[Critique] The Predator : un véritable cauchemar

Caractéristiques

  • Réalisateur(s) : Shane Black
  • Avec : Boyd Holbrook, Olivia Munn, Trevante Rhodes, Sterling K. Brown, Thomas Jane
  • Distributeur : 20th Century Fox France
  • Genre : Action, Science-fiction, Comédie
  • Pays : Etats-Unis
  • Durée : 107 minutes
  • Date de sortie : 17 octobre 2018
  • Note : 1/10

Shane Black au bout du rouleau

image film the predator
Aussi vilain que le film !

Comme on voulait y croire, à The Predator ! Si la production nous est passée presque totalement par-dessus la tête, quelques éléments pouvaient s’accompagner d’une véritable espérance. La première, c’est qu’on pensait que Predators, ainsi que les deux Alien Versus Predator, ne pouvaient que représenter une sorte de creux de la vague : le futur ne serait que meilleur. Aussi, un nom donnait au projet un véritable relief : Shane Black. Certes, le réalisateur s’est embourbé dans le faiblard Iron Man 3. Mais, que Diable, il s’agit tout de même du scénariste de L’Arme Fatale, de Last Action Hero, et de l’un de nos films cultes : Monster Squad. Rappelons aussi qu’il jouait un petit rôle dans le Predator originel, ce n’est pas rien. Et puis bon, son The Nice Guys redressait quand même fortement la barre, après le passage raté chez Marvel. Alors, le voir au travail sur The Predator, cela nous rassurait. Erreur.

The Predator est l’exemple typique d’un projet qui ne sait absolument pas quelle direction prendre. Comme nous l’écrivions en ouverture, nous n’avons pas suivi la production. Pour cet article, il a fallu prendre le taureau par les cornes, et la regarder de plus près. Quel bordel sans nom ! On n’y décèle quasiment que des intentions qui ne se retrouvent pas dans le résultat final. Shane Black parle de mystère, de suspens. Il souhaite revenir à une tonalité plus intimiste. La belle affaire ! On a aussi droit à des reshoots très alarmants, suite à un clash entre Shane Black et les producteurs. En cause, la tonalité de l’œuvre. Voilà sans doute un début de réponse, pour celles et ceux qui se demanderont, en sortant de la séance, ce qui a bien pu se passer pour accoucher d’une telle catastrophe.

Une comédie plus qu’un Predator

image the predator
Dans le genre moment embarrassant…

On aurait apprécié lire le scénario initial de The Predator. Histoire de vérifier si, depuis la mise en route de ce projet, le film est une comédie. Car c’est ce qu’il est : un ensemble de séquence qui cherchent à faire rire. Une comédie, bon sang. L’histoire n’a absolument aucun sens. On a droit à quelques éléments qui font la jonction avec Predator 1 et 2, mais tellement approximatifs qu’on n’y fait pas vraiment attention. Ou, pire, on les trouve insultants. L’exemple parfait pour imager cette sensation se trouve dans la séquence du fourgon, sorte d’écho à celle de l’hélicoptère, dans le chef-d’œuvre de John McTiernan. Là, les détenus, dont le personnage du film, se lancent des vannes. On sent bien qu’ils seront, par la suite, au premier plan de la lutte avec le grand rasta de l’espace, seulement ce qu’on entend nous sidère. « On est l’équipe numéro deux, c’est comme la première mais en plus bête », lance l’un d’eux. Cela se passe de commentaires. On pourra aussi citer la reprise de l’iconique descente de l’hélicoptère. Ici, elle n’a aucun panache, et s’avère baignée d’une reprise incroyablement odieuse du thème culte d’Alan Silvestri. Quelle tristesse.

