[Critique] Lady Bird : Saoirse Ronan brille en alter ego de Greta Gerwig

Caractéristiques

  • Réalisateur(s) : Greta Gerwig
  • Avec : Saoirse Ronan, Laurie Metcalf, Tracy Letts, Lucas Hedges, Timothée Chalamet, Beanie Feldstein, Lois Smith...
  • Distributeur : Universal Pictures International France
  • Genre : Comédie dramatique
  • Nationalité : Américain
  • Durée : 1h34
  • Date de sortie : 28 février 2018

L’une des belles surprises de ce début d’année

Soyons honnêtes : Greta Gerwig l’actrice peut être autant charmante et attachante (Frances Ha) qu’irritante (Mistress America). Question de dosage, sans doute, puisque dans le dernier essai de Noah Baumbach, elle ne cessait de cabotiner en débitant des répliques aux allures d’interminables monologues avec un débit de mitraillette. On pouvait alors craindre de retrouver ces travers propres au cinéma indépendant new-yorkais dans Lady Bird, son deuxième long-métrage derrière la caméra, et le premier qu’elle ait entièrement dirigé. Cependant, il n’en est rien. Mieux : l‘actrice nous livre ici l’une des plus belles surprises de ce début d’année, et offre à Saoirse Ronan (Brooklyn, Lost River…) l’un des rôles les plus lumineux d’une filmographie déjà conséquente.

image saoirse ronan beanie feldstein lady bird de greta gerwig

Derrière cette “dame oiseau” se cache une adolescente fantaisiste de 17 ans grandissant dans une petite ville de Californie, où elle s’ennuie ferme, et qui n’aspire qu’à mener une vie trépidante à New-York, où elle espère bien être prise en fac de lettres. Malheureusement, ses notes sont assez moyennes et ses parents manquent d’argent. Sa mère, qu’elle adore mais qui semble incapable de lui dire quoi que ce soit qui ne serait pas une critique, prend particulièrement mal cette envie d’indépendance; un peu comme si en voulant partir pour la ville, leur fille leur signifiait qu’ils n’étaient que des péquenauds. Et puis il y a son lycée catholique, où elle se sent étouffée par le conformisme. Lors de cette dernière année avant son passage à la fac, Ladybird va connaître ses premières amours, s’épanouir, se réconcilier avec sa famille et voir l’avenir s’ouvrir devant elle…

Une comédie lumineuse sur le passage à l’âge adulte

image saoirse ronan lady bird de greta gerwig

En sortant de Lady Bird, on ne peut s’empêcher de penser qu’il s’agit d’un portrait déguisé de Greta Gerwig, tant le personnage de Saoirse Ronan semble refléter sa personnalité atypique, ainsi qu’un débit de parole souvent nerveux, mais jamais caricatural. Cependant, il s’agit bel et bien d’un film de fiction, où le côté tranché de certains caractères le dispute à une véritable finesse, loin des clichés dont nous abreuve le cinéma indé. La comédie nous plonge ainsi au début des années 2000 (à l’époque où la réalisatrice avait l’âge de son héroïne) sans pour autant recourir à une nostalgie trop appuyée. Point d’orgue de cette période, le 11 septembre 2001, auquel l’adolescente assiste devant son écran de télévision, comme le reste du monde. En dehors de ce rappel historique et de repères musicaux (Ani DiFranco, notamment), la reconstitution reste sobre, Greta Gerwig s’intéressant surtout à l’évolution de Christine dite Ladybird, sur le point de prendre son envol. Une jeune fille qui cherche sa place autant au sein du monde, qu’au sein de sa famille et de ses camarades de classe.

Et, de ce côté-là, on jubile de voir un film rendant compte avec une réelle justesse des rapports parents-enfants, des amitiés adolescentes et des premières amours. L’héroïne est exigeante avec ses proches, parfois blessante, et ces derniers ne font jamais figure de simples faire-valoir humoristiques. Laurie Metcalf est particulièrement impressionnante dans le rôle de la mère, qui ne parvient pas à exprimer ses émotions à sa fille, tandis que les nonnes du lycée sont représentées de manière inattendue comme faisant preuve d’humour. Le film est également très subtil lorsqu’il s’agit de montrer comment, à l’adolescence, on cherche tout autant à se distinguer qu’à se comparer aux autres, en espérant tomber “du bon côté de la barrière”. On distinguera ainsi une certaine dimension sociale, qui est d’autant plus convaincante qu’elle n’est jamais trop appuyée. S’il y a définitivement un côté feel-good movie, celui-ci n’est pas outré, et ne se fait jamais au détriment de l’histoire. Les personnages demeurent la sève de l’ensemble, et leurs paradoxes nourrissent en profondeur cette oeuvre sensible et lumineuse sur le passage à l’âge adulte, qu’on quitte à regrets une fois les lumières rallumées.

7/10

Une réaction

  1. Pingback: [Cinéma] Le palmarès des Oscars 2018

Réagir à l’article

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *