[Test – Playstation 4] Perception : un jeu d’enquête au concept original

Caractéristiques

    • Playstation 4
    • Ordinateur/PC
    • Xbox One
  • Développeur : The Deep end Games
  • Editeur : Feardemic
  • Date de sortie : 7 juin 2017
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Introduction

image test perception

Le jeu vidéo a toujours tenté de nous faire incarner des enquêteurs, et ce par le biais de différents genres. On pense évidemment au Point & click (Grim Fandango en est un exemple parmi tant d’autres), mais aussi l’open world, avec le récent L.A. Noire, ou encore les jeux à la première personne, comme l’excellent Hotel Dusk. Dès lors, quand Perception se présente à nous comme un soft qui nous demande de mener une investigation dans un endroit sordide, on n’est pas spécialement surpris à en tomber à la renverse. Non, cet effet est réservé à une volonté qui fait toute la différence : le jeu ici abordé nous plonge dans la peau d’une jeune femme aveugle.

Histoire : 3/5

image playstation 4 perception

Le scénario de Perception prend son temps pour s’installer, contrairement à la situation qui s’impose à nous. On est de suite projeté dans la baraque qui nous intéresse, et ce sans trop de préparation narrative. Avant toute chose, le jeu vous propose de choisir entre deux manières de vivre l’aventure : une héroïne, Cassie, qui s’exprimera beaucoup, et une autre possibilité la limitant aux commentaires lors des événements importants. Un peu étrange, surtout que The Deep End Games nous recommande évidemment la première solution, plus apte à construire un lien (très important) entre le joueur et son avatar. Après ce choix pas du tout cornélien, on est lâché en plein manoir, qu’elle identifie comme celui de ses cauchemars. Ce traitement abrupte fonctionne bien, surtout que la première partie du jeu accompagne cette étrangeté par un véritable travail sur l’ambiance, parfois bien flippante. Précisons que le studio joue sur la carte « faits réels », qui seraient survenus dans la région de Boston. Cela vaut ce que ça vaut…

Malheureusement, le récit de Perception se sclérose un peu, à la suite de cette introduction savamment orchestrée. L’endroit est malveillant, c’est une certitude : il est habité par un passé peu enclin à démontrer de bons sentiments. Bon, d’accord, pour écrire plus simplement, l’endroit est hanté. Et il va vous falloir enquêter sur les événements qui ont engendré une véritable menace paranormale. Vous l’aurez compris, l’ambiance n’est pas à la fête, et Cassie va être confrontée à bien des découvertes, des chemins de vie peu glorieux d’anciens propriétaires. Sur le papier, tout est là pour que le soft nous en mette plein la vue en terme d’histoire. Pourtant, on se rend vite compte que le récit manque d’originalité. Les différentes investigations se ressemblent un peu trop, de sorte que l’on a l’impression de vivre des cas trop similaires pour réellement renouveler l’intérêt. Ce qui ne signifie pas que Perception est mal écrit. On aime le traitement de l’héroïne, surprenant sur le dernier quart. Simplement, le potentiel n’est pas poussé à son maximum, notamment en terme de frayeur. Celle-ci s’estompe peu à peu, au profit d’un côté thriller plus pressant. Terminons ici, et sans transition, sur le fait que le jeu est sous-titré en français, à l’exception étrange d’une poignée de phrases, ici ou là.

Gameplay : 4/5

image gameplay perception

Perception est une petite perle à prendre en mains, et l’on mesure ces mots. Si le pur gameplay fera dire à certains qu’il manque de profondeur, c’est surtout l’idée, le fil conducteur qui nous a scotché. En effet, notre avatar est atteint de cécité. Il va donc falloir composer avec ce handicap, et s’aider de moyens pensés pour cela. La canne est la première des amies. Donner un coup sur le sol provoque une onde, ce qui dessine à l’écran un décor plus ou moins proche, et ce dans un rendu qui nous donne l’impression d’observer la réalité de manière différente. C’est simple, mais il fallait y penser. The Deep End Games ne s’est pas limité au concept de départ, puisque les surfaces peuvent réverbérer différemment. Par exemple, taper sur de la moquette ne provoquera pas la même onde que sur de la fonte, ce qui a une incidence direct sur le résultat à l’écran.