Donc, on a des prisonniers, mais aussi des scientifiques. Car tout le sel de The Predator se trouve là : la méchante armée a récupéré un de ces monstres, et l’étudie pour augmenter ses capacités sur le terrain. Bon, c’est aussi original que de boire une bière devant un match de football, mais passons. Les soldats embauchent une Casey Bracket (Olivia Munn, dont le charisme approche celui d’une boite de corned beef), une prof de biologie. Cinq minutes après son arrivée dans un laboratoire secret, le monstre se réveille, dessoude tout ce qui bouge. Alors que fait notre sympathique prof de SVT ? Mais oui, elle prend les armes, et course le Predator. En cinq minutes, montre en main, la voilà passée de E=MC2 à la maitrise du flingue automatique. Oui, on est en 2018, et l’image de la femme forte prend de l’ampleur. Seulement, un peu de contexte, tout de même, serait du genre salvateur. Vous imaginez, vous, votre professeure de mathématiques devenir une chasseuse d’Alien en moins de temps qu’il n’en faut pour aller aux toilettes ? Sérieusement…

Une violence atténuée par un montage immonde

Après ce début en fanfare, qui fait naitre les rires désespérément moqueurs et l’interrogation, The Predator ne cesse de creuser sa propre tombe. Les vannes sont omniprésentes. Ça n’arrête pas, et pas toujours avec réussite. On a bien quelques répliques typiques de Shane Black, mais on finit par s’en lasser. La cause ? L’action à l’écran est tout bonnement désastreuse. Les prisonniers, le personnage principal (Boyd Holbrook, fade au possible) sont bientôt rejoints par la scientifique, et s’ensuit une sorte de chasse à l’homme grotesque, jamais passionnante, filmée et montée avec les pieds. Dès que ça commence à remuer un peu, on nous assomme de plans dans tous les sens, de sorte qu’on perd totalement le fil. Il n’est pas rare de découvrir qu’un personnage est mort, sans se souvenir d’en avoir vu le décès. Pourtant, tout y est, c’est juste que c’est montré n’importe comment. La violence graphique, pourtant présente, en pâtit grandement. Shane Black voulait que son long métrage soit classé R – Rated (interdit aux moins de 17 ans non accompagnés) car, selon lui, « PG-13, c’est pour les mauviettes. Les colonnes vertébrales, ça saigne. Beaucoup. ». Malheureusement, le résultat est aussi inoffensif qu’un épisode de Sept à la maison.

Alors que les prisonniers et la scientifique font mumuse avec l’antagoniste, un deuxième pose les pieds sur Terre. Plus grand, plus costaud, et mâle cette fois-ci. On apprécie cet élément sexué, c’est plutôt courageux dans le contexte actuel. Hélas, même là on ne peut que constater l’échec de cet artifice. The Predator enchaîne les moments gênants, mais celui des chiens de chasse est sûrement l’un des plus corsés. On ne peut vous en dire trop, histoire de ne rien spoiler, mais sachez qu’on est au même niveau que le dernier acte d’Alien Versus Predator. C’est d’une bêtise inouïe. Et pendant ce temps, l’enfant du héros reçoit un colis. Dedans, l’artillerie du Predator, envoyée par son père à lui-même, mais tombée sous la main de son enfant curieux. Il faut voir ce dernier, se baladant dans la rue, lors de Halloween, avec l’iconique casque du chasseur, pour le croire. On est au-delà de l’insulte : on atteint la trahison. Celle-ci sera entérinée avec une dernière séquence carrément odieuse, balancée à la tronche du spectateur sans aucune préparation, dans le seul but d’ouvrir la porte à une suite. Par pitié, ne faites pas ça, stop, arrêtez le massacre.

Article écrit par

Mickaël Barbato est un journaliste culturel spécialisé dans le cinéma (cursus de scénariste au CLCF) et plus particulièrement le cinéma de genre, jeux vidéos, littérature. Il rejoint Culturellement Vôtre en décembre 2015 et quitte la rédaction en 2021. Il lance Jeux Vidéo Plus. Manque clairement de sommeil.

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