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[Test – DVD] Phantasm – Don Coscarelli

Image : 4.5/5

Si vous êtes amateurs de films de genre, vous vous souvenez certainement de cette époque où Phantasm n’était visible que sur d’obscurs endroits, au fin fond d’Internet, dans des versions plus ou moins propres. Aujourd’hui, cette injustice est de l’histoire ancienne, grâce à ESC Editions (La trilogie Ninja) et Sidonis, qui en profitent pour nous livrer un master vidéo de haut niveau pour le DVD présent dans ce coffret, à côté du Blu-ray (que nous testerons plus tard). Le master donne un vrai coup de plumeau au film, redonnant à la colorimétrie une bonne vigueur et une définition stable tout du long. Bien évidemment, la précision est un peu plus incertaine, mais on ne pouvait pas espérer mieux de ce support.

Son : 3.5/5

Phantasm est proposé en version française, et originale sous-titrée dans la langue de Molière. En VF, on a le droit à un Dolby Digital 2.0 qui, s’il est plutôt propre, manque un peu de relief pour totalement convaincre, et ce malgré un doublage assez bon dans l’ensemble. Par contre, la VOSTFR est bien plus définitive, avec une bonne spatialisation et une netteté qui tranche.

Bonus : 4.5/5

Cette édition de Phantasm a le bon ton de nous proposer des bonus à la fois gouleyants et rassasiants. On commence par une interview inédite (21 minutes), et croisée, de Guy Astic (Directeur des éditions Rouge Profond, dont nous avons chroniqué Images et mots de l’horreur 1, ou encore Rêves et séries américaines : la fabrique d’autres mondes) et Julien Maury (co-réalisateur, avec Alexandre Bustillo, d’À l’intérieur, Livide, Aux yeux des vivants). Le premier y est très en forme, analysant le film et multipliant les anecdotes. Ensuite, nous avons droit à une interview d’époque (28 minutes) de Don Coscarelli et Angus Crimm, accordée à une télévision de Floride. Un document savoureux, bien rythmé, qui rappelle à quel point la petite lucarne a su, voilà longtemps, donner une vraie place au cinéma et à son analyse. Enfin, on retrouve une intervention d’Angus Crimm, le fameux Tall Man, à la convention Fangoria de l’année 1989 (10 minutes). On y découvre un homme plein de talent, maîtrisant son personnage et généreux dans sa prise de parole. Enfin, on a droit à l’éternel duo formé par la bande annonce et la galerie photos.

Synopsis

Orphelin depuis peu, Mike découvre que des faits étranges se déroulent dans le cimetière de Morningside. Il remarque un croque-mort à l’allure sinistre porter des cercueils comme s’il s’agissait de simples boîtes de carton, puis de petites créatures encapuchonnées aux activités pas moins suspectes… Effrayé mais curieux, aidé de son ami Reggie, Mike cherche à savoir ce qui se passe réellement. Il n’est pas au bout de ses surprises.

Le film

Phantasm, voilà l’exemple typique qui nous rappelle à quel point le cinéma de genre a pu accoucher d’une offre très variée. Sorti en plein cœur de l’année 1979, le film de Don Coscarelli surprend par sa vision du monde un peu à part, du moins de ses petits camarades cinématographiques, en s’engageant sur la route d’un surréalisme étonnant. Le conflit est redoutable et peut être résumé de la sorte : un petit garçon perd son frère et, après l’enterrement, assiste à un acte si étrange que son rapport à la réalité va en être bousculé. Une problématique qui, il est vrai, ne pouvait que naître pendant les années 1970, quand bien même la production se situe à la fin de celles-ci, car toute une partie du ressenti va chercher du côté de la paranoïa.

En effet, Phantasm est moins un film de pure terreur qu’une œuvre sur le rapport au réel. Toute la sève se trouve dans cette question : Mike vit-il le cheminement auquel on assiste, ou est-il victime d’une sorte de syndrome post-traumatique qui l’atteint jusque dans sa perception des événements ? Don Coscarelli joue brillamment avec ce doute, l’instillant au fur et à mesure dans l’esprit du spectateur, lequel ne peut qu’être à l’affût du moindre élément pouvant lui apporter un début de révélation. Certains dialogues pourront apporter une esquisse de réponse factuelle, mais le plus intéressant se trouve dans le rapport à l’image, et au symbolisme que le réalisateur utilise intelligemment. Au point, d’ailleurs, que les différents débuts de piste, si elles forment un ensemble un peu éloigné du verdict, se trouveront développées dans chacune des quatre suites.

