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[Test – Blu-Ray] Beignets de tomates vertes — Jon Avnet

image boîte 3d blu-ray beignets de tomates vertes jon avnet movinsideCaractéristiques

  • Réalisateur : John Avnet
  • Avec : Mary-Louise Parker, Mary Stuart Masterson, Kathy Bates, Jessica Tandy, Chris O’Donnell…
  • Éditeur : Movinside
  • Date de sortie Blu-Ray & DVD : 11 avril 2017
  • Durée : 126 minutes

Image : 4/5

Movinside a effectué un beau travail et livre un master HD de 1080p qui permet de rendre justice à l’oeuvre de Jon Avnet : une bonne résolution et une excellente colorimétrie permettent de plonger avec délice dans le Sud des années 30 et ses décors aussi typiques que chaleureux. On notera quelques petits problèmes de stabilité sur certains plans, mais rien de bien important. Beignets de tomates vertes a ici droit à sa plus belle édition en Blu-Ray.

Son : 4/5

La piste anglaise est proposée en DTS-HD Master Audio 5.1 avec des sous-titres français. Une piste d’excellente qualité pour un film réalisé en 1991, propre et bien répartie, qui permet d’apprécier aussi bien les dialogues que les différentes ambiances, ainsi que le très beau score de Thomas Newman. En comparaison, la version française manque un peu de relief, mais il s’agit d’une caractéristique souvent inhérente aux versions doublées, et cette VF s’en sort malgré tout plutôt bien, notamment grâce à la qualité de son doublage, qui était encore très soigné à cette époque.

Bonus : /

Aucun supplément n’est inclus sur le Blu-Ray, ce qui est bien dommage tant le point de vue du réalisateur et des actrices avec 25 ans de recul aurait été intéressant à maints égards. Cependant, le livret de 32 pages inclus dans le boîtier de cette édition, publiée dans le cadre de la collection Les films de ma vie, vaut le détour. Le journaliste Marc Toullec (Mad Movies, Studio Ciné Live) y retrace l’histoire compliquée de l’adaptation du roman de Fannie Flagg par Jon Avnet en détail, et raconte le succès inattendu de ce film tourné pour 11 millions de dollars et initialement projeté sur cinq écrans seulement.

Synopsis

De nos jours, en Alabama, Evelyn Couch, femme au foyer, mène une existence monotone jusqu’à ce qu’elle rencontre Ninny Threadgood, une vieille dame extraordinaire, qui va lui redonner goût à la vie. Celle-ci lui raconte sa jeunesse, 60 ans plus tôt, à Whistle Stop, petite bourgade du sud des Etats-Unis. L’histoire que raconte Ninny est celle de l’amitié entre deux femmes : Idgie, forte tête, véritable garçon manqué, et Ruth, douce et remarquable cuisinière. Mariée à Franck Bennett, un homme violent, Ruth finit par appeler Idgie au secours, et s’enfuit avec elle. Les deux femmes décident d’ouvrir un restaurant. Mais Bennett n’a pas dit son dernier mot…

image mary stuart masterson mary-louise parker beignets de tomates vertes

Le film

Best-seller au succès inattendu lors de sa parution chez l’éditeur américain Random House en 1987, Beignets de tomates vertes de Fannie Flagg est devenu, sous la direction de Jon Avnet (producteur de Risky Business, Black Swan…), un film drôle et tendre sur le Sud des États-Unis des années 30, avec son lot de contrastes et d’émotions fortes. Un film de femmes également, centré sur une histoire d’amour (suggérée de manière claire, bien que non explicite) entre deux héroïnes aux caractères bien trempés : Idgie, garçon manqué au grand coeur (Mary Stuart Masterson) et Ruth Jamison (Mary-Louise Parker, l’héroïne de la série Weeds), douce jeune femme et cuisinière douée, battue par son mari. Resserré sur un petit groupe de personnages auquel le spectateur s’attache durant un peu plus de 2 heures, cette comédie dramatique du début des années 90 évolue entre passé et présent, puisque c’est par l’entremise d’une vieille dame ayant connu les héroïnes, Ninny Threadgoode (Jessica Tandy, alors fraîchement oscarisée) et partageant ses souvenirs avec Evelyn Couch (Kathy Bates) depuis sa maison de retraite, que nous découvrons leur histoire.

