image affiche moi michel g milliardaire maître du mondeUne comédie satirique jouissive

Troisième long-métrage de Stéphane Kazandjian après les très critiqués Sexy Boys (2001) et Modern Love (2007), Moi, Michel G., milliardaire, maître du monde devrait enfin faire reconnaître les talents du réalisateur, par ailleurs auteur de l’excellent scénario. Invitée à une projection de presse la semaine dernière, je n’avais entendu que très peu de choses à propos de cette comédie satirique mais le pitch m’attirait…

Au final, je n’ai absolument pas regretté d’avoir fait le déplacement puisque le film s’est directement classé parmi mes coups de coeur de l’année. Petite critique en avant-première de ce bijou d’humour caustique qui sera sur nos écrans le 27 avril prochain….

Michel Ganiant (François-Xavier Demaison) est un grand patron, de ceux qui ont repris le groupe de Papa, en achètent d’autres pour leur bon plaisir et pèsent quatre milliards et demi d’euros. Un financier aguerri qui affiche l’image carnassière d’un self-made man auquel rien ni personne ne résiste… sauf les journalistes tenaces et irrévérencieux. Joseph Klein (Laurent Laffite) est de ceux-là. Déterminé à réaliser un documentaire-vérité sur cette figure majeure de la finance, il se fait jeter par l’entourage de Ganiant, jusqu’au jour où celui-ci lui demande de le suivre partout durant de longues semaines, dans un soucis de « transparence » au moment où il convoite de racheter le groupe de son rival de toujours.

Dans les coulisses de la finance

moi-michel-g11Réalisé sous la forme d’un documentaire (celui de Joseph Klein, bien sûr), Moi, Michel G., milliardaire, maître du monde nous plonge dans les coulisses de la haute finance et démonte les rouages du pouvoir. Le film de Kazandjian a beau revêtir l’aspect de la comédie satirique, avec des gags parfois un peu too much parfaitement assumés, il est toujours très juste. Alors que Les Guignols de l’info et Groland se sont considérablement ramollis ces dernières années, que Le Vrai Journal de Karl Zero n’existe plus et que les docu tonitruants de Michael Moore ne suscitent plus l’enthousiasme, Moi, Michel G… arrive à point nommé et renoue avec l’esprit de ces illustres prédécesseurs.

moi-michel-g31Michel Ganiant, interprété avec conviction et jubilation par François-Xavier Demaison, est ainsi un mélange de divers hommes de pouvoir que l’on se plaira à reconnaître de manière successive. Ainsi, la première apparition de Ganiant, lors d’un journal télévisé, a arraché de nombreux rires à la salle, qui a très clairement reconnu Nicolas Sarkozy. Regard, manière de s’exprimer et gestes à l’appui, l’acteur offre ici une formidable parodie du Président de la République, dont on reconnaîtra également les manoeuvres et l’attitude dans différents passages.

Il n’est pas le seul épinglé par ailleurs : le personnage est en effet un mélange hétéroclite et savamment dosé de figures telles que Tapie, BolloréBettencourt, Messier… Idem pour l’entourage de Ganiant et de nombreux événements qui émaillent le parcours de ce roi de la gagne. En mentor ambigu plutôt antipathique, Guy Bedos étonne et offre de belles scènes de confrontation avec son poulain tandis que Laurence Arné campe une Déborah Ganiant très drôle, fausse potiche offrant une image de marque à son mari, à la manière d’une princesse ou d’une Carla Bruni.

Impertinent et pédagogique

moi-michel-g21Journaliste et trublion émérite, le personnage de Joseph Klein permet également au film des séquences pédagogiques à l’attention des spectateurs qui égaleraient presque en (im)pertinence celles des meilleurs documentaires de Michael Moore. Les requins de la finance ont beau être très médiatisés chez nous, d’autant plus depuis la retentissante affaire Bettencourt, il n’est pas toujours facile de comprendre les subtilités des transferts d’argent ou du rachat d’actions en bourse. Kazandjian nous donne ici des explications facilement lisibles, toujours délivrées avec un humour caustique des plus jouissifs.

Esprit indépendant, Joseph Klein se méfie des tentatives de séduction que ne manquera pas d’avoir à son égard Ganiant. L’esprit affûté mais toujours un peu à côté de la plaque avec son regard à la Droopy et ses problèmes de crédit immobilier, le journaliste apparaît toujours sincère dans son désir de montrer l’envers du décor mais se retrouve également fasciné par son sujet. Dans ce rôle complexe, Laurent Laffite convainc parfaitement, apportant humour et distance à cette figure prépondérante de l’histoire.

moi-michel-g41Le tête à tête entre ces deux experts des mots qui font mouche (l’un dans un but de manipulation, l’autre de dénonciation) se suit avec autant d’intérêt que de jubilation et semble toujours crédible même si, là encore, le film pousse le bouchon assez loin dans les gags satiriques. Comme lorsque des ouvriers menacés de licenciement apprennent, stupéfaits en plein meeting de négociation avec Ganiant, que le « rendez-vous important » auquel celui-ci doit se rendre n’est autre qu’un concert de Johnny Halliday au stade de France. Une autre scène voit Ganiant trépigner d’excitation sur son yacht lorsqu’il aperçoit l’aileron d’un requin dans l’eau, qu’il veut aussitôt approcher en combinaison de maille, à l’effroi de son épouse. « Vous inquiétez pas, j’ai entendu dire qu’ils se mangeaient pas entre eux » réplique Klein, amusé.

Ce ton satirique, qui fait mouche à chaque fois, permet mine de rien à son réalisateur de faire des observations très fines de la politique et du monde de la finance et réussit admirablement là où Palais Royal ! de Valérie Lemercier(2005), par exemple, restait  trop gentil et tournait un peu court. Au lendemain de la crise et du scandale Bettencourt et à la veille des campagnes présidentielles de 2012, Moi, Michel G., milliardaire, maître du monde est un film essentiel, grinçant et jubilatoire qui vous fera rire aux éclats, même si c’est parfois de manière noire. En espérant qu’il fera des émules. 

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Cécile Desbrun

Cécile Desbrun est une journaliste culturelle spécialisée dans le cinéma, la musique et l'image de la femme dans la culture. Elle créée Culturellement Vôtre en 2009 et écrit parallèlement pour plusieurs publications en ligne. Elle achève actuellement l'écriture d'un livre sur la femme fatale dans l'oeuvre de David Lynch et est la créatrice du site Tori's Maze, dédié à l'artiste américaine Tori Amos, sur laquelle elle mène un travail de recherche approfondi.