[Critique] Captain Marvel : le MCU sur la mauvaise pente

Caractéristiques

  • Réalisateur(s) : Anna Boden et Ryan Fleck
  • Avec : Brie Larson, Samuel L. Jackson, Ben Mendelsohn, Lashana Lynch, Gemma Chan, Annette Bening, Jude Law, Djimon Hounsou
  • Distributeur : The Walt Disney Company France
  • Genre : Action, Fantastique
  • Nationalité : USA
  • Durée : 124 minutes
  • Date de sortie : 6 mars 2019

22 v’là Disney

image brie larson captain america
Brie Larson et son regard de sardine mal dégrossie…

D’une certaine façon, on peut dire que l’année cinématographique 2019 vient enfin de débuter. Qu’importe que de nombreux films soient déjà sortis, car il manquait jusque là, le mètre étalon du cinéma pop corn, le chantre de la blague potache, le totem des minorités, Papa Disney vient enfin de rentrer dans l’arène. Après avoir terminé l’année 2018 avec quatre fours (Winny l’Ourson, Casse-noisettes, Solo, Un Raccourci dans le temps), et commencé très timidement 2019 avec Ralph 2.0 (qui, lui aussi, a rencontré un accueil mitigé compte-tenu des capitaux investis en budget et communication), il fallait que la firme de Mickey frappe un grand coup. Car ce qui suit s’apparente à un véritable marathon, avec pas moins de onze films prévus sur tout le millésime, et le premier véritable coureur de fond n’est autre que Captain Marvel.

Carbon Copy made in Disney

Car après tout, pour bien commencer l’année quoi de mieux qu’un Marvel aux gros sabots, et à la recette facile, pour se remplir les poches grâce à un public parfois acquis, d’autres fois juste en mal de divertissement ? Ce nouveau film des écuries Stan Lee (avec une pensée respectueuse pour ce grand homme qui vient de nous quitter) ne fait pas exception à la règle, même s’il propose tout de même quelques idées qui lui sont propres. L’aventure commence dans l’espace, au cœur d’une guerre séculaire entre deux grandes races galactiques : les Krees et les Skrulls. Si les premiers sont déjà intervenus dans Les Gardiens de la Galaxie, Captain Marvel, nous permet enfin de découvrir la célèbre race de métamorphes antagonistes. C’est plaisant, et cette première demi-heure constitue sans nul doute le meilleur segment du long métrage. La réalisation est globalement soignée et les actions lisibles, Ryan Fleck et Anna Boden font le job, même si on remarque plus, comme souvent, le savoir-faire Disney que la patte réelle des auteurs. Pour ce qui est des actrices et acteurs, c’est une autre histoire : Samuel L. Jackson reprend son rôle de Nick Fury, dans une version plus jeune car le récit se situe en 1995 (effet spécial bluffant pour lui et l’agent Phil Coulson), et parvient à surnager. Ce malgré le fait que film s’emploie à anéantir le charisme du personnage, en faisant de celui-ci un vanneur souvent largué dans le récit (le prix du ridicule est décroché avec l’origin story de sa balafre à l’œil, surtout en comparaison des comics). Jude Law touche son chèque (il tourne peu, trop occupé avec ses migrants de Calais), mais s’en sort honorablement, ainsi qu’Annette Bening. Quant à Ben Middelson, dans le rôle du Skrull Talos, il compose sans conteste le personnage le plus intéressant du film. Le reste du casting tend vers l’anecdotique, même si personne ne démérite, ou presque. Car il y a Brie Larson.

Brie, le fromage qui pue

Comme mentionné précédemment, Captain Marvel est un film Disney. Ceci implique un fond limité, mais un écrin de bonne facture. Néanmoins, le véritable point noir de ce nouveau long métrage est son actrice principale : Brie Larson.
À peu près aussi charismatique que le fromage du même nom après un séjour prolongé sous le soleil du Mexique, l’actrice redouble de nullité absolue. Un sourire en coin par-ci, une moue boudeuse par-là, et vas-y que je fronce les sourcils tout le long du film pour faire genre je suis trop badass . Qu’elle se pavane dans un vaisseau ennemi, ou qu’elle tente de nous émouvoir avec une larme rajoutée numériquement (!), rien y fait : le chemin de croix se poursuit. Une contre-performance d’autant plus néfaste au vu des récentes déclarations de l’actrice qui, non contente de se mettre à dos le public cible principal (le mâle blanc hétérosexuel), ne pourra pas, grâce à sa composition, faire taire ses détracteurs. Disney tente, depuis, de limiter la casse mais vient récemment de revoir ses projections sur les recettes du film à la baisse. Un signe ?