Phantasm est, donc, un film de genre d’une profondeur peu commune, mais qui n’oublie surtout pas d’être un divertissement de qualité. Tout comme Stanley Kubrick avec Shining, Don Coscarelli cherche à troubler le spectateur jusque dans l’environnement dans lequel se déroule l’œuvre. Avec une grande majorité de séquences diurnes, les nocturnes étant pour la plupart très éclairées, le réalisateur essaie de nous prendre à revers de nos attentes. Et c’est une réussite, car l’effroi ne naît pas d’une façon qui nous est familière : pas de jump scare forcés par des bruitages ridicules, ni de décors plongés dans une obscurité un peu facile. Par contre, on frémit grâce à des apparitions si inattendues, comme celles des nains, que l’on ne peut que se sentir mal à l’aise, un peu sur le qui-vive. Bien entendu, le Tall Man se paye la part du lion, avec une présence qui, à elle seule, arrive à nous terroriser. Il faut le voir, déboulant en plein jour, dans une rue, d’une démarche volontaire et agressive, dans un ralenti qui englobe le tout dans une sensation cauchemardesque.

image film phantasm

D’ailleurs, revoir Phantasm c’est se rappeler la force et le courage de son casting. Angus Scrimm, dont on regrette que la carrière n’ait jamais réellement décollé en dehors de la saga ici débutante, peut à lui seul imager l’expression « avoir la gueule de l’emploi ». Il est le Tall Man des pieds à la tête, jusqu’aux bout des ongles, et chaque haussement de sourcils semble avoir été dicté par sa justesse naturelle. A. Michael Baldwin (aucun lien de parenté avec Alec, apparemment) campe aussi très bien ce personnage de Mike, jeune garçon pré-adolescent, choqué par la mort de son grand frère et terrifié à l’idée d’être abandonné. La suite de sa carrière n’aura pas grand chose d’intéressant, on le voit notamment au poste de producteur sur ce qui, apparemment, est une daube invisible intitulée Vice Girls. Enfin, dans le rôle du fidèle ami Reggie, c’est Reggie Bannister qui s’y colle, là encore avec une réussite qu’il ne retrouvera pas vraiment dans la suite de son parcours. On le retrouvera dans un petit rôle pour Wishmaster, mais aussi dans The Quiet Ones et The Rage. Des acteurs qui n’étaient pas bankable donc, et qui ne le sont pas devenus avec le temps, ce qui conforte dans l’idée que Don Coscarelli ne pensait qu’à leur apport dans le film, et non à sa petite gloriole.

Au final, Phantasm est sans aucun doute un film d’importance dans l’histoire du cinéma, et l’un des plus captivants dans l’offre « de genre ». Invitation au rêve, tout autant qu’au cauchemar, le film semble revendiquer une position à part, un peu à contre-courant, répondant à la précision chirurgicale (et tout aussi intéressante) des grands réalisateurs en vogue à l’aide d’un surréalisme bourré de sens. Se plonger dans cette œuvre, c’est s’apprêter à pénétrer un monde au sein duquel un doigt coupé peut se transformer en insecte immonde. C’est se mesurer au dédale d’une morgue moderne, hantée par une sphère en lévitation prête à se nicher dans votre crâne afin d’en extirper le jus de cerveau de ses victimes. Et c’est, aussi, le sentiment lancinant que les apparences peuvent être trompeuses, thème délicieux qui semble ne jamais devoir nous lasser. En cela, on est évidemment en parfait accord avec le millésime 1979 du festival du film fantastique d’Avoriaz, qui a remis le Prix Spécial du Jury à ce Phantasm que nous ne pouvons que vous recommander chaudement.

Mickaël Barbato

Mickaël Barbato

Mickaël Barbato est un journaliste culturel spécialisé dans le cinéma (cursus de scénariste au CLCF) et plus particulièrement le cinéma de genre, jeux vidéos, littérature. Il rejoint Culturellement Vôtre en décembre 2015 en tant que co-rédacteur en chef. Manque clairement de sommeil.
Mickaël Barbato

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