[Critique] Glass : Shyamalan ne crève pas le plafond

Caractéristiques

  • Réalisateur(s) : M. Night Shyamalan
  • Avec : Bruce Wilis, James McAvoy, Samuel L. Jackson, Anya Taylor-Joy, Sarah Paulson...
  • Distributeur : The Walt Disney Company France
  • Genre : Fantastique, Thriller
  • Nationalité : Américain
  • Durée : 2h09
  • Date de sortie : 16 janvier 2019

Une suite fort attendue

Lorsque nous avons appris qu’Incassable et Split auraient une suite réunissant les deux univers et formant une sorte de trilogie complète, autant le dire, nous nous sommes sentis positivement intrigués. Après tout, ces deux films font partie des réussites de la filmographie de M. Night Shyamalan, et les réunir, quoique surprenant au départ, semblait finalement assez cohérent. Nous nous prenions alors à espérer que le cinéaste saurait se maîtriser et prendre le meilleur de ces deux œuvres, plutôt que de partir en roue libre dans des concepts pseudo-métaphysiques creux comme cela est arrivé si souvent par le passé, qu’il s’agisse de La jeune fille de l’eau ou de la fin ratée de Signes. Hélas ! En dépit de réelles qualités, Glass appartient bien à cette catégorie tant redoutée au sein de la filmographie de son auteur. A partir de là, le film divisera immanquablement les spectateurs : ceux qui avaient apprécié l’allégorie de la création de La jeune fille de l’eau seront peut-être plus cléments que les autres…

image bruce willis glass début du film
© The Walt Disney Company France

Nous retrouvons donc David Dunn, le personnage « incassable » incarné par Bruce Willis, qui est devenu avec l’aide de son fils une sorte de justicier à capuche faisant la loi malgré l’opposition des forces de l’ordre, qui n’apprécient pas que l’on se substitue à elles. Nous apprenons que trois jeunes filles ont été portées disparues et, à force de recoupements, notre héros se dirige vers un hangar, où il retrouve la Bête de Split, la 24e personnalité de Kevin Crumb (James McAvoy), atteint d’une forme assez particulière de Trouble de la Personnalité Multiple puisqu’il est capable de grimper au plafond et voit son torse et ses pectoraux tripler de volume lorsque cette partie de lui le contrôle. Dunn parvient à libérer les adolescentes, mais est arrêté en compagnie de Kevin par la police, qui les envoie directement dans le même asile psychiatrique qu’Elijah Price (Samuel L. Jackson), le grand méchant d’Incassable aux os de verre. En effet, comme le leur explique la psychiatre en charge de leur traitement (Sarah Paulson), on considère qu’ils sont atteints d’une maladie psychique rare qui leur fait croire qu’ils sont des super-héros et non des hommes ordinaires. Elle a trois jours pour les convaincre de leur mal, sans quoi ils passeront toute leur vie enfermés.

Une intrigue peu crédible en raison d’une mauvaise structure…

image james mcavoy bruce willis glass hôpital psychiatrique
© The Walt Disney Company France

Au-delà de sa très efficace introduction, qui n’a rien à envier aux deux premiers films de la trilogie, Glass part avec un handicap majeur : celui d’être bavard au possible, et surtout fort peu crédible. En effet, quand on voit James McAvoy (X-Men Apocalypse) marcher au plafond et se métamorphoser physiquement dès le début, on ne peut douter la moindre seconde de la réalité des pouvoirs des personnages. Il y a là un clair problème de structure qui fait que l’on est incapable de remettre en cause ne serait-ce qu’une seconde la réalité de ce que nous avons vu lors des événements d’Incassable et Split. En effet, si on avait commencé par la bataille du début avant de nous apercevoir que les personnages étaient enfermés, il y aurait pu y avoir un doute : ce que nous avons vu est-il le souvenir des personnages, ou s’agit-il de l’invention de l’un d’entre eux ?