Dans Perception, le son est primordial. D’ailleurs, on vous conseille très fortement d’y jouer au casque, car le gameplay s’en trouve bonifié. La moindre sonnerie de téléphone créée une possibilité de mieux comprendre son environnement. Par contre, attention à ne pas abuser de la canne, car bien vite un ennemi va faire son apparition. Le revenant, qui hante l’endroit, est comme votre mamie du dessus : il est sensible au bruit. Et dès qu’il vous aperçoit, c’est le game over assuré. Une mécanique qui ajoute un peu de piquant à la recette, même si parfois (dans de très rare cas, précisons-le) on est véritablement trop gêné par cette entité. Si vous avez été repérés, vous n’aurez pas le choix : il faut se planquer. Alors, essayez de connaître au mieux l’endroit, histoire de savoir exactement où vous replier, vers quel placard se diriger par exemple.

Autre mécanique intéressante, celle du téléphone portable. Perception n’est pas du genre à se rétamer dans une approximation. Qui dit jeu d’enquête dit lecture, et pour une personne aveugle ça se complique. Heureusement, le saint smartphone prouve qu’il peut servir à autre chose que jouer à des Free-to-play tous pourris : l’application Delphi viendra de nombreuses fois à votre rescousse. En effet, elle permet de photographier les éléments à narrer, puis une voix automatique lit le résultat. Par contre, il arrivera que ces écrits soient indéchiffrables pour votre super engin portable, dès lors il faudra contacter une personne extérieure, nommée Nick, qui se chargera de vous lire le baragouin. Tout le reste est plutôt conforme à ce qu’on attend d’un jeu d’enquête : on retrouve des objets, on fouille dans les moindres recoins, on butte parfois sur des recherches retors. Du classique donc, mais à la sauce « bonne idée ».

Technique et ambiance sonore : 4/5

image jeu perception

Perception est, d’un point de vue purement technique, plutôt satisfaisant. On n’a croisé aucun ralentissement, le level-design est bon même s’il se répète un peu. Par contre, on regrette un peu d’aliasing et des textures pas toujours propres, mais dans l’ensemble ça se tient assez bien pour ne pas faire pester. La direction artistique est peut-être un peu plus incertaine, notamment dans la représentation de certains objets, un peu trop « simplifiée », mais on comprend la démarche. Le jeu dessine, il ne décrit pas. Un choix jusqu’au-boutiste, qui peut surprendre mais aussi convaincre.

Comme nous vous le signifions un peu plus haut, l’ambiance sonore est d’une importance capitale pour l’expérience Perception. Le studio The Deep End Games l’a bien compris, et nous sert un mixage bien fignolé, même s’il reste de rares soucis de spatialisation notamment quand le revenant intervient. Les compositions, signées James Bonney (Mafia 3, Mortal Kombat : Armageddon) n’ont rien de très mémorables mais travaillent bien l’atmosphère, et ont le bon goût de ne pas s’accorder la part du lion, en laissant respirer le sound-design. On est satisfait du travail effectué sur les sources sonores, les personnages sont bien doublés, bref du bon boulot qu’il vous faut absolument découvrir avec un bon casque.

Durée de vie : 2/5

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Perception est court, il vous faudra entre quatre et cinq heures afin d’en voir la fin. Et, mis à part pour revivre l’aventure de manière plus fluide, vous n’y reviendrez sans doute pas. Dommage, car on aurait apprécié de prolonger l’aventure.

Note finale : 13/20

Perception est typiquement ce genre de jeu que l’on vit intensément, grâce à une idée conductrice originale et plutôt bien vue (sans mauvais jeu de mots, n’est-ce pas). Il est seulement dommage que l’intensité scénaristique baisse un peu entre un début et une fin réussit côté récit, et la durée de vie aurait pu être plus conséquente. Mais l’expérience ne peut se résumer à ces quelques regrets, tant la recette prend dès le premier coup de canne asséné sur un sol qui va en voir de toutes les couleurs. L’ambiance étouffante (mais pas terrifiante), de par cet étrange huis-clos, fonctionne bien, tout comme le gameplay arrive à nous intéresser à ce qu’il se passe à l’écran. Une curiosité à découvrir, à l’occasion.

Mickaël Barbato

Mickaël Barbato

Mickaël Barbato est un journaliste culturel spécialisé dans le cinéma (cursus de scénariste au CLCF) et plus particulièrement le cinéma de genre, jeux vidéos, littérature. Il rejoint Culturellement Vôtre en décembre 2015 en tant que co-rédacteur en chef. Manque clairement de sommeil.
Mickaël Barbato
7/10

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