[Test] Remothered Broken Porcelain : effrayant mais maladroit

Caractéristiques

    • PlayStation 4
    • Xbox One
    • Nintendo Switch
    • PC
  • Développeur : Stormind Games
  • Editeur : Modus Games
  • Date de sortie : 20 octobre 2020
  • Acheter : Cliquez ici

Remothered revient pour éclairer quelques lanternes

image test remothered broken porcelain
Remothered : Broken Porcelain met le paquet sur le cache-cache.

Voilà quelques mois, nous vous proposions le test de Remothered : Tormented Fathers, à l’occasion de sa sortie sur Nintendo Switch. Si le résultat purement technique était très sujet à discussion, et le gameplay trop lourd l’on ne peut nier que le jeu se faisait tout de même charmant, dans un genre survival horror à tendance cache-cache de plus en plus répandu. La réussite fut aussi populaire, nombreux sont les gamers à avoir été touchés par l’histoire non seulement de Rosemary Reed, mais aussi (et surtout) de l’antagoniste de ce premier épisode. Le studio de développement, l’italien Stormind Games (ici édité par Modus Games), a donc de la suite dans les idées, mais encore fallait-il que l’ensemble de ce Remothered : Broken Porcelain tienne la route. Est-ce le cas ?

La toute fin de Remothered : Tormented Fathers laissait quelques questions en suspens, et l’on se doit de signaler que sa suite, Remothered : Broken Porcelain, cherche à nous livrer des réponses. Ainsi, autant vous dire qu’il vaut mieux avoir joué et bouclé le premier opus, sous peine d’être parfois complètement largué par certaines avancées du récit. Et ce même si les développeurs ont pris la peine de proposer un rapide résumer des évènements précédents, ce qui est une agréable et délicate attention. Cela a tout de même comme incident de spoiler la fin très marquante de Tormented Fathers, vous êtes donc prévenus de la nécessité de le parcourir avant de se lancer dans sa suite.

Remothered : Broken Porcelain fait le choix de regarder vers le passé afin de faire la lumière sur les éléments du futur. C’est plutôt une bonne chose : ainsi, on découvre une direction artistique bien différente que dans Tormented Fathers. Le premier effet est de ne plus incarner le Dr. Reed (que l’on retrouve tout de même pour certains passages, rassurez-vous), mais Jennifer, personnage finement introduit par le premier opus, par le biais de petits détails. Cela, on adhère. L’action se déroule en 1973, et l’adolescente au caractère bien affirmé travaille au sein de l’hôtel Ashmann. Au fil des tâches ménagères, et sans doute trop rapidement, le personnage va se rendre compte que les lieux sont hantés par des présences pour le moins hostiles. On n’ira pas trop loin dans les détails, mais sachez que les réponses concernant les origines et effets du Pheroxyl sont en nombre. On a aussi droit à des détails concernant Gloria, l’une des antagonistes du premier jeu (et terriblement flippante). Tout s’éclaire, oui, mais on reste parfois assez dubitatif sur certaines explications confuses, notamment à cause d’un trop plein d’informations pendant les phases de gameplay. On est quand même plus fan des notes et des cinématiques… Sachez aussi que le jeu est entièrement sous-titré en français.

Du mieux, mais aussi du surplace côté gameplay

image jeu remothered broken porcelain
N’oubliez pas de fouiller le moindre tiroir.

Abordons ce qui est, malheureusement, le point le plus regrettable : cette suite ne cherche pas à régler les problèmes de prise en mains du premier opus. Que Remothered : Broken Porcelain reprenne les bases installées par son ainé, aucun problème. On est dans un survival horror dans la mouvance des Amnesia, Resident Evil 7 et consorts, c’est à dire avec une grosse emphase sur l’évitement plus que sur le combat. On contrôle ici l’avatar à la troisième personne, ce qui reste tout de même un choix discutable, tant la subjective nous semble plus appropriée pour ce genre. C’est ici notre principal grief : le personnage reste lourd dans ses mouvements, et ce dès qu’on entre en mode infiltration. L’avatar met beaucoup trop de temps à se retourner, il a tendance à se retrouver bloqué par le moindre élément du décor, ce qui devient rapidement éprouvant quand un cinglé est à vos trousses. Cela ne pardonne pas face à l’un de vos poursuivants car, dans ce nouvel opus, ils seront plusieurs à vous prendre en chasse. Plus difficile donc, et tout aussi balourd qu’auparavant…

Jennifer a tout de même de quoi se défendre, avec des armes de jet, de quoi envoyer un ennemi sur une mauvaise piste afin de se faufiler vers un endroit sûr. Une lame de dernier recours peut être utilisée, mais autant vous dire qu’il ne faut pas compter dessus : les adversaires prennent systématiquement le dessus en vous envoyant valdinguer dans tous les sens. Cela doit alors vous intimer d’avancer prudemment, et c’est sans doute l’un des bons points de Remothered : Broken Porcelain, tant on ressent vraiment ce stress d’être découvert. D’autant plus que l’avatar fait parfois tout pour l’être, voir le temps qu’elle prend afin de fouiller dans un tiroir. On a aussi un petit système de craft afin d’améliorer le court arsenal, toujours bon à prendre. Enfin, on note aussi une nouveauté rigolote : des phases aux commandes d’un des fameux papillons qui jouent un rôle essentiel dans cet univers. Mais là encore, la prise en mains n’est vraiment pas facilitée par un poids en inadéquation avec la nature même de cet insecte. Tout cela fait qu’on ressent parfois une certaine dose de frustration, quand bien même l’envie d’avancer se fait présente.

Surtout que Remothered : Broken Porcelain se révèle plus beau que le premier opus, et d’assez loin pour écrire qu’il s’agit d’une vraie évolution. Sans pour autant parler de révolution, entendons-nous bien. Tout est plus fin, plus précis, les textures ont enfin un niveau plus acceptable et l’effet de flou a disparu. La direction artistique figurait déjà parmi les points forts de Tormented Fathers, elle n’en devient que plus forte ici. L’hôtel fait vraiment sordide, le character design reste dérangeant au possible : si l’on ressent autant d’effroi, ce n’est pas pour rien. On sent que Chris Darril, déjà aux commandes du premier opus, a une vraie maitrise de l’imagerie horrifique, on croise parfois des sources de lumière que certains réalisateurs de cinéma n’auraient pas reniés. Par contre, cela reste assez pauvre en terme d’animations, aussi bien chez l’avatar que dans les environnements, désespérément statiques. Signalons aussi une super bande originale signée Luca Balboni, et des doublages originaux soignés. Enfin, sachez que la durée de vie se situe autour des sept heures de jeu, sans trop de rejouabilité.

Note : 14/20

On attendait un peu plus de Remothered : Broken Porcelain, surtout au niveau