[Test – Playstation 4] Rain World : chat-limace échaudé craint l’eau froide

image ps4 rain worldCaractéristiques

Test

Le monde de l’indé et la 2D, c’est une histoire d’amour solide sur ses appuis. Alors qu’on pouvait émettre des craintes quand à la répétition de codes trop confortablement installés, la créativité de ce milieu particulier nous surprend toujours autant. Et, aujourd’hui, c’est un soft pas spécialement mis sous les feux des projecteurs qui nous confirme cela : Rain World, premier jeu du studio Videocult, basé à Boston. Le tout premier titre de cette structure minuscule (composée de Joar Jakobsson et James Primate) a de quoi séduire sur le papier, avec son mélange des genres alléchant et son avatar mi-chat, mi-sangsue. Reste à voir si la recette s’avère gouleyante sur la longueur.

Histoire : /

image playstation 4 rain world

Dans Rain World, on incarne un chat-limace, séparé de sa famille suite à un déluge particulièrement impressionnant. C’est ici la seule ligne de synopsis que l’on peut vous dévoiler, véritable prétexte afin de pousser le joueur vers le gameplay. Dès lors, et devant l’évidence d’un scénario trop limité pour être véritablement abordé, on en fait de même et l’on remet en jeu les cinq points au sein du critère Gameplay. On doit cependant préciser que l’absence de récit ne signifie pas absence de sensations, et de narration par celles-ci : Videocult a effectué un véritable travail sur l’ambiance, comme nous le verrons plus bas. Dès lors les environnements visités, s’ils restent mystérieux, construisent d’intenses interrogations. Où sommes nous ? Comment cet endroit a-t-il pu dépérir à ce point ? Il se peut que l’on trouve certaines réponses en cours de chemin, notamment lors d’une toute fin qui comporte sa dose de révélations à ne surtout pas spoiler…

Gameplay : 7/10

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Rain World, ce sont des règles simples à comprendre, mais (très) difficiles à respecter. Plongé dans son avatar chat-sangsue, le joueur va devoir apprendre à survivre dans un environnement au sein duquel il est loin d’être tout en haut de la chaîne alimentaire. Mais le plus grand danger, c’est cette pluie menaçante qui, quand elle tombe, emporte tout sur son passage, y compris la vie du mignon petit personnage. Il faut donc fréquemment s’abriter dans une tanière, afin d’hiberner « à la bien ». Cependant attention, afin de ne pas mourir de faim pendant votre sommeil, il aura fallu se nourrir : un certain nombre de bestioles (comme des chauve-souris) seront nécessaires pour apporter les réserves indispensables, et vous pourrez trimballer trois doses de plus afin de préparer la prochaine escapade.

Car, dans Rain World, il va falloir rester en mouvement si vous voulez retrouver votre famille. Le jeu se présente comme une succession d’écrans en 2D, reliés entre eux par des tunnels qu’il vous faudra emprunter. Et dans ces écrans… l’enfer post-apocalyptique. Vous allez apprendre ce que ça fait, de devoir penser et réagir comme une proie, car tout ce que vous entreprendrez, afin d’atteindre le prochain abri, devra être réfléchi en conséquence. Vous découvrez un coin rempli de bonne nourriture, qui vous assure de vous remplir le bide comme dans un restaurant japonais à volonté ? Restez sur vos gardes, car d’autres bestioles, beaucoup plus imposantes que notre pauvre chat-sangsue, seront peu-être aussi attirés par la promesse d’un bon festin… et vous êtes aussi au menu. Ces menaces font partie d’un échosystème cohérent, qu’il va vous falloir apprendre à comprendre si vous avez l’intention de dépasser les dix premiers tableau. Parce que, derrière, ce sont plus de 1500 autres qui vous attendent. Vous commencez à capter le challenge ? Et attendez, ce n’est pas terminé.

Car, à ce cheminement difficile, Rain World ajoute une mécanique de karma sans pitié : à chaque hibernation, vous gagnez un niveau, et plus vous augmentez, plus vous déverrouillez les tunnels. Par contre, chaque mort vous coûtera une chute d’un niveau de ce karma que vous allez apprendre à chouchouter le plus possible. L’échec sera fréquent, et l’avatar a vite tendance à devenir un véritable aimant à soucis, d’autant plus que les prédateurs vous suivent d’un écran à l’autre, et peuvent même vous tendre de véritables embuscades, notamment en sortie de tunnel. Et quand ce cas arrive, croyez votre humble serviteur : c’est à en hurler dans la chaleur de la nuit. Heureusement, la pure prise en mains est plutôt bonne, avec une légère inertie due aux animation procédurales mais dans l’ensemble notre chat-sangsue répond bien. Les sauts, qu’ils soient chargés ou non, peuvent parfois vraiment être stressant à gérer, mais cela fait partie des sentiments recherchés. On peut aussi s’emparer d’objets, un par patte, histoire d’en balancer un à la tronche de ces fichus lézards imposants, ou encore afin de foudroyer une chauve-souris trop éloignée pour être chassée.

Rain World est clairement ce genre de jeu qui se découvre, se potasse. Comme la map, qu’il va falloir certes consulter, mais surtout mémoriser, de manière à éviter d’y avoir recours, car ce dernier n’est possible qu’en cours de jeu, idéal pour se faire croquer en tentant de se diriger. Rageant ? Oui, et c’est pensé comme tel, maîtrisé. Derrière ses apparences de soft plutôt sympathique, il se cache un challenge bien énervé, mais aussi toute un univers qu’il faut apprivoiser. Passé une rapide introduction, plus présente pour vous présenter les bases que pour vous faire prendre conscience de la profondeur de l’univers qui nous entoure, il ne faudra plus attendre aucune aide de la part du jeu : si vous le comprenez, tant mieux. Si ce n’est pas le cas, alors vous allez ramer, jusqu’à ce que ce soit le cas, et c’est là que l’on prend conscience de la belle réussite de ce Rain World : il récompense plutôt bien les gamers qui arriveront à l’amadouer. Ce n’est pas simple, et l’on peut même penser que plusieurs lâcheront l’affaire dans les toutes premières heures de ce parcours du survivant, lassé de se faire martyriser par un titre qui ne fait pas le moindre effort pour devenir « friendly« . Les autres connaîtront une sacrée expérience, qui créée d’excellentes sensations, notamment à la découverte d’une nouvelle tanière : le soulagement est alors à son maximum.

Technique et ambiance sonore : 3/5

image jeu rain world

Si les premières heures ont été consacrées à prendre l’habitude de sprites vraiment petits, un choix certes justifiés par la volonté de plonger le joueur dans un sentiment de gigantisme des environnements mais tout de même un peu gênant aux premiers abords, on en est vite venu à se régaler de cet univers, et de son style « post-apocalyptico-néo-rétro ». Rain World distille une ambiance travaillée, que ce soit dans les architectures rencontrées, ou dans la gestion d’un éclairage dynamique savoureux. C’est parfois un peu répétitif, et l’on n’aurait pas refusé quelques animations de lus dans les décors, mais ça fonctionne. Si l’on apprend vite que l’on ne peut malheureusement pas trop fureter dans ces différents écrans, on est tout de même tenter de parfois s’arrêter au sommet d’une poutre et de contempler ces tableaux certes sombres mais pas dénués de charme.

Toute la partie sonore est assurée par James Primate, artiste que nous découvrons à cette occasion et qui livre une prestation séduisante. Les petits moments de calme sont bien mis en valeur par un mixage remarquablement équilibré, et la bande originale réussit à nous indiquer certaines tensions avec une belle finesse. D’ailleurs, si le final de Rain World est si bon, c’est aussi grâce aux compositions qui accompagnent cet instant que l’on ne vous spoilera pas.

Durée de vie : 4/5

image gameplay rain world

Pour ce genre de jeu, basé sur la survie et l’exploration, atteindre les trente heures de durée de vie est un résultat plus qu’honorable. Il va falloir trimer pour en voir le bout, et l’on regrette juste le manque de contenu permettant une rejouabilité digne de ce nom. Après avoir terminé Rain World, il est peu probable que vous y reviendrez.

Note finale : 14/20

Rain World est encore une bonne petite surprise assurée par la production vidéoludique indépendante. Même si le titre de Videocult est loin d’être dénué de défauts, on pense surtout à la rudesse des premières heures de jeu, le sentiment de découragement qui peut s’en dégager, écrivons qu’il est une tentative réussie de mélanger survie et exploration, au sein d’un univers rempli d’un charme certain. On aurait apprécié plus de contenu après en avoir vu la fin, mais même en l’état, avec une bonne trentaine d’heures pour en voir le bout, le soft sait s’étirer sans mal, et sans forcer. Soft difficile, très difficile voire même hyper frustrant par moments, Rain World devra être patiemment parcouru afin d’en découvrir les différentes qualités. Et si c’est le cas, ces dernières vous seront évidentes…

Mickaël Barbato

Mickaël Barbato

Mickaël Barbato est un journaliste culturel spécialisé dans le cinéma (cursus de scénariste au CLCF) et plus particulièrement le cinéma de genre, jeux vidéos, littérature. Il rejoint Culturellement Vôtre en décembre 2015 en tant que co-rédacteur en chef. Manque clairement de sommeil.
Mickaël Barbato

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