qu’écoutée. Que celle-ci se rassure, le développeur parisien est particulièrement conscient qu’il fallait apporter de la fraîcheur au genre…

La philosophie d’Endless Space 2 est finalement très simple : pousser les bonnes idées du premier, en ajouter d’autres, et contenter celles et ceux qui attendent des qualités narratives ainsi qu’un background profond. Commençons par la fin, l’ambiance étant l’une des attentes fortes des fans du premier. Alors que les races Cravers et Sophon ont déjà fait l’objet d’un focus lors d’une précédente présentation, ce sont deux autres qui nous ont été exposées. Les Lumeris sont sans aucun doute ceux qui intéresseront le plus les joueurs à tendance commerçante : les apprentis Kerviel pourront se réjouir d’appartenir à une sorte de mafia amphibienne, dure en affaire mais du genre imposante. La deuxième faction, nommée Vodyani, pourrait être assimilée à des protecteurs de système, même si leurs ressentiment contre l’industrialisation les pousse à contrôler, voire dominer les autres races. Et pas de manière pacifique. On n’a pas pu approcher spécifiquement ce nouveaux venus, mais le gameplay qui découle de leur background alléchant fait en sorte que la gouvernance politique sera instable, tandis que les déplacement sidéraux s’élaboreront plus aisément. D’une manière générale, on a bien senti qu’Endless Space 2, s’il sera avant tout un jeu qui se concentre sur son gameplay, ne met jamais de côté son univers, bien au contraire…

Souris contre la paume et doigts baladeurs sur le clavier, c’est parti pour se mesurer à quelques nouveautés de gameplay de ce bien prometteur Endless Space 2. Débutons par ce qui fait toujours son gros effet dans un 4X : l’exploration. D’habitude, dans le 4X, cet aspect tend à perdre de l’intérêt au fur et à mesure des différentes avancées. S’il faudra évidemment attendre d’y jouer (beaucoup) plus longtemps pour être tout à fait affirmatif, il faut tout de même signaler qu’Amplitude Studios a produit les efforts nécessaires pour permettre de combattre cette impression de lassitude. Tout d’abord : c’est un détail dans ce genre de jeu mais sachez que l’espace est sympathiquement beau à regarder, à découvrir. Ensuite, le système de quêtes secondaires nous a particulièrement charmé. Ayant opté pour les brutes Cravers, on a été confronté par exemple au retour étrange de l’un de nos vaisseaux devenu particulièrement agressif à notre encontre. Ni une, ni deux : exterminons-le comme il se doit ! Remplir cet objectif vous rapportera quelques récompenses bienvenues, mais aussi vous fera découvrir nombre de spécificités de la race, ainsi ces missions ont aussi un intérêt purement didacticiel, du moins en début de partie. La galaxie d’Endless Space 2 n’est pas que le lieu d’intenses recherches, c’est aussi un véritable nid à problèmes dont les résolutions ne tiennent qu’à vous.

L’un des éléments qui sauteront aux yeux pour les amateurs de 4X est sans aucun doute le travail sur la cohérence entre empire et peuple. Ce dernier est clairement mis de côté dans ce genre de jeu, le gamer endossant plus le rôle d’un Dieu que d’un empereur au final, et les populations étaient (très) souvent réduites à des chiffres dans des tableaux pas hypers sexys. Amplitude Studios a décidé de changer la donne avec Endless Space 2 : il faudra désormais faire attention aux décisions prises, qui seront constamment jugées par le peuple et, en dernier lieu, par un Sénat qui nous proposera de réagir en fonction de l’état d’esprit de nos oilles. C’est une avancée qui bouscule les habitudes : elle fait en sorte que le joueur n’a plus l’impression de gérer des lemmings mais de véritables nations, et celles-ci ne sont pas toujours reconnaissantes. Car outre notre propre race, il existe aussi des factions dites « mineures », qu’il vous faudra apprendre à particulièrement ménager, sous peine de se retrouver avec un soulèvement bien énervé sur le dos…

En terme de prise en mains, Endless Space 2 se veut le plus clair possible, mais aussi en totale cohérence avec les règles mises à disposition d’un joueur de 4X. On nous l’a dit et répété : il fallait absolument ne plus avoir l’impression de se balader dans un tableur, et ce but audacieux est en passe d’être atteint. L’ergonomie générale, si elle reste foisonnante et pourra faire peur à de nouveaux venus au sein du genre, est un modèle de clarté. Les menus ne nous perdent pas trop dans un labyrinthe de possibilités de construction sans queue ni tête : l’accent a été mis sur le déplacement et l’interaction sur des icônes bien différenciées et surtout agréablement informatives. Par ailleurs, le même traitement a été opéré sur les différents arbres de compétences.

Impossible de finir autrement qu’en abordant le système de combat d’Endless Space 2. Si nous ne pouvons pas encore réellement juger l’intelligence artificielle, Amplitude Studios étant encore en plein travail sur cet élément, il est tout de même possible de vous décrire le déroulé. Celui-ci se veut  simple, encore une fois clair (décidément l’un des mots d’ordre de cette prise en mains) et très cinématographique. Le joueur doit rester attentif aux forces en présence et opter pour une stratégie avant de lancer les opérations. Dans les faits, une poignée de possibilités de déplacement était disponible et attention : une mauvaise sélection pourra résulter sur une action peu concluante. Puis, il ne reste plus qu’a regarder le space opera qui se dévoile à nos yeux. S’il faudra, là encore, attendre de voir sur plusieurs heures si le système ne s’essouffle pas, écrivons qu’il constitue une avancée certaine en terme d’enrobage spectaculaire.

Deux sentiments dominent à la fin de cette de preview d’Endless Space 2 : l’impression que tout est plus profond, mais aussi plus ergonomique. Les joueurs qui ont usé leur tapis de souris ne seront pas totalement dépaysé : les termes sont les mêmes, l’univers a toujours cette patte SF très classieuse jusque dans la (superbe) bande originale dont nous avons pu entendre un extrait déjà très satisfaisant. Les nouveaux venus seront toujours un peu malmenés au début, avec une tonne d’informations à prendre en compte, mais à force de travail, et de patience, ils découvriront le 4X de la meilleur des façons car, qu’on se le dise, Amplitude Studios tient là le bon bout…

Endless Space 2 sera disponible en accès anticipé sur Steam courant Septembre 2016

Mickaël Barbato

Mickaël Barbato

Mickaël Barbato est un journaliste culturel spécialisé dans le cinéma (cursus de scénariste au CLCF) et plus particulièrement le cinéma de genre, jeux vidéos, littérature. Il rejoint Culturellement Vôtre en décembre 2015 en tant que co-rédacteur en chef. Manque clairement de sommeil.
Mickaël Barbato