[Test – Playstation 4] Valkyria Revolution : un spin-off courageux

Caractéristiques

    • Playstation 4
    • Xbox One
  • Développeur : Media Vision
  • Editeur : Sega
  • Date de sortie : 30 juin 2017
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Introduction

Parmi les titres de licences injustement boudées par le public, et ce malgré des qualités largement reconnues dans les différents média Valkyria est l’une des plus intéressantes. Tout d’abord parce qu’il s’agissait, jusqu’ici, de softs s’inscrivant dans le genre du Tactical-RPG, style qui passionne autant qu’il laisse de marbre. Aussi, parce qu’il s’agit de l’un des plus beaux résultats artistiques obtenus par le Sega (Yakuza Zero) moderne. Seulement, comme indiqué plus haut, le jeu est un peu de niche, et le succès commercial n’est pas spécialement au rendez-vous, ce qui poussera Valkyria Chronicles sur console portable. Après un retour sur machines de salon, avec un remaster de bonne facture, voilà que la série accouche d’un nouveau rejeton : Valkyria Revolution. Un spin-off qui, comme son titre l’indique, a des envies de renouvellement.

Histoire : 4/5

image jeu valkyria revolution

Il y a deux genres de joueurs : ceux qui se sont frottés aux trois premiers jeux de la licence, et ceux qui ne s’y sont pas essayé. Pourtant, sachez que, quelle que soit votre team, vous débuterez l’expérience Valkyria Revolution au même niveau de compréhension. En effet, l’univers du soft ici abordé est totalement nouveau, et vous ne partirez avec aucun handicap de l’ordre de la connaissance. Inutile, donc, de rattraper votre retard, en jouant aux précédentes itérations, même si on le recommande forcément, pour votre seul plaisir personnel. Le jeu est un spin-off, et il prend place sur le continent Europa. Nouvelle localisation donc, mais aussi de nouveaux personnages, et nouvelle forme de narration.

Valkyria Revolution raconte un drame qui, malheureusement, rappellera bien des choses si vous êtes férus d’actualités. Dans ce monde, divisé en quatre empires, le royaume de Jutland est victime d’un blocus. Comme on le sait, la paupérisation d’un peuple entraîne inévitablement un sentiment d’injustice et, in fine, le bruit des bottes n’est jamais loin. La guerre est déclarée. L’originalité du cheminement qui va en découdre est qu’il est narré sous forme de flashback, un exercice de style plutôt bien mené dans l’absolu : on suit le récit via un narrateur, puis on rejoint les faits manette en mains, et le plus souvent dans la peau d’Amleth, personnage qui manque un peu de relief mais tout à fait dans la norme de ce que les J-RPG nous servent depuis quelques temps.

Le seul élément qui pourra un peu gêner, c’est cette propension qu’a Valkyria Revolution à devenir bavard, le temps des différentes cutscenes. Comme celle-ci sont tout de même assez nombreuses, on a vite fait d’être un peu lassé de certains passages très verbeux… et uniquement sous-titrés en anglais. La mise en scène, elle, a perdu un peu du charme de ce que savait faire Valkyria Chronicles, même si la saveur dystopique est toujours là, en filigrane. Ajoutons à cela que la deuxième moitié nous a paru mieux équilibrée, en termes narratifs, qu’un début un peu poussif. Ainsi, il faut certes un peu s’accrocher au début, mais le jeu a tendance à récompenser cet effort.

Gameplay : 3/5

image playstation 4 valkyria revolution

L’annonce de Valkyria Revolution a pu faire peur à pas mal de fans de la licence qui, comme tout amoureux, voudraient que l’objet de leur culte garde à jamais la même saveur. Si cette volonté est tout à fait justifiée de notre point de vue, elle ne peut s’appliquer que sur les épisodes canoniques d’une licence. Et c’est ça, ce qui est beau avec la notion de spin-off : elle permet quelques folies, comme si la série elle-même prenait des vacances, se détendait un peu. Ici, c’est le concept de la stratégie qui est prié de prendre du bon temps, au profit d’un concept beaucoup plus orienté vers l’action. Malgré la levée de bouclier de certains, un peu étrange de par son intensité, le système de combat est loin d’être horrible. Media Vision a opté pour le corps-à-corps, et pour matérialiser ce fait les personnages sont armés d’armes tranchantes. Et c’est loin d’être un détail.

Les combats de Valkyria Revolution se déroulent en temps réel, qu’une simple jauge vient modérer. Dès lors, il vous faudra penser chaque action, car cette barre se vide, vous empêchant d’attaquer avec une optique trop bourrine. Avec votre équipe, que vous aurez sélectionné en tout début de mission, vous pourrez prendre part à des joutes rythmées, utiliser le terrain à bon escient, opter pour une approche moins frontale en s’emparant d’armes à feu. Le tout se fait naturellement, même si la nécessité de passer par un menu, qui stoppe net l’action, pourra parfois un peu énerver. Autre retenue, elle concerne l’intelligence artificielle des ennemis, qui a parfois le don de faire rire à cause d’un manque de pertinence dans les réactions. Dommage, même si ces anicroches ne dépassent pas le stade du regret.

Valkyria Revolution enchaine les éléments certes sans trop d’originalité, mais ne s’y attèle pas sans talent. La courbe de progression des personnages, via l’expérience gagnée au fil des combats, est maîtrisée de bout en bout. Les statistiques n’évoluent pas trop lentement, ni trop vite : on éprouve bien du plaisir à faire grimper nos différents personnages, et c’est toujours un bon point dans un J-RPG digne de ce nom. On apprécie aussi toute la mécanique liée aux altérations, qui s’attaquent directement aux troupes, alliées ou ennemis. Ajoutons à cela les éternels marchands, les skills à récupérer sur le champ de bataille, ou encore la R&D qui permet de fabriquer de nouvelles armes, et vous obtenez un concept certes très éloigné de ce que procurent les épisodes canoniques, mais tout de même assez carré pour contenter.

Technique et ambiance sonore : 3/5

image gameplay valkyria revolution

Techniquement, Valkyria Revolution se tient sans trop de mal. Quelques textures pourront laisser un peu pantois, mais les passages en pleine ville sont assez beaux pour faire oublier les quelques coups de mou. On a aussi remarqué un ou deux bugs de collision, mais pas assez pour qu’ils aient une incidence sur la note. Par contre, la direction artistique souffle le chaud et le froid, très clairement. Si l’on apprécie plutôt les différents styles vestimentaires, on peut aussi regretter qu’ils ne soient plus autant en adéquation avec l’univers guerrier que ce qu’ont produit les Valkyria Chronicles. Aussi, le character-design est inégal, même si la satisfaction domine tout de même.

Côté ambiance sonore, on assiste à du changement. Yasunori Mitsuda prend le poste de compositeur, un nom que vous connaissez très certainement pour ses travaux les plus connus : Soul Sacrifice, Inazuma Eleven, et surtout l’immense Chrono Trigger. Son travail sur Valkyria Revolution est un peu inégal, toujours reconnaissable entre mille mais parfois un peu paresseux. Ce n’est pas le cas du sublime thème principal, et de ceux qui nous accompagnent dans les différentes villes. Quant aux voix, on félicite l’éditeur de nous avoir accordé le choix entre le doublage anglais, carrément horripilant, et la bien meilleure version japonaise.

Durée de vie : 4/5

image test valkyria revolution

Valkyria Revolution, c’est dix chapitres d’histoire solo, et une bonne dose de contenu « secondaire ». Vous pourrez vous perdre dans une encyclopédie conséquente, développer les liens entre les personnages, venir à bout de combats optionnels au challenge bien retors. Bien entendu, si vous êtes accrocs vous ne pourrez pas lâcher le jeu avant d’avoir maximisé vos personnages, et ça va vous occuper au moins 45-50 heures.

Note finale : 14/20

Sega et le studio Media Vision auront poussé le principe du spin-off à fond. Prenant ses distances avec la tactique pure et dure, Valkyria Revolution fait le choix d’une action plus débridée, plus permissive, et si le modèle est différent il n’en est pas moins plutôt bien fignolé. Le jeu n’est pas exempt de défauts, loin de là, notamment une absence de sous-titre français handicapante, car le jeu est parfois (trop) bavard. Aussi, on regrette une direction artistique un peu facile, et une intelligence artificielle qui aurait mérité plus d’attention. Par contre, on ne peut que souligner la bonne tenue de l’histoire, qui prend des risques au sein d’un univers un peu cloisonné, ou encore la durée de vie qui assure pas mal d’heure de jeu. De quoi dessiner un jeu certes loin d’atteindre les sommets, mais qui ne démérite pas.

Mickaël Barbato

Mickaël Barbato

Mickaël Barbato est un journaliste culturel spécialisé dans le cinéma (cursus de scénariste au CLCF) et plus particulièrement le cinéma de genre, jeux vidéos, littérature. Il rejoint Culturellement Vôtre en décembre 2015 en tant que co-rédacteur en chef. Manque clairement de sommeil.
Mickaël Barbato
7/10

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