[Critique] Brooklyn Affairs : un polar soigné mais ennuyeux

Caractéristiques

  • Titre original : Motherless Brooklyn
  • Réalisateur(s) : Edward Norton
  • Avec : Edward Norton, Bruce Willis, Willem Dafoe, Ethan Suplee, Leslie Mann, Gugu Mbatha-Raw, Michael K. Williams et Alec Baldwin.
  • Distributeur : Warner Bros France
  • Genre : Policier, Drame
  • Nationalité : Américain
  • Durée : 145 minutes
  • Date de sortie : 4 Décembre 2019

Le retour du film noir


Brooklyn Affairs est un projet de longue haleine de la part de son réalisateur, Edward Norton. Une envie de presque vingt ans qu’il concrétise enfin tout en s’octroyant au passage le rôle principal : celui d’un petit détective souffrant de tocs compulsifs qui va, suite à la perte de son mentor, se lancer dans une enquête ardue pour faire éclater la vérité. Le film noir tout comme le western est un genre qui a connu son heure de gloire, mais il a lentement périclité depuis les années 1970 pour laisser la place à des longs métrages plus axés sur la fantaisie et l’imagination. Néanmoins, comme un genre ne meurt jamais totalement, on revoit ponctuellement des tentatives de réalisateurs pour en ressusciter les concepts.

Brooklyn Affairs est un retour brut aux fondamentaux du film noir, que ce soit par le profil de son protagoniste, sa femme fatale ou pour le moins l’objet du désir. Ou encore sa quête de vengeance partant de rien pour aboutir à un complot touffu. Tous les ingrédients sont présents, et la valeur de l’oeuvre ne dépend en conséquence que de l’équilibre alchimique avec lequel le réalisateur saura les exploiter. De ce point de vue, on peut dire que Brooklyn Affairs propose un résultat tiède et ce malgré d’évidentes qualités.

Un film formellement efficace, mais…image edward norton brooklyn affairs

Edward Norton, au delà de sa propre performance bluffante, a su s’entourer d’une pléthore de stars très bien dirigées, que ce soit Alex Baldwin, Willem Dafoe ou Bruce Willis (bien moins léthargique que dans ses précédentes compositions), ainsi que de seconds rôles solides comme entre autres Bobby Cannavale (The Irishman) ou Michael K. Williams (la série Hop and Leonard). Du point de vue de l’interprétation, le résultat est donc positif. C’est aussi le cas pour la réalisation, toujours précise et épurée, efficace donc. En fait Brooklyn Affairs ne comporte aucun défaut significatif sur la forme, c’est sur le traitement du fond que l’ensemble de la structure se fragilise, et cela impacte notre opinion sur le film.

Tout d’abord si comme nous l’avons dit précédemment l’interprétation est très bonne, le personnage de Norton, omniprésent, tend souvent à reléguer les autres personnages au second plan voire pire, les réduits à des archétypes tellement sans surprise qu’ils en deviennent creux. Le scénario n’aide pas davantage car le long métrage s’avère beaucoup trop long par rapport au sujet qu’il traite. Sans parler du fait que malgré sa bonne réalisation, jamais Brooklyn Affairs ne se ménage une quelconque dose de folie, d’audace, ou une séquence particulièrement sous tension (hormis son introduction) qui valoriserait sa progression lente. Non rien de tout cela car en réalité le film ne décolle jamais vraiment, il ne rebute pas mais n’enthousiasme pas non plus.

Une résultat en demi-teinteimage alec baldwin brooklyn affairs

En conclusion, Brooklyn Affairs semble être une proposition qui cultive le « mais » avec une énergie métronomique. Les acteurs sont bons « mais » caricaturaux. La réalisation est bonne« mais » sans génie. L’intrigue est intéressante « mais » trop longue dans son traitement. Bref, une oeuvre extrêmement paradoxale, qui pourra séduire éventuellement les nostalgiques du film noir mais laissera sans doute de marbre les autres. Sans compter que les thématiques de fond ont déjà été maintes fois traitées récemment, et souvent avec plus d’efficacité, comme la corruption des élites ou le racisme avec l’excellent Green Book que nous vous conseillons. Dommage que le rêve d’Edward Norton n’ait finalement abouti, avec Brooklyn Affairs, qu’à un long métrage correct, mais facilement oubliable.

5/10

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