[Critique] Les Traducteurs : un concept ambitieux

Caractéristiques

  • Titre : Les traducteurs
  • Réalisateur(s) : Régis Roinsard
  • Avec : Lambert Wilson, Olga Kurylenko, Riccardo Scamarcio, Sidse Babett Knudsen, Eduardo Noriega, Alex Lawther, Anna-Maria Sturm, Frédéric Chau...
  • Distributeur : Trésor Cinéma / Mars Films
  • Genre : Thriller
  • Pays : France
  • Durée : 105 minutes
  • Date de sortie : 29 Janvier 2020
  • Note : 6/10

Retors mais un poil décevant


Alors que le nouvel ouvrage d’un auteur de best-sellers international est achevé, l’éditeur qui ambitionne une sortie mondiale simultanée va réunir neuf traducteurs dans un luxueux bunker sécurisé. Mais malgré les précautions prises, les dix premières pages fuitent sur Internet et tout le monde est désormais suspect. Un pitch plutôt surprenant lorsqu’on sait qu’il ne s’agit pas d’un nouveau thriller américain, mais bien d’une production française, en général très avare de ce genre de projets.

Les Traducteurs commence naturellement par la présentation de ses personnages, ainsi que par celle du lieu en huit clos dans lequel l’intrigue va se jouer. Cette première partie augure du meilleur tellement la mise en place coche toutes les cases des meilleurs films à énigme. Le deuxième tiers lui aussi capte notre attention par son élégante manière de faire monter la tension. Le dernier tiers, néanmoins, peine à maintenir ce rythme, la faute certainement à une résolution un peu trop facile et à des personnages dont certains sont trop anecdotiques, tandis que d’autres s’avèrent finalement sans surprise.

Acteur crédibles pour personnages artificiels

image alex lawter les traducteurs

Avec son casting international, le réalisateur Régis Roinsard s’est donné les moyens de ses ambitions. Lambert Wilson en tête dans le rôle d’un éditeur sans scrupule. A ses côtés, on reconnait l’ex-James Bond Girl Olga Kurylenko, Frédéric Chau (connu pour sa « saga » Mais qu’est-ce qu’on a fait au bon Dieu ?), l’acteur espagnol Eduardo Noriega ou encore Sara Giraudeau pour ne citer qu’eux. 

Si tous les acteurs et actrices du film livrent une prestation irréprochable, le développement de leurs personnages s’avère clairement inégal. Cela participe à ce sentiment que soit l’intrigue du film va se terminer par une révélation ébouriffante ou laisser sur le bas côté certains profils en faveur de quatre protagonistes au plus qui vont nouer l’intrigue. C’est hélas la deuxième solution qui a été choisie, réduisant par là même très tôt dans Les Traducteurs la marge de réflexion des Sherlock Holmes en herbe que nous sommes.

Une réalisation soignée

image olga kurylenko les traducteurs

La réalisation des Traducteurs s’avère souvent sobre, mais n’hésite pas à accélérer le rythme dans une séquence de poursuite nerveuse et prenante. C’est un bon point pour le film, malheureusement handicapé par un découpage narratif qui, là encore, livre un peu trop hâtivement les clés de la solution. Néanmoins, l’alternance entre la froideur du bunker (devenu une prison pour les protagonistes) et le monde extérieur plus vivant se fait de manière assez naturelle.

Une précision importante sur ce métrage est que, si on se fie au postulat de départ, réunir autant de personnages venus d’horizons différents aurait pu aboutir à un message bien pensant sur le vivre ensemble. Les Traducteurs évitent cet écueil car le principe n’est mentionné qu’une fois dans le film, juste avant que le maître-chanteur n’intervienne et que des fractures strictement humaines (et donc réalistes) n’interviennent, brisant au passage l’entente artificielle du début.

Une initiative à encourager

image lambert wilson les traducteurs

Si Les Traducteurs s’avère un long métrage doté de certains défauts, dont une résolution un peu trop facile (ce qui est un gros point noir dans un film à énigme), il possède également de nombreuses qualités qui en font une expérience agréable à vivre. En fait, l’oeuvre se situe à mi-chemin entre la réussite complète d’À Couteaux Tirés (un autre film à énigme sorti récemment, américain celui-ci) et la promesse d’un cinéma français qui semble vouloir enfin sortir du canevas moisi drame engagé/comédie ronflante, en vigueur ces trente dernières années. Cela mérite un encouragement.

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Depuis toujours, je perçois le cinéma, certes comme un art et un divertissement, mais aussi et surtout comme une porte vers l'imaginaire et la création. On pourrait dire en ce sens que je partage la vision qu'en avait Georges Méliès. Avec le temps, de nombreux genres ont émergé, souvent représentatifs de leurs époques respectives et les bons films comme les mauvais deviennent ainsi les témoins de nos rêves, nos craintes ou nos désirs. J'ai fait des études de lettres et occupé divers emplois qui jamais ne m'ont éloigné de ma passion. Actuellement, sous le pseudonyme de Mark Wayne (en hommage à l'acteur John Wayne et au personnage de fiction Bruce Wayne alias Batman), je rédige des critiques pour le site "Culturellement Vôtre" par pur plaisir de cinéphile. Très exigeant dans ma notation des films, en particulier concernant le scénario car c'est la base sur lequel aucun bon film ne peut émerger s'il est bancal ou pour le moins en contradiction avec son sujet. Je conserve une certaine nostalgie d'une époque qui me semble (pour l'instant) révolue où le cinéma ne se faisait pas à base de remakes, intrigues photocopiées et bien-pensance. Néanmoins, rien n'entame mon amour du cinéma, et chaque film que je regarde me le rappelle, car bons ou mauvais, ils restent le reflet de notre époque.

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