[Critique] Deux Moi : Un Conte Moderne

Caractéristiques

  • Réalisateur(s) : Cédric Klapisch
  • Avec : Ana Girardot, François Civil, Camille Cottin, François Berléand, Simon Abkarian et Eye Haidara
  • Distributeur : StudioCanal
  • Genre : Comédie Dramatique
  • Nationalité : Français
  • Durée : 110 minutes
  • Date de sortie : 11 Septembre 2019

Deux parcours

Avec Deux Moi, on accueille le treizième long métrage de Cédric Klapisch. Après nous avoir emmener dans les vignes avec Ce Qui Nous Lie, le réalisateur de L’Auberge Espagnole revient à Paris pour une comédie dramatique sur la solitude, la dépression, et autres joyeusetés. Rémy et Mélanie ont trente ans et vivent dans le même quartier de la capitale. Elle multiplie les rendez-vous ratés sur les réseaux sociaux, pendant qu’il peine à faire une rencontre. Tous les deux victimes de cette solitude des grandes villes, à l’époque hyper connectée où l’on pense pourtant que se croiser devrait être plus simple. Deux individus, deux parcours. Sans le savoir, ils empruntent deux routes qui les mèneront dans une même direction. Celle d’une histoire amour ?

Côté scénario, Cédric Klapisch et Santiago Amigorena nous racontent un conte moderne dans Paris. Au lieu de tomber dans la facilité de la romcom habituel, le récit de Deux Moi nous fait vivre ce qui se passe avant la rencontre. On découvre donc deux trentenaires. Rémy comprend qu’il est en dépression, et Mélanie a du mal à se remettre d’une ancienne histoire d’amour. Les deux jeunes gens vont voir chacun un psy pour essayer de comprendre leur problème et le résoudre. Mais tout n’est pas si simple. Un problème peut en cacher un autre, plus profond. Deux personnes qui pourraient être bien ensemble. Ils sont voisins d’immeubles. Se croisent tout les jours mais sans vraiment ce voir. Et c’est intéressant à plus d’un titre car on les voit échouer à plusieurs reprises. Que ce soit avec les réseaux sociaux, qui provoquent une scène hilarante habitée par Pierre Niney. Les applications de rencontres, ou même tout simplement Paris, jouent un rôle essentiel. Voilà une ville qui avale les âmes si on ne fait pas attention, un véritable personnage à part entière ici. Du coup, le développement et l’évolution parallèle des personnages sont des plus intéressants. Deux parcours captivants entrecoupés de rires et de larmes. Surtout lors des scènes chez les psy. Alors oui, on sait très bien comment le film va finir. Sur la rencontre de Rémy et Mélanie, mais le voyage qui provoque cette rencontre est passionnant. À l’ère des réseaux sociaux, il est captivant de s’intéresser à la solitude, et de comprendre que les relations réelles se révèlent essentielles. Cela entraîne aussi certaines scènes amusantes avec le gérant de la supérette du coin (le très bon Simon Abkarian), seul vrai lien social du quartier. Enfin, côté humour, si la plupart des répliques ou gags marchent bien, certains tombent à l’eau et c’est surement le seul défaut du long métrage.

Un parcours

image françois berléand françois civil deux moi

Côté réalisation de Deux MoiCédric Klapisch nous entraîne dans la capital et il le fait toujours bien (on se souvient encore de son film Paris). Il ne montre pas le côté carte postale, mais s’intéresse plutôt au Paris des parisiens. Celui qu’ils ont l’habitude de voir. Il parvient aussi à mettre parfaitement en parallèle les deux parcours de Rémy et Mélanie. Ils peuvent être dans le même cadre, et pourtant ne pas se voir ou croiser un regard. Tellement habitués à leur quotidien qu’ils ne captent pas ce qu’il y a à côté d’eux. Le metteur en scène gère bien l’évolution de ses personnages, et assez bien l’équilibre entre rires et émotions.  Il est bien aidé par la photographie d’Elodie Tahtane, laquelle nous offre un rendu visuel réaliste et moderne. La musique de Loïk Dury et Christophe Minck s’avère aussi efficace, on note des thèmes intéressants pour chacun des personnages. Avec une durée de quasi deux heures, le rythme se doit être bon. C’est presque la cas. Si nous louons le passage d’un personnage à l’autre, qui ne provoque pas l’ennui, on regrette un petit passage à vide au milieu de métrage. Rien de bien grave pour autant.

À propos des acteurs, Ana Girardot est excellente dans le rôle de Mélanie. Une interprétation subtile et intelligente. François Civil se révèle épatant dans le rôle de Rémy. Tour à tour lunaire et amusant, son timing comique est très bon. Pourtant, faire passer de l’humour avec un personnage dépressif est un exercice plus périlleux qu’on ne le pense, mais il s’en sort bien. Le duo est bien aidé par Camille Cottin et François Berléand, qui interprètent parfaitement les psy, respectivement, de Mélanie et Rémy. Ils s’accompagnent de deux façons bien à eux de concevoir la psychanalyse, aussi amusante qu’émouvante. Enfin, la pétillante Eye Haidara a peu de scènes mais elle les illumine et imprime une énergie folle à chaque fois. Au final, Deux Moi est une bonne comédie. Un conte moderne intéressant, amusant et émouvant porté par deux excellents acteurs.

7/10

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