image root letterCaractéristiques

  • Test effectué sur : Playstation 4
  • Genre : Visual Novel
  • Éditeur : PQube
  • Développeur : Kadokawa Games
  • Date de sortie : 27 octobre 2016

Test

Après avoir commencé à aborder le genre si atypique du Visual Novel avec Tokyo Ghost Hunters : Daybreak Special Gigs, continuons la découverte en compagnie de Root Letter. Développée par le studio japonais Kadokawa Games, cette aventure narrative fait le voyage jusque sous nos latitudes grâce à PQube qui, décidément, est entrain de gagner ses galons de grand ami des amateurs de jeux japonais. Voyons si Root Letter nous enchante autant que certains autres softs de ce genre aux codes qui nous plaisent tant.

Histoire : 4/5

image test root letter

Root Letter raconte l’histoire de Takayuki (le nom peut être personnifier selon l’envie du joueur en début de partie), un jeune homme de trente-deux ans qui, alors qu’il vient de quitter son emploi, passe voir ses parents dans sa maison d’enfance. Là, dans sa chambre, il tombe sur une dizaine de lettres qui forment une correspondance échangée voilà bien longtemps avec une jeune fille nommée Aya Fumino, de la ville de Matsue. Les souvenirs de Takayuki ressurgissent, et la façon dont a a pris fin la relation épistolaire fait remonter certains doutes. Seulement voilà, une onzième lettre, non cachetée, trône sur la pile d’enveloppes, et la lecture de celle-ci va tout bouleverser.

En effet, Takayuki va y apprendre qu’Aya est persuadée d’avoir assassiné quelqu’un, et ne peut se permettre de continuer cette correspondance alors qu’elle cherche à expier ses péchés. Bouleversé, notre avatar se rend à Matsue, histoire de tirer ce sac de nœuds au clair, mais va se confronter à une enquête difficile, qui va commencer par le constat que la maison d’Aya a brûlé quinze ans plus tôt. Root Letter prouve donc que le Visual Novel est un genre à surveiller de près pour les amateurs de récits bien ficelés et, du coup, un peu éloignés des codes scénaristiques japonais. On quitte l’ambiance lycéenne (un peu, du moins) pour s’accrocher à une ambiance plus adulte, et surtout une enquête à rebondissements parfois fascinants.

Les dix chapitres observent une courbe d’intérêt très bien maîtrisée, passant de la mise en place de l’histoire, puis de l’implication du joueur de par des twists savamment orchestrés, pour finir par créer une belle tension qui ne devient jamais excessive. Le travail de l’auteur Dario Fuji est clairement à saluer. Root Letter se vit à fond, et prouve que ce mélange de dissertation dialoguée et d’interactions produit l’une des formes de narration les plus intéressantes que l’on puisse imaginer. Seul regret : l’absence d’une traduction des textes en français, qui pourra handicaper la bonne compréhension de l’histoire. Dommage, même s’il s’agira d’une occasion en or pour travailler votre anglais.

Gameplay : 3/5

image ps4 root letter

Si Root Letter fait bien plus appel à des séquences narrées qu’à des passages de gameplay, on doit tout de même constater que les différentes séquences d’interaction sont d’une belle qualité. Et si c’est le cas, c’est assurément grâce à un système peu original mais terriblement bien rodé : le choix par commandes. Elles sont au nombre de sept : « Move », « Ask », « Check », « Inventory », « Think », « Guidebook » et « Smartphone ». Le but est de proposer une expérience finalement assez proche de ce que l’on connaît depuis la naissance des fiction interactives, ici adaptée aux besoins d’un jeu d’enquête.

« Move » vous mènera sur une carte qui gère vos déplacement, sobre et efficace. « Ask » pose des questions à votre (ou vos) interlocuteurs. Se met alors en place toute une batterie de choix, d’ailleurs attention à ne pas la jouer trop dilettante car des réponses par-dessus la jambe pourront faire fuir des personnages. « Check » permet de passer en revue les différents décors avec le stick gauche, à l’aide d’une loupe qui signalera le moindre élément suspect en changeant de couleur, tirant ainsi vers un rouge sciemment alarmant. Le stick droit permet quant à lui de zoomer sur l’image. « Inventory » fait appel à l’inventaire, afin de permettre notamment d’invoquer vos indices pour délier quelques langues plus ou moins secrètes en agitant des éléments compromettant. « Think » permet au joueur un peu perdu de faire le point, et se remémorer où il en est dans l’enquête. Pratique. « Guidebook » est un petit guide de la ville de Matsue, à la fois utile et captivant car, rappelons-le, cette ville existe réellement. Pour finir, « Smartphone » est l’interface par laquelle le joueur pourra sauvegarder, charger, mais aussi avoir accès à tout un tas d’options habituelles.

Les interrogatoires de Root Letter, quant à eux, passent par une sorte de mini-jeu intitulé « Mode Max ». Il faudra choisir avec grand soin vos arguments afin de provoquer votre interlocuteur et, peut-être, le forcer à mieux se dévoiler. Parfois un peu capillotractées, certaines réponses peuvent s’avérer catastrophiques pour le dialogue en cours, alors attention : restez concentrés. Ces bases du gameplay de Root Letter ne changeront plus jusqu’à la fin, ce qui aurait pu faire craindre une lassitude… qui n’intervient jamais de par le scénario fantastique de bout en bout.

Technique et ambiance sonore : 4/5

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En un mot comme en cent : splendide. Root Letter sort des sentiers battus de l’animation japonaise pure et dure afin de résulter sur une sorte de mélange au style parfaitement japonais… et réaliste. Les personnages sont traités avec une tonalité très terre-à-terre, pas de cheveux bleus ou roses à l’horizon, et les décors font directement référence à la réalité de Matsue, ville de la préfecture de Shimane, un lieu bel et bien réel. Évidemment, les expressions des personnages sont tout à fait typiques de ce qu’on peut retrouver dans l’animation venue du Pays du Soleil Levant, de sorte que l’amalgame se fait très bien. D’ailleurs, c’est Mino Taro qui est aux commandes des illustrations, un artiste dont on a pu admirer le travail bien plus subtil que certains ont bien voulu le dire sur le jeu de drague Love Plus. On sent que les artistes de chez Kadokawa Games ont beaucoup travaillés pour rendre tangibles nos pérégrinations, et les joueurs les en remercient.

Quant à la musique de Root Letter, c’est Takashi Mitta (Cross Treasures) qui s’en occupe. Le compositeur rend des partitions parfaitement dans le ton, qui ont la qualité de souligner l’action et, aussi, l’état d’esprit de Takayuki. On apprécie surtout de ne pas trop avoir l’impression de répétition, un danger qui peut facilement guetter dans le genre du Visual Novel.

Durée de vie : 4/5

image screenshot root letter

Root Letter c’est ce genre de jeu qui, si vous y accrochez, peut vite devenir assez chronophage compte tenu des différentes fins à expérimenter. Ces différents aboutissements ont cela d’intéressant qu’ils ne donnent pas la priorité à une « vraie » conclusion. En effet, ils ont tous leur signification, et peuvent donc se savourer pleinement. La première partie vous demandera plus d’une dizaine d’heures.

Note finale : 15/20

Root Letter est un Visual Novel au rythme peut-être moins trépidant que certains jeux du genre, mais qui s’apprécie justement pour ces qualités assez rares dans le genre. Moins porté sur le rendu typique de l’animation japonaise, le soft résulte sur une enquête entêtante, subtile même, bien écrite même si un peu bavarde sur certains segments. On regrette l’absence de localisation des textes en français, ce qui peut rendre Root Letter un peu difficile d’accès, mais malgré cela on recommande le jeu à qui voudrait découvrir un Visual Novel contemplatif, intelligent et visuellement plein de charme. 

Mickaël Barbato

Mickaël Barbato

Mickaël Barbato est un journaliste culturel spécialisé dans le cinéma (cursus de scénariste au CLCF) et plus particulièrement le cinéma de genre, jeux vidéos, littérature. Il rejoint Culturellement Vôtre en décembre 2015 en tant que co-rédacteur en chef. Manque clairement de sommeil.
Mickaël Barbato