article coup de coeur

[Critique] 3 Billboards : une comédie grinçante qui fait mouche

Caractéristiques

  • Titre original : Three Billboards Outside Ebbing, Missouri
  • Réalisateur(s) : Martin McDonagh
  • Avec : Frances McDormand, Woody Harrelson, Sam Rockwell, John Hawkes, Peter Dinklage...
  • Distributeur : Twentieth Century Fox France
  • Genre : Drame, Comédie
  • Nationalité : Britannique, Américain
  • Durée : 116 minutes
  • Date de sortie : 17 Janvier 2018

Une comédie grinçante sous fond de drame

Afin de mettre en scène 3 Billboards, Martin McDonagh quitte l’Angleterre pour les États-Unis, et plus précisément le Missouri. Après avoir réalisé des comédies d’actions made in England avec Bon Baisers de Bruges ou encore 7 Psychopates, le réalisateur change légèrement de registre pour nous conter l’histoire d’une femme, Mildred Hayes, qui, après des mois d’enquêtes infructueuses sur la mort de sa fille, prend les choses en main en affichant, sur trois panneaux publicitaires à côté de chez elle, des messages adressés au chef de la police.

Si le postulat de base n’est pas celui d’une comédie, 3 Billboards réussit brillamment à alterner les moments hilarants comme les plus émouvants. Au travers de ses panneaux, Mildred montre toute la peine de son deuil. Car elle est une femme qui souffre de la perte de sa fille, laquelle a été sauvagement violée et assassinée. La pauvre se sent fautive, dans un réflexe que l’on ressent profondément. Les messages qu’elle adresse sont clairement un appel à l’aide, mais cela va engendrer des conséquences qu’elle n’aurait jamais pu imaginer. Plus que le thème du deuil, abordé par le biais du personnage principal, le réalisateur fait aussi un constat sur l’Amérique d’aujourd’hui. Chaque personnage invoqué représente une petite partie de ce que représente les États-Unis. On a le chef de police qui ne peut rien faire, un représentant de la loi foncièrement raciste, une fille de 19 ans à côté de la plaque etc… On pourrait penser à de la caricature, mais l’œuvre évite le piège des grosses ficelles parfois vulgaires. Malgré le trait principal de ces personnages, il se dégage, pour chacun, des nuances bienvenues. Et, plus important encore, le réalisateur évite le manichéisme, qui aurait été déplacé, plaçant l’évolution des protagonistes au centre de son récit. Des thèmes extrêmement bien traités que ce soit dans le fond que dans la forme.

Un humour noir décapant

image sam rockwell 3 billboards frances mcdormand

Plus que des thèmes très bien traités, la force de 3 Billboards est son humour. Chaque répliques, monologues ou discussions sont distillés avec précision, pour qu’on passe le meilleur des moments. Un rire noir décapant qui rythme le film. Mais ne pensez pas que Martin McDonagh se réfugie trop dans la drôlerie des situations. Le metteur en scène parvient parfaitement à doser les moments hilarants et dramatiques, sans utiliser l’humour pour désamorcer une situation émouvante. Il aurait pu jouer la carte de la facilité mais il n’en est rien, pour notre grand plaisir, et cette prise de risque est clairement payante.

D’ailleurs sa réalisation, un peu plus conventionnelle que ses précédents longs-métrages, s’avère aussi une des grandes force du film. Le timing de l’humour de 3 Billboards est excellent, mais il laisse aussi certains plans durer, comme un regard ou un silence s’installer quand il n’y a plus grand chose à dire. D’ailleurs cela donne un très bon rythme au film. On ne voit pas passer les 1h55, ce qui  prouve bien qu’une œuvre peut (presque) atteindre les deux heures sans ennuyer le spectateur. La mise en scène est très carrée, tout comme la directions des acteurs. On regrettera cependant que Martin McDonagh n’ait pas réussi à mieux capturer l’essence et l’ambiance de cette petite ville du Missouri, se contentant de rester proche des âmes qui la compose.

Des acteurs tous excellents

image woody harrelson 3 billboards

Plus qu’un scénario au répliques cinglantes et une réalisation excellente, 3 Billboards s’appuie principalement sur ses acteurs, et en premier lieu Frances McDormand. Elle incarne parfaitement cette mère de famille endeuillée. Malgré son visage mono-expressif, qui va si bien au personnage, elle arrive à distiller des nuances par certains regards, ou gestes, qui font que son jeu est des plus qualitatifs. L’actrice se fond complètement dans son personnage, et donne une interprétation parfaite. Sans hésitations, les récompenses passés (et futures) qu’elle a reçu sont méritées. À ses côtés, on retrouve l’excellent Woody Harrelson (La planète des Singes : Suprématie) dans le rôle du chef de police Bill Willoughby. Malgré la prévisibilité de son personnage, l’acteur arrive à tirer l’épingle de son jeu en nous livrant une performance juste et crédible. Peter Dinklage est, comme toujours, excellent, malgré son peu de temps à l’écran. Abbie Cornish est peut être l’élément le plus faible du casting mais s’avère, parfois, émouvante. John Hawkes (Winter’s Bone) est aussi très bon dans le rôle de Charlie, montrant plusieurs facettes intéressantes du personnage. Dans les second rôles, on retient l’excellente performance de Sam Rockwell (Digging For Life), qui incarne Jason Dixon. Son personnage est surement le plus difficile de tous. A première vue caricatural à souhait et montrant la plus grosse évolution du film, il est l’acteur qui a le plus de travail et il s’en sort de la plus belle des façon. Son interprétation mériterait des récompenses ou, au moins, des nominations.

3 Billboards, les panneaux de la vengeances est une comédie dramatique qui allie parfaitement la comédie noire grinçante à l’émotion. Le réalisateur s’appuie sur ses excellents acteurs pour nous faire vivre une histoire qui fait un constat sur l’Amérique, tout en évitant un certains manichéisme et des personnages caricaturaux. Plus qu’un très bon divertissement tout simplement, un très bon film à voir en salles et un beau coup de cœur.

 

8/10

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