[Critique] Freedom : sombre et instructif

Caractéristiques

  • Titre original : Buoyancy
  • Réalisateur(s) : Rodd Rathjen
  • Avec : Sarm Heng, Thanawut Kasro, Mony Ros, Saichia Wongwirot, Chan Visal
  • Distributeur : Apollo Films
  • Genre : Drame
  • Nationalité : Australien
  • Durée : 92 minutes
  • Date de sortie : 27 Novembre 2019

Une réalité tragique


Freedom est ce qu’on pourrait appeler un film engagé, mais dans le bon sens du terme. Il nous permet de poser les yeux sur un fait méconnu : la poursuite de l’esclavage dans les pays asiatiques. L’intrigue prend d’abord place dans la campagne cambodgienne, où nous découvrons notre protagoniste le jeune Chakra âgé d’à peine quatorze ans. Rêvant d’indépendance, il va accepter l’offre d’un passeur pour la Thaïlande, afin de mieux gagner sa vie plutôt que de continuer à travailler dans les rizières avec le reste de sa famille. Malheureusement, la promesse d’un emploi dans une usine de Bangkok va révéler une toute autre réalité : il vient d’être vendu comme esclave à un capitaine de chalutier, comme beaucoup de cambodgiens et de birmans. Avec le soutien de son nouvel ami Kea, âgé d’une trentaine d’années, Chakra va tenter l’impossible pour survivre et peut-être regagner sa liberté.

La majorité de la narration se déroule à bord du chalutier, où nous suivons le quotidien de ces pauvres gens, jalonné régulièrement par des humiliations et des sévices souvent mortels. Ce chemin de croix possède un tel degré d’authenticité anxiogène que, malgré la présence permanente de l’océan, on pourrait facilement cataloguer Freedom comme un film d’horreur en huis-clos.

Des interprétations solidesimage sarm heng freedom

L’autre point fort de l’oeuvre est illustré par ses acteurs, dont la majeure partie ne sont pourtant pas des professionnels du cinéma mais des locaux ayant, pour certains, vécus réellement les tourments montrés dans Freedom. Ce parti pris confirme la volonté de coller au plus près de la réalité, aussi sordide soit-elle, afin de multiplier l’impact du message sur le spectateur. Pour autant, c’est bien le jeune Chakra, ainsi que Rom Ram le capitaine du chalutier, qui se taillent la part du lion. Le second étant en quelque sorte le possible reflet futur du premier.

L’acteur Thanawut Kasro, dans le rôle de Rom Ran, incarne un mal aussi redoutable que désespérant. Car lui-même avoue, dans le récit, qu’enfant il fut aussi esclave sur un chalutier et que c’est en devenant un démon qu’il a pu survivre. Ses interactions avec le jeune Chakra (crédible Sarm Hang) n’en sont que plus intéressantes, car les deux tissant une relation ambiguë de mentor/élève, on se demande à tous moments si le cycle de la violence ne va pas à nouveau se répéter. Cette lutte pour conserver son humanité ne trouvera d’ailleurs pas une réponse claire à la fin du film, et c’est tant mieux. Le spectateur jugera selon sa sensibilité.

Un message fortimage thanawut kasro freedom

En conclusion, nous dirions que Freedom est une réussite de part les objectifs qu’ils s’étaient imposés : décrire une sombre réalité pour sensibiliser le spectateur et lui faire prendre conscience des horreurs d’un esclavage toujours actif dans le monde. Il est d’autant plus intéressant que nulles ONG occidentales (les nouveaux réseaux de la traite négrière) ne soient mentionnées dans le film, car absent de cette partie du monde où les crimes commis ne servent aucun objectif politique ou idéologique et peuvent donc être passées sous silence.

Pour ce qui est du film lui-même, tout au plus pourrions-nous lui reprocher des personnages un peu trop souvent statiques, ou une conclusion trop rapide qui fait douter de sa crédibilité. Néanmoins cela n’entache pas le fond de Freedom qui, en l’état, constitue tout de même une proposition de cinéma riche et éducative. À chacun donc d’en tirer des leçons… ou pas.

7/10

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