[Critique] Moi, moche et méchant 3 : la fièvre des années 80

Caractéristiques

  • Titre original : Despicable Me 3
  • Réalisateur(s) : Kyle Bald & Pierre Coffin
  • Avec : Steve Carrell, Kristen Wiig, Trey Parker, Julie Andrews, Pierre Coffin (voix originales), Gad Elmaleh, Audrey Lamy, David Marsais, Arié Elmaleh (voix françaises)...
  • Distributeur : Universal Pictures International
  • Genre : Animation, Comédie
  • Nationalité : Américain
  • Durée : 1h30
  • Date de sortie : 5 juillet 2017

Critique

Quatre ans après Moi, Moche et Méchant 2 et deux ans après Les Minions, tous deux assez peu appréciés des critiques malgré leur succès public, Gru et sa petite bande de bonhommes jaunes sont de retour pour un troisième opus calibré pour réjouir aussi bien les adultes nostalgiques des années 80 que les enfants et adolescents. On retrouve ainsi dans Moi, Moche et Méchant 3 tout ce qui a fait le succès de la franchise (le duo Gru-Lucy, les gags autour des Minions, de l’action), avec, en guise de cerise sur le gâteau, un enfant star pourri gâté des années 80 devenu has been dans le rôle du méchant complètement débridé que la joyeuse bande devra vaincre. Cette obsession du film de Kyle Balda et Pierre Coffin pour les années 80 est aussi facile que plaisante et passe par une poignée de séquences inspirées des programmes télé et du cinéma de cette décennie, rythmées par quelques grands tubes de l’époque, le tout arrosé de couleurs flashy et ponctué de baladeurs cassettes et boules à facettes disco.

image gru balthazar bratt moi moche et méchant 3
© Universal Pictures

Rejeté par Hollywood à l’adolescence en raison d’une poussée d’acné, Balthazar Bratt se prend pour le personnage de garnement insupportable qu’il incarnait et se met en tête de prendre sa revanche sur Hollywood en ourdissant de terribles plans à l’aide de robots et pâte à chewing-gum géante. Lorsqu’il se bat, évidemment, cela ne peut que prendre la forme d’un dance battle au son de Michael Jackson (« Bad ») ou de Madonna (« Into the Groove »). Le résultat, animé avec tout le brio du studio Illumination, a quelque chose d’immédiatement jouissif, mais on pourrait aussi comparer ces scènes à un pic de glucose après avoir englouti des bonbons : ces scènes sont très appréciables sur le coup, mais la tension retombe assez vite et, faute d’avoir quelque chose de plus consistant à se mettre sous la dent, on reste un peu sur notre faim. Le film ne possède aucun temps mort et prends soin, au contraire, d’être toujours dans une constante effervescence, mais, tout en ressortant de la salle avec un ressenti globalement positif et, à dire vrai, bien meilleur que ce à quoi l’on s’attendait étant donné la réussite en demi-teinte des Minions, on ne peut s’empêcher de se demander ce qu’on retient véritablement du film, au-delà d’une myriade d’éléments indépendants qui atteignent parfaitement leur cible, de l’obsession so cute d’Agnès pour les licornes à la rivalité entre Gru et son frère jumeau caché Dru, ou encore la participation triomphante des Minions à l’équivalent italien de The Voice.

Un troisième opus plaisant, mais un peu trop éparpillé

image gru minions moi moche et méchant 3
© Universal Pictures

Et c’est bien là que le bât blesse : Moi, Moche et Méchant 3 comporte différentes problématiques (rivalité fraternelle, la vie de famille de Gru, la revanche de Bratt, la rébellion des Minions…) et, bien que le récit semble se concentrer sur la relation de Gru et son embarrassant frère jumeau, le scénario a tendance à s’éparpiller en adoptant une structure éclatée, brassant de partout pour aboutir à un résultat drôle et divertissant, mais auquel il manque l’émotion que l’on aurait trouvée dans un Pixar, par exemple. Pour le dire clairement, on aurait aimé que le script de Cinco Paul et Ken Daurio trouve le moyen de lier ces différentes strates et sous-intrigues en les mettant au service d’une problématique unifiée, et donc plus forte. Or, le seul enjeu pour Gru dans la capture du super-vilain Bratt est de retrouver son emploi de super-espion et de nourrir sa petite famille, tandis que pour Dru, il s’agit de prouver sa valeur de méchant potentiel pour ne pas avoir honte vis-à-vis de son père et de son frère. Et, si la conclusion trouve le moyen de confronter les deux frangins à leurs insécurités l’un vis-à-vis de l’autre, le résultat reste assez conventionnel.

image dru et gru moi moche et méchant 3
© Universal Pictures

Cependant, le film est suffisamment court pour ne pas s’embourber dans des longueurs inutiles et demeure tout à fait plaisant, et même assez attachant grâce à l’adorable petite Agnès, qui en fera fondre plus à travers plusieurs jolies séquences, mais aussi grâce à Dru, clone chevelu, niais, collant et maladroit de Gru, avec lequel il forme un improbable duo. Illumination et Universal rendent un hommage à peine déguisé aux Indestructibles de Brad Bird lorsque les deux frères revêtent leurs costumes de super-vilains pour s’élancer à la poursuite de Bratt, et le tout fonctionne parfaitement. On regrettera simplement, lors de cette partie, que l’attaque des jouets (hello Joe Dante !), qui s’annonçait particulièrement bien, soit purement et simplement sacrifiée, sans doute pour des raisons budgétaires. Il faut dire que le film enchaîne les scènes d’action farfelue, et le rendu de l’animation, irréprochable, est d’une fluidité folle et fait souvent preuve d’inventivité, tout en restant dans les limites des codes de la franchise. Quant aux indémodables Minions, leur présence est bien dosée, afin d’éviter l’overdose. Leurs différentes apparitions fonctionnent plutôt bien, même si les passages en prison auraient mérité plus d’inventivité. La manière dont la musique de Pharrell Williams est plaquée sur les images reste assez facile, par exemple, et ne décolle que lors du générique de fin animé, très réussi.

Au final, Moi, Moche et Méchant 3 est au-dessus de son prédécesseur et vient temporiser les réserves que l’on pouvait avoir sur la franchise. Le film de Kyle Balda et Pierre Coffin ne bouscule pas vraiment les codes de son univers et encore moins ceux du genre, mais la qualité de l’animation du studio Illumination emporte l’adhésion et permet de fermer en partie les yeux sur les limites d’un scénario sympathique mais un peu trop léger, qui enchaîne les gags et rebondissements en laissant un peu de côté l’émotion.

Cécile Desbrun

Cécile Desbrun est une journaliste culturelle spécialisée dans le cinéma, la musique et l'image de la femme dans la culture. Elle créée Culturellement Vôtre en 2009 et écrit parallèlement pour plusieurs publications en ligne. Elle achève actuellement l'écriture d'un livre sur la femme fatale dans l'oeuvre de David Lynch et est la créatrice du site Tori's Maze, dédié à l'artiste américaine Tori Amos, sur laquelle elle mène un travail de recherche approfondi.
0/10

Réagir à l’article

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *