[Critique] Traîné sur le Bitume : un polar à l’ancienne

Caractéristiques

  • Réalisateur(s) : S. Craig Zahler
  • Avec : Mel Gibson, Vince Vaughn, Tory Kittles, Michael Jai White, Jennifer Carpenter, Udo Kier
  • Distributeur : Metropolitan FilmExport
  • Genre : Thriller
  • Nationalité : USA
  • Durée : 159 minutes
  • Date de sortie : 3 août 2019 (DTV)

Des acteurs habités

image critique traine sur le bitume
Un duo de ripoux plein de charisme.

Que ce soit en tant qu’acteur ou réalisateur, c’est toujours un plaisir de retrouver Mel Gibson au cinéma. En attendant son remake de La Horde Sauvage, l’un des chefs-d’œuvre de Sam Peckinpah, qui nourrit autant d’espoirs que d’inquiétudes tellement le modèle d’origine est écrasant, nous le retrouvons devant la caméra aux côtés de Vince Vaughn dans un polar violent et sans concession. Son titre, Traîné sur le Bitume, reflète l’esprit désabusé de ses protagonistes. Gibson, à l’image d’un autre grand du cinéma comme Clint Eastwood, excelle dans le rôle du vieux dur à cuire, que la vie a rendu amer et revanchard tandis que Vaughn lui tient la dragée haute en flic plus jeune, mais tout aussi cynique et fort en gueule.

Au-delà du duo principal, le reste du casting ne démérite pas. Que ce soit Tory Kittles, en petit truand plus rusé qu’on ne le croit, Jennifer Carpenter dans un rôle touchant qu’on aurait aimé voir plus longtemps à l’écran, ou Thomas Kretschmann qui campe un personnage de psychopathe aussi monolithique que glaçant pour ne citer qu’eux. Il est à noter qu’une grande partie du casting de Traîné sur le Bitume figurait déjà dans le précédent long-métrage du Réalisateur S. Craig Zahler, Section 99, Vince Vaughn en tête dans un composition hallucinante. Par conséquent, on peut supposer que le réalisateur (qui s’est fait connaître avec Bone Tomahawk en 2015) a cherché, pour son troisième long métrage, à s’entourer de valeurs sûres afin d’obtenir le meilleur de ses personnages. Pari gagné de ce côté-là.

Un peu long et dispersé

Comme souvent au cinéma, c’est du côté de la narration qu’on peut trouver les éventuels reproches à faire à Traîné sur le Bitume. Si l’intrigue se suit globalement sans déplaisir, il y a néanmoins une véritable baisse de rythme dans le deuxième tiers (le métrage durant tout de même 159 minutes). La faute en revient à des personnages secondaires trop mis en avant, et des sous-intrigues qui n’apportent finalement que peu au film, voire nuisent à la sympathie qu’on souhaite lui accorder. Si, dans ses précédents métrages, S. Craig Zahler avait su conserver une seule ligne directrice et coller sa caméra au plus près de l’essentiel, il semble pêcher ici par ambition et se disperse inutilement. Pour preuve, les personnages de Jennifer Carpenter, dont le rôle réduit aurait pu être clairement développé et celui de Tory Kittles qui, placé comme un cheveu sur la soupe, semble représenter la caution morale d’un film qui renonce par conséquent à être aussi nihiliste qu’il aurait dû.

C’est dommage car le seul fait de suivre le destin de ces deux ripoux que sont les personnages incarnés par Mel Gibson et Vince Vaughn, trahis par une vidéo compromettante durant une arrestation jugée violente (filmée sans doute avec satisfaction par un abonné des Inrocks ou de Libé), aurait largement suffi à maintenir notre intérêt pour Traîné sur le Bitume. Cela aurait permis de resserrer la narration autour des interactions entre les deux protagonistes, lesquelles constituent même en l’état les meilleures moments du film.

Une réalisation au cordeau

Terminons cette critique en parlant de la réalisation de Traîné sur le Bitume, qui prend son temps pour nous exposer ses personnages. Elle n’hésite pas à alterner avec brio caméra statique, afin de saisir chaque détail du jeu des acteurs, et des plans rapides dans les scènes d’action, afin que le spectateur perçoive au mieux la violence et surtout la brutalité avec laquelle la mort peut frapper tout le monde sans crier gare. Cet équilibre entre moment de calme illusoire et brutalité exacerbée est caractéristique du cinéma de S. Craig Zahler, et participe grandement à la réussite de ses métrages pour l’essentiel. Nous ne pouvons qu’accréditer ce jeune réalisateur, et souhaiter qu’il continue à nous proposer des œuvres de qualité, tout en affinant au fil du temps son style et son assurance afin de proposer le meilleur dans une production actuelle qui, très clairement, en manque cruellement.

7/10

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