Une histoire d’émancipation féminine à cheval entre les années 30 et le début des années 90, où les femmes puisent le courage de s’affirmer et d’aller de l’avant grâce à une amitié et une solidarité indéfectibles. Sans jamais sombrer dans le misérabilisme et le cliché — si le mari violent de Ruth est une ordure, le film possède aussi des personnages masculins positifs — Beignets de tomates vertes ausculte les démons des états du Sud de cette époque (dépendance des femmes à leur mari, Ku Klux Klan…), sans jamais se départir d’une profonde joie de vivre et d’une certaine nostalgie pour un temps où la précarité était plus grande, mais l’entraide bien plus développée. L’authenticité des échanges entre Idgie et Ruth donne le ton, et permet au film d’osciller entre humour et émotion tout en évitant le pathos larmoyant que certains rebondissements dramatiques auraient pu appeler. De ce point de vue là, le film de Jon Avnet possède un petit quelque chose de Forrest Gump avant l’heure, en plus sobre et la dimension satirique en moins. Les deux oeuvres ont en tout cas en commun une même pureté émotionnelle, portée par une intrigue véhiculant des sentiments universels.

image mary-louise parker chris odonnell beignets de tomates vertes

Il était par ailleurs encore assez osé, au tout début des années 90, de réaliser un film grand public centré autour de la relation entre deux femmes qui, si elle n’est jamais explicitement donnée comme étant homosexuelle, est assez clairement suggérée en ce sens. Si la romancière Fannie Flagg ainsi que les actrices auraient préféré que le réalisateur aille au-delà de la simple suggestion, Jon Avnet a préféré ne pas s’aliéner les studios en faisant le choix de se concentrer sur l’amour que se portent les deux femmes plutôt que sur leur sexualité. Un parti pris qui permis à Beignets de tomates vertes de se positionner comme un vrai film familial, sans prêter le flanc à la moindre polémique, qui aurait pu détourner l’attention de l’intrigue en elle-même.

Jon Avnet, dont il s’agissait du premier long-métrage en tant que réalisateur — il se tournera, par la suite, principalement vers la télé, tout en poursuivant son activité de producteur de cinéma — embrasse cette histoire riche en émotions pour en faire une chronique tour à tour drôle et désabusée parlant aussi bien d’émancipation que de transmission, où la chaleur des rapports humains domine malgré la violence de l’époque ou l’isolement des personnes âgées dans le présent, sans oublier la quête de perfection pesant sur les femmes. Cette dernière dimension est explorée avec humour à travers le personnage incarné par Kathy Bates, qui donne suffisamment d’allant à Evelyn Crouch pour que les quelques petits clichés 90’s de l’épouse cherchant à attirer l’attention de son mari buveur de bière l’oeil rivé sur la télévision, ne fassent pas trop tiquer.

Avnet sait par ailleurs faire preuve d’une juste dose d’ironie, qui permet d’instaurer une certaine distance avec le cours de développement personnel new age auquel assiste Evelyn, rendant la situation assez drôle. Cette chronologie contemporaine fonctionne avant tout grâce à l’alchimie entre Kathy Bates et Jessica Tandy, 82 ans à l’époque (elle disparaîtra trois ans plus tard) et qui insuffle au rôle de Ninny une vraie malice. Les séquences de transition sont par moments assez convenues, mais l’ensemble fonctionne grâce à la synergie et la cohérence de ce casting de haute volée, qui nous plonge dans cette histoire aussi classique que touchante avec une rare intensité. On sort de Beignets de tomates vertes avec l’impression de connaître intimement ces femmes, et de sentir le goût des fameux beignets titiller nos papilles.

Cécile Desbrun

Cécile Desbrun est une journaliste culturelle spécialisée dans le cinéma, la musique et l'image de la femme dans la culture. Elle créée Culturellement Vôtre en 2009 et écrit parallèlement pour plusieurs publications en ligne. Elle achève actuellement l'écriture d'un livre sur la femme fatale dans l'oeuvre de David Lynch et est la créatrice du site Tori's Maze, dédié à l'artiste américaine Tori Amos, sur laquelle elle mène un travail de recherche approfondi.

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