L’épisode « A la dérive » de la saison 6 de Buffy contre les vampires jouait par exemple à la perfection de cette ambiguïté, jusqu’à la fin, laissant le spectateur choisir sa version des faits, la version « réaliste » (Buffy est une schizophrène catatonique enfermée depuis 6 ans) ou la version fantastique que nous connaissons tous. En l’état des choses, dans Glass, vrai ou faux, la question ne se pose même pas, et les intentions de Shyamalan demeurent floues à ce sujet : voulait-il que nous remettions les fondations de cet univers en cause (auquel cas c’est franchement raté) ou non ?

… malgré une réalisation de toute beauté

image sarah paulson glass miroir librairie de comics
© The Walt Disney Company France

Dans tous les cas, les enjeux sont du coup tout à fait différents et se résument à deux éléments assez basiques : les personnages parviendront-ils à convaincre la psychiatre de la réalité de leurs pouvoirs ? Et si ce n’est pas le cas, s’allieront-ils pour s’échapper ? Le concept en devient du coup moins vertigineux et, les trois-quarts du film se déroulant au sein de l’hôpital, il ne se passe pas nécessairement grand chose. Alors, que l’on s’entende bien : votre humble servitrice adore les thrillers psychologiques. Mais, dans le cas présent, le vertige étant absent pour les raisons évoquées plus haut, on a tendance à rester extérieurs à ce qui se déroule sous nos yeux, et qui se résume souvent à un face à face avec la psychiatre, qui essaie, de manière individuelle puis groupée, de convaincre les protagonistes qu’ils ne sont que des hommes psychologiquement malades.

Alors certes, il y a quelques belles scènes, à commencer par une scène (attendue mais réussie) de transformation où James McAvoy alterne les différentes personnalités de son personnage avec une rapidité affolante. Ou encore le moment où Elijah Price (Mr Glass, donc) sort de sa léthargie pour passer — du moins le croyons-nous — à l’action. De plus, la mise en scène de M. Night Shyamalan est particulièrement réussie et la photo de toute beauté. Visuellement, tous les éléments pour faire un bon film étaient réunis, ce qui n’en rend que plus frustrant l’échec de l’ensemble.

Shyamalan en roue libre, Bruce Willis peu présent…

image samuel l jackson fauteuil roulant glass film
© The Walt Disney Company France

Car, au-delà d’1h20-1h30, ce qui devait arriver arriva : Shyamalan part en roue libre, refuse la moindre action aux spectateurs après nous avoir teasé un final en grandes pompes, et conclue son récit grâce à un élément sorti de nulle part et qui tombe comme un cheveu sur la soupe. Si quelques éléments avaient été introduits bien plus tôt pour préparer ce twist, sans doute aurions-nous été moins sévères avec le cinéaste. En l’état, on reste sur une incompréhension, et une frustration d’autant plus grande que la dimension allégorique révélée par les dialogues lors des dernières minutes tombe de fait à plat et échoue à provoquer le frisson qui était clairement visé.

L’impression laissée est alors celle d’un film conceptuel dont le récit ne s’accorde jamais véritablement au fond. Il manque un souffle et une cohérence à Glass, et cela vient malheureusement d’un scénario qui aurait mérité d’être structuré différemment pour provoquer le vertige recherché. Le potentiel est bien là, le film est visuellement très beau, malheureusement, cela ne suffit pas. Et ce n’est pas la portion congrue de présence à l’écran de Bruce Willis (quasi mutique), dont la lassitude finit par refléter la nôtre, qui nous fera changer d’avis…

4/10

Une réaction

  1. J’ai beaucoup aimé Glass. Je trouve le quart d’heure final grandiose, comme dans Split. Le personnage de Casey, toute en charme et en retenue, donne lieu à des scènes bouleversantes : elle est aussi un personnage “anormal”, à sa manière, et , au-delà des histoires de superhéros, la superbe trilogie Incassable-Split-Glass me semble être un hymne magnifique aux “anormaux”, aux anomalies de la nature. Car si David Dunn et Casey représentent le bien, et Glass et la Bête le mal, même ces deux derniers personnages parviennent à émouvoir, et l’on comprend très bien l’amour que ressent Casey envers son ex kidnappeur. Il y un romantisme très fort chez Shyamalan, un peu dans la lignée sens des Fleurs du Mal, des Hauts de Hurlevent ou des Chants de Maldoror.

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