Marvel ou Disney ?

C’est l’éternelle question : que reste-t-il vraiment des comics Marvel une fois passés à la moulinette Disney ? Il serait trop long de disserter sur l’ensemble des métrages réalisés jusqu’ici, mais on peut tout de même énumérer les différences entre Captain Marvel et le matériel d’origine. Si la guerre qui oppose Kreeset Skrulls reste clairement au cœur des comics, elle trouve ici une simplification très « Disneyenne », en cristallisant ouvertement un bon et un mauvais camp. De même, Djimon Hounsou, acteur afro-américain de qualité, habitué aux rôles de second couteau, dénote un peu dans un mythologie. Rappelons que les Krees se divisent en deux catégories : à peaux bleues (les purs souches) et les métis à peaux blanches (ou rosées, les deux termes sont employés), issus du métissage avec les autres races humanoïdes conquises durant les avancées expansionnistes de l’espèce. On pourrait aussi aborder les Déviants et les Éternels Krees, mais là ce serait vraiment trop long. Citons également le personnage de Mar-Vell, héros au destin tragique dans les comics, qui a pourtant vécu de nombreuses aventures avant de passer le flambeau longtemps après à Carole Danvers. Laquelle devient ici une femme jouée par Annette Bening, et ne conserve plus grand chose du passif de son modèle d’origine.

Les clichés, c’est pas toujours chez les autres

On pourrait citer encore d’autres différences avec les comics mais, en vérité, aucune n’a fondamentalement d’importance sur la forme. Le multivers marvellien est vaste, et les reboots narratifs nombreux depuis l’époque de l’âge d’or (impossible de condenser tout en quelques films, il faut faire des choix). Les puristes trouveront toujours un arc qui autorise des libertés, et les non-initiés n’y prêteront aucune attention. C’est sur le fond que cela révèle le manque de discernement artistique de Disney, car aucun de ces changements n’est opéré dans le but de bonifier le scénario, mais juste pour cocher des cases afin de plaire au plus grand nombre. Si cette démarche s’est révélée jusqu’à présent efficace, elle ne peut que s’effondrer à terme car, en voulant éviter de froisser tout le monde, on finit par donner un spectacle aseptisé, rempli de clichés qui se répètent de film en film (le Mentor, les héros inconsistants, les incohérences émotionnelles, les vannes de niveau CM2). Le tout en ajoutant, ou modifiant, un élément de temps en temps afin de donner l’impression que les histoires s’éloignent. C’est hélas faux. Pour les puristes du MCU, le film semble justement créer une incohérence par rapport au premier Iron Man, où le Shield était encore en formation alors que, dans Captain Marvel, situé treize ans avant, c’est déjà un organisme reconnu et fonctionnel (!!).

Du MCU tout craché

C’est un film Disney, on ne cessera de la répéter. On reconnait le savoir faire formel du studio, et son incapacité à produire un spectacle de haut niveau, bonnard d’un bout à l’autre, sans temps morts, à quelques exceptions notables comme Les Gardiens de la Galaxie. Après Thor Ragnarok, aimable festival potache et surtout Avengers 3, bataille cosmique chez les Muppets, on espérait que Captain Marvel revienne à une action plus maitrisée, moins foutraque, grotesque serait-on tenté d’écrire. C’est sans compter sur une scène de combat entre Carole Danvers et une dizaine de Krees, digne des plus grands nanars sur fond de musique de cirque. Il y avait du Barbarella dans cette séquence émouvante mais, une fois qu’on se met à comparer les budgets alloués aux deux films, la nostalgie laisse sa place à l’embarras. Bien sûr, Disney n’est pas la seule entité à utiliser ce genre d’effet de style, mais il en est l’instigateur et le porte étendard. Il est celui qui entraine presque tous les autres studios, lesquels doivent s’aligner pour tenter de grappiller une part du gâteau. Le cinéma, heureusement, n’est qu’une succession de modes et de tendances vouées à disparaître ou évoluer. Espérons que celles-ci finissent par se diriger vers des chemins plus séduisants, afin de mieux rendre hommage au travail des nombreux auteurs, Stan Lee entre autres, qui bâtissent ou ont bâti cet univers depuis maintenant plus de soixante ans. En l’occurrence, seule l’exigence du public pourra contraindre les studios à opérer ce changement.

MAJ : retrouvez notre autre critique de Captain Marvel.

2/10

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