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[Critique] It Must Be Heaven : A la recherche du “chez soi”

Caractéristiques

  • Réalisateur(s) : Elia Suleiman
  • Avec : Elia Suleiman, Tarik Kopty, Kareem Ghneim, Gael Garcia Bernal et Vincent Maraval.
  • Distributeur : Le Pacte
  • Genre : Comédie, Drame
  • Nationalité : Français, Qatarien, Allemand, Canadien, Turc, Palestinien
  • Durée : 102 minutes
  • Date de sortie : 4 Décembre 2019

Un scénario intelligent

Nouveau long métrage d’Elia Suleiman (7 jours à la Havane, Le Temps qu’il reste), It Must Be Heaven avait été présenté lors du dernier Festival de Cannes, et y a remporté une mention spéciale du jury. Le film raconte l’histoire de « ES », qui fuit la Palestine à la recherche d’une nouvelle terre d’accueil, avant de réaliser que son pays d’origine le suit toujours, comme une ombre. La promesse d’une vie nouvelle se transforme vite en comédie, en mise en image de l’absurde. Aussi loin qu’il voyage, de Paris à New York, quelque chose lui rappelle sa patrie.

Le scénario de It Must Be Heaven, écrit par Elia Suleiman, est une petite pépite. Le scénariste et réalisateur se met en scène dans trois pays: la Palestine (son pays d’origine), la France et les Etats-Unis, dans lesquelles il a vécu, ou il vit. Au travers du voyage qu’il entreprend, Suleiman s’interroge sur l’identité, la nationalité et l’appartenance. Où se sent-on chez soi ? Et la manière de répondre à cette question est une comédie burlesque, qui va caricaturer les pays où il se trouve avant de les montrer sous leurs vrais jours. On a le droit, par exemple, à des américains tous armés d’armes militaires dans la rue, des parisiens tous à la mode, ou une Palestine tel que ceux qui ne la connaissent pas peuvent se l’imaginer.

Les villes, fantasmées ou non, deviennent un terrain de jeu pour des petites scénettes toutes plus amusantes, voir hilarantes, les unes que les autres. La réalité est souvent aussi folle que le fantasme. Avec It Must Be Heaven, Suleiman montre aussi qu’il retrouve un peu de sa Palestine dans ces autres villes, et que les différents pays qui composent le monde se ressemblent plus qu’il n’y parait, malgré les différences culturelles. Le tout sans quasiment aucun dialogue. D’ailleurs, le personnage principal ne dira que deux mots, tout symboliques qu’ils sont, dans toute la durée du film. Un tour de force.

Une réalisation simple mais efficace

image elia suleiman it must be heaven

Elia Suleiman va au plus simple dans sa réalisation. Il utilise très souvent le  champ / contre-champ pour imager la comédie, avec la réaction (ou non réaction) de son interprète principal. Simple mais efficace dans le timing comique. Et même si tout ça se répète, cela n’influe pas dans le rire qu’il déclenche. À force on s’y attend, mais pas sans déplaisir. On pourrait croire aussi que réutiliser le même procédé, durant quasiment tout It Must Be Heaven, pourrait donner lieu à des longueurs, à créer l’ennui. Mais ce n’est pas du tout le cas. Suleiman est bien aidé par la photographie réaliste de Sofian El Fani. Le montage est dynamique et les une heure et quarante deux minutes passent très rapidement.

Côté acteurs, il y a peu à dire aussi. Elia Suleiman jouant son propre rôle, et il le fait à la perfection. Sans aucun dialogue, on comprend où il veut en venir. Tarik Kopty et Kareem Ghneim jouent parfaitement les voisins de Suleiman en Palestine. Ils ont un sens de la répartie et du timing sur les dialogues qui intime le respect. Gael Garcia Bernal et le producteur Vincent Maraval font une apparition, dans leurs propres rôles, chacun lors d’une scène. Bernal s’avère très drôle comme à son habitude. Au final, It Must Be Heaven est une comédie burlesque que n’aurait pas renié Buster Keaton ou Jacques Tati (pour ne citer qu’eux). Un long métrage qui s’interroge sur le « chez soi » de façon amusante, voir hilarante. Sans quasiment aucun dialogue, Elia Suleiman fait mouche.

8/10

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