[Critique] 5 est le numéro parfait : atypique et nostalgique

Caractéristiques

  • Réalisateur(s) : Igort
  • Avec : Toni Servillo, Valeria Golino, Carlo Buccirosso, Laia Forte...
  • Distributeur : Nour Films
  • Genre : Policier, Thriller, Drame
  • Nationalité : Italien, Belge, Français
  • Durée : 106 minutes
  • Date de sortie : 23 octobre 2019

La Camorra en BD

5 est le Numéro parfait, c’est d’abord une bande dessinée de l’auteur italien Igort, qui en signe l’adaptation, à la réalisation comme au scénario. Cette origine sur papier se ressent immédiatement à l’écran, que ce soit dans la mise en scène découpée en 5 chapitres et dont les intros empruntent à l’imagerie de Frank Miller (Sin City et 300) qu’au niveau de la photographie d’une ville de Naples semblant à l’abandon et montrée comme une sorte d’antichambre de l’Enfer, presque constamment filmée de nuit ou sous la pluie. Les couleurs utilisées rappellent également le style baroque des Giallos italiens de Lucio Fulci et de Dario Argento, conférant au film une ambiance très particulière qui fait toute sa force.

Cependant, cette noirceur est contrebalancée par un humour qui fonctionne à plein régime par le biais de personnages dont les “tronches” et les dialogues flirtent allègrement avec la caricature des gangsters italiens des années 70. Les scènes d’action ne sont pas en reste et trouvent, elles, leur inspirations plutôt du côté des films américains modernes comme Mr & Mrs Smith (avec Brad Pitt et Angelina Jolie) lorsque les deux protagonistes totalement en terrain découvert et dos à dos éliminent plusieurs dizaines d’assaillants comme si de rien n’était.

C’est n’importe quoi, mais ça fonctionne, car jamais le métrage ne semble vraiment se prendre totalement au sérieux, variant les styles de mise en scène parfois volontairement étriqués pour coller au plus près des réflexions métaphysiques des personnages, et adoptant parfois un style plus dynamique afin de les icôniser au sein de l’action. De prime abord, cela choque un peu mais au final, on se dit que 5 est le Numéro parfait est un film tellement hybride que cela fait partie de son charme.

Un bestiaire de trognes

image toni servillo 5 est le numéro parfait

Le choix des acteurs et actrices participe grandement à la réussite du métrage, d’abord avec le protagoniste Peppino Lo Cicero joué par un Toni Servillo qui semble né pour incarner ce personnage de vieux mafieux revanchard et philosophe. Un homme dont le retour “aux affaires” sera motivé par la perte de son fils unique qui, ayant suivi les traces de son paternel, est lui aussi un tueur à gages d’une famille de la Camorra. Un fils “prodigue” aux allures de dandy qui ,suite à son assassinat, provoquera la colère de son géniteur, épaulé en la circonstance par son vieil ami Toto le Boucher (gag !) et l’inévitable femme fatale (toujours magnifique Valeria Golino) qui n’a jamais cessé de l’aimer depuis des années.

Ce sympathique trio va semer le chaos dans les rues de Naples et éliminer à tire-larigot les probables responsables de la mort du jeune Cicero dans une quête vengeresse, aussi discutable d’un point de vue moral que jouissive à l’écran. Il est d’ailleurs bon de préciser que dans 5 est le Numéro parfait, Naples semble une ville presque dépourvue de vie et constituée uniquement de truands, d’indics, de traitres et de receleurs. Un parti pris extrêmement audacieux (quid des policiers et des gens “normaux” ?) mais qui achève de conférer au film une aura particulière, avec un univers qui lui est propre malgré ses nombreuses références.

Un rythme hélas trop lent

image valeria golino 5 est le numéro parfait

Si on se réfère à l’analyse qui précède, on pourrait penser que le métrage est aussi parfait que son titre le sous-entend. Malheureusement, il n’en est rien car le rythme en dents de scie fait trop souvent retomber la tension. L’intrigue en elle-même ne réserve quant à elle que peu de morceaux de bravoure ou de réelles surprises. Etonnant qu’avec un écrin aussi séduisant, le fond semble aussi artificiel.

On aurait pu espérer que 5 est le Numéro parfait soit plus ambitieux, avec un zeste de folie supplémentaire qui en aurait fait un film culte. Au lieu de cela, nous avons un métrage de bonne facture qui plaira aux amateurs de curiosités ou à des nostalgiques de l’âge d’or du cinéma italien. Ce n’est déjà pas si mal…

7/10

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