[Critique] La Voie de la Justice : justice aveugle

Caractéristiques

  • Titre original : Just Mercy
  • Réalisateur(s) : Destin Daniel Cretton
  • Avec : Michael B. Jordan, Jamie Foxx, Brie Larson, Tim Blake Nelson, Rafe Spall, O'Shea Jackson Jr...
  • Distributeur : Warner Bros France
  • Genre : Biopic, Drame
  • Nationalité : Américain
  • Durée : 137 minutes
  • Date de sortie : 29 janvier 2020

Un air de déjà vu


Quand on lit le titre français du dernier film de Destin Daniel Cretton (States of Grace avec déjà Brie Larson au casting) La Voie de la Justice, on pense d’abord à un direct-to-video avec Steven Seagal ou Jean-Claude Van Damme. Mais en fait, il n’en est rien car, en réalité, il s’agit de l’histoire vraie de Bryan Stevenson (Michael B. Jordan), jeune avocat fraîchement diplômé de Harvard et promis à une brillante carrière, qui va contre toute attente s’installer en Alabama pour défendre les droits des condamnés à mort dont la défense a été mal assurée. L’une de ses premières affaires et la plus médiatique sera celle de Walter McMillian (Jamie Fox) condamné pour le meurtre d’une jeune fille de 18 ans et pour laquelle il croit son client innocent. Entre manœuvres politiques, juridiques et racistes, le combat de Bryan Stevenson commence.

La Voie de la Justice est un condensé académique d’à peu près tout ce qui a été déjà vu dans ce style de métrage. Scénaristiquement on pourrait même le qualifier de bon élève pour un démocrate américain ou un gauchiste français. Cependant, en suivant la vision simplifiée que ces derniers posent sur le monde actuel, le film s’avère honteusement prévisible, trop partisan et par conséquent peu passionnant. Ce n’est pas que le métrage ne fait pas son travail, mais qu’il le fait sans originalité et sans surprise, désireux avant tout de lancer un message politique plutôt que de chercher à apporter l’ambiguïté nécessaire à un propos qui y gagnerait davantage en force.

Les justiciers de l’Infini

image michael b jordan la voie de la justice

Pour ce qui est du casting, Michael B. Jordan, dont tout le monde a salué la composition dans les deux Creed s’avère dans La Voie de la Justice beaucoup trop lisse. Alternant le larmoyant avec la bouche pincée dans un exercice métronomique qui force le respect, son personnage représente tout le manque de subtilité qui manque au métrage. Face à lui, Jamie Fox s’en tire beaucoup mieux et parvient à nous émouvoir dans un rôle déjà malheureusement trop représenté au cinéma. Cela n’entache néanmoins pas du tout sa performance.

Brie Larson, dans le rôle de l’activiste locale qui deviendra par la suite le bras droit de l’association fondée par Bryan Stevenson, fait office de figuration mais s’en sort davantage niveau interprétation que dans le nécrotique Captain Marvel. Le reste du casting s’impose peu, hormis Tim Blake Nelson dans le rôle du témoin “acheté” par une oligarchie pressée d’en finir ou le jeune gardien de prison d’abord odieux puis s’humanisant au fur et à mesure des événements. Ces deux personnages secondaires attestent de ce que La Voie de la Justice aurait pu être si l’intrigue avait privilégié son sujet au-delà de sa propagande.

La Justice dans les clous

image brie larson la voie de la justice

Au-delà de sa réalisation classique (qui s’adapte néanmoins à son sujet), le film est parfaitement calibré pour coller avec son temps. La scission américaine actuelle qui oppose les progressistes et les “trumpistes” engrangent à la fois des métrages nostalgiques du passé (Rambo Last Blood, John Wick, etc.) comme des films “engagés” marqués par le féminisme et l’anti-racisme. La Voie de la Justice s’inscrit dans la deuxième mouvance et traite son sujet avec le fanatisme nécessaire pour essayer de nous convaincre que seuls les coupables méritent d’être défendus. Quid des victimes dont manifestement la bien-pensance se fiche complètement !!

La Justice à deux visages

image rob morgan la voie de la justice

En conclusion, nous dirons que La Voie de la Justice est un métrage trop consensuel et partisan pour s’imposer comme un chef d’oeuvre instantané comme La Ligne Verte, dont certains collègues ont plus que hâtivement comparé le film de Destin Daniel Cretton. Mississipi Burning, ainsi que plus récemment The Green Book (mettant également en avant le racisme et la friabilité de la loi) ont eux aussi prouvé que traiter un sujet avec objectivité ne peut que le rendre plus intemporel et susceptible d’intéresser et sensibiliser le public (le comparatif provisoire du box office tend d’ailleurs à aller dans ce sens).

Il serait également bon selon nous que les métrages, lorsqu’ils abordent un sujet sensible, le traitent honnêtement, en précisant par exemple qu’il n’y a presque plus d’erreurs judiciaires depuis près de vingt ans ou que les victimes doivent rester le sujet principal de réflexion et non les bourreaux. Bien que l’erreur judiciaire soit un sujet fort, La Voie de la Justice refuse d’ouvrir ce débat et s’avère par conséquent bancal et lassant à la longue. Avec comme point d’orgue un discours final totalement ridicule, on se surprend à penser que peut-être eut-il mieux valu finalement qu’il s’agisse d’un nanar de Steven Seagal.

4/10

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