Scream 4 de Wes Craven : critique du film

scream4-affiche1Opportuniste ou honnête ?

Onze ans après un troisième volet décevant, Kevin Williamson et Wes Craven sont de retour avec leur trio d’acteurs fétiches pour un quatrième (dernier ?) slasher autour du célèbre tueur masqué. L’annonce de la sortie de Scream 4 avait tout pour être taxée d’opportuniste. Après avoir juré que la saga était bel et bien terminée, les deux compères rempilent et on pourrait se demander si Craven, qui n’a eu qu’un succès limité avec les trois films qu’il a réalisés après Scream 3, ne chercherait pas à regagner le haut du box-office à peu de frais.

Quoi qu’il en soit, contre toute attente, Scream 4  tient plutôt bien ses promesses et se regarde avec plaisir et une certaine jubilation. S’il est très peu probable qu’il devienne un film culte (les deux premiers films restant sans conteste les meilleurs), il s’agit d’un épisode tout à fait honorable, fun comme pouvait l’être le 3 mais sans les défauts inhérents à celui-ci.

Génération Facebook

Scream471Cette fois-ci, Sydney (Neve Campbell), Gale (Courteney Cox) et Dewey (David Arquette) se retrouvent confrontés à la jeune génération, des lycéens bercés non plus aux classiques originels mais aux mauvais remakes et branchés à Facebook et Twitter en permanence. Une génération marquée par l’ère de la télé-réalité où on peut devenir une star du jour au lendemain sans rien faire.

Evidemment, depuis le dernier volet de ce qui était alors une trilogie, le cinéma d’horreur a évolué et le début du film fait référence à la série des Saw, notamment, tout en la taclant pour ses mauvaises suites. Rusés, Williamson et Craven devancent les à priori des spectateurs en faisant la (leur ?) critique du mécanisme immuable des suites avec un humour mordant. Mise en abyme de la mise en abyme du phénomène Scream et des franchises similaires, la séquence d’ouverture est brillante et très drôle, démarrant le film sous de bons auspices.

La dimension autocritique sur le genre, qui était la marque distinctive des premiers films, est toujours là donc, sauf que là encore, les temps ont changés et le cinéaste nous fait comprendre qu’il est devenu banal de décortiquer ainsi le cinéma d’horreur. Ce qui était original et incisif il y a quinze ans est surtout fun aujourd’hui et on sent bien que Williamson et Craven n’ont pas envie de se (et de nous) prendre la tête, probablement conscients des limites de la démarche. Cette approche second degré avait déjà été critiquée par nombre d’amateurs du genre dès la sortie du premier volet en 1996, d’ailleurs.

Les limites de la mise en abyme autocritique ?

scream451Alors que Wes Craven a principalement fait son business dans l’horreur et perpétuait le genre avec Scream, certains lui ont reproché de cracher avec cynisme dans la soupe en tournant en dérision les codes du genre.

Même si cela peut se comprendre, c’était quand même se méprendre sur l’approche réelle du cinéaste. Comme le personnage de Randy (Jamie Kennedy, l’ami de Sydney qui tient le vidéoclub dans les deux premiers opus), Wes Craven serait plutôt un amoureux passionné et sincère du genre qui connaît ses classiques sur le bout des doigts tout en étant capable de faire preuve d’humour et de discernement par rapport à ses codes.

L’aspect délicat de la chose en revanche est quand la saga, dès le deuxième volet, a commencé à devenir sa propre référence, éclipsant progressivement les clins d’œil (toujours présents) aux autres classiques du genre. Ainsi, dans Scream 2 (1997), le carnage de Woodsboro a été adapté au grand écran et intitulé Stab. Dans la séquence d’ouverture, un couple se rendait à l’avant-première du film au milieu de fans arborant le costume du tueur et on pouvait voir la scène avec Drew Barrymore revue et corrigée en version sexy, interprétée cette fois-ci par Heather Graham qui décide de prendre une douche nocturne plutôt que de se faire cuire du pop-corn. Evidemment, c’est lors de cette avant-première que le tueur décidait d’agir. Quant à Scream 3, il se déroulait durant le tournage de Stab 2, qui virait au cauchemar quand le tueur faisait son apparition dans la réplique de la maison de Sydney.

scream481A force de fonctionner en autarcie, en passant à travers un filtre de plus en plus teinté ses propres mécanismes, il y a bien évidemment le risque que la franchise, en atteignant un x ème degré, se vide de tout contenu et devienne une simple œuvre de petit rusé. Et si Scream 4 parvient avec humour à éviter ce travers, on sent néanmoins que la saga parvient à ses limites. Il s’agit d’une fin en bonne et due forme mais on espère sincèrement que le duo WilliamsonCraven ne poussera pas le vice jusqu’à lancer une nouvelle trilogie, comme cela a été murmuré avec insistance ces dernières semaines. Ce qui serait ridicule tant ce quatrième chapitre semble justement être là pour montrer que les choses ne peuvent pas être poussées plus loin et que, dans tous les cas, « il ne faut pas merder avec l’original. »

Suite ou film commémoratif ?

scream441Car il y a quelque chose qui frappe dans ces nouvelles aventures de Sydney : Stab 7 est sorti et, chaque année, des lycéens accrochent des costumes de « Ghostface » (le surnom du tueur) dans les arbres pour commémorer la tragédie de la petite ville qui est devenu à leurs yeux un simple film. Le film lui-même s’amuse avec brio à remettre en scène (pour mieux les détourner of course) les meurtres du premier opus et on retrouve avec plaisir les trois héros survivants de la trilogie tandis que les adolescents semblent d’un bout à l’autre grandement impressionnés par leurs illustres aînés. Si bien que l’on a le sentiment, en fin de compte, que Scream 4 est un film de commémoration bien plus qu’une véritable suite.

Cela ne manquera évidemment pas d’en agacer certains qui auront le sentiment que Wes Craven pète plus haut que son cul en tenant son œuvre en si haute estime, d’un autre côté, c’est bien ce que l’on vient chercher en tant que spectateur, finalement. Narrativement, rien ne justifiait un quatrième volet et si l’on se rend dans les salles pour voir ce qu’il en est, c’est bien pour retrouver la saveur des Scream qui ont bercé la fin années 90, tout en sachant que cela ne pourra être que différent. Mais, après une heure et demie de film, on a l’impression que la boucle est bouclée : les années 90 prennent un coup de vieux en observant l’évolution phénoménale des mœurs et de la technologie, finissent par gagner car « l’original sera toujours meilleur que la copie » (pas forcément vrai de tous les remakes de Craven par ailleurs) mais nous rappellent aussi que le slasher à la sauce Scream appartient définitivement à cette décennie et n’a plus rien de neuf à nous offrir.

La fin (sympathique) d’une franchise ?

scream461Tout aussi plaisant soit Scream 4, on peut en effet difficilement prétendre qu’il apporte du nouveau et cela n’a pas l’air d’être la prétention de ses auteurs. Les jeunes personnages sont tous des variations de ceux du premier film, avec des retournements de situations notables bien sûr, histoire de ne pas vendre la mèche trop vite au spectateur sur l’identité du/des tueur(s). Cependant, en suivant la logique de l’identité des tueurs dans les trois premiers films et en prenant en compte l’effet de surprise qui, de fait, élimine assez vite certains personnages de la liste des suspects, on a tôt fait de deviner qui se cache derrière Ghostface, aiguillés de plus par quelques petites répliques « anodines », même si Craven est plutôt bon pour nous mettre le doute jusqu’au dernier tiers du film.

On retrouve avec plaisir Neve Campbell, Courteney Cox et David Arquette, qui ont vieilli et font figure de vétérans, mais se retrouvent de fait un peu limités par cette posture puisqu’ils n’ont en fin de compte aucune scène véritablement mémorable. Ils font plus acte de présence qu’autre chose et, heureusement pour eux et pour nous, ils crèvent toujours l’écran sans rien faire. Ce qui provoque, peut-être involontairement, un troisième niveau de mise en abyme : si Sydney revient à Woodsboro en star pour le lancement de son autobiographie et joue, lors d’une scène, les invitées de marque au Ciné-Club du lycée, on a l’impression que les acteurs sont en effet de simples stars honorant de leur présence ce quatrième opus. Tandis que la jeune génération, même si elle n’est pas mauvaise, manque singulièrement de charisme et de charme.

scream411Du coup, le film fonctionne très bien dans l’auto-auto-référence mais échoue les trois-quarts du temps (ouverture et fin exceptées) à nous offrir des scènes véritablement incarnées et marquantes comme pouvaient l’être celles des deux premiers volets. Et la réalisation de Craven, sage et conventionnelle, est bien plus paresseuse que dans ces films.

En fin de compte, Scream 4 est donc une bonne surprise puisqu’il échappe au naufrage annoncé. Prenant et souvent très drôle (tout en maintenant une certaine tension), il donne encore une fois dans l’autocritique et autoréférence avec une décontraction assumée. Mais cet opus devrait raisonnablement sonner le glas de la saga : les personnages (anciens et nouveaux) ne faisant finalement qu’acte de présence pour commémorer la franchise culte des années 90, on sent que Wes Craven et Kevin Williamson atteignent ici les limites de celle-ci. En l’état, il s’agit d’une jolie façon de clôturer l’histoire de Sydney Prescott tout en jouant sur la nostalgie de la génération 90’s. Mais si les choses devaient aller plus loin, avec lancement d’une trilogie nouvelle génération (que le film semble pourtant refuser), il est difficile d’imaginer comment le duo pourrait parvenir à se renouveler sans tomber dans le ridicule et tourner à vide. Alors, on en reste là ?

 

Cécile Desbrun

Cécile Desbrun est une journaliste culturelle spécialisée dans le cinéma, la musique et l'image de la femme dans la culture. Elle créée Culturellement Vôtre en 2009 et écrit parallèlement pour plusieurs publications en ligne. Elle achève actuellement l'écriture d'un livre sur la femme fatale dans l'oeuvre de David Lynch et est la créatrice du site Tori's Maze, dédié à l'artiste américaine Tori Amos, sur laquelle elle mène un travail de recherche approfondi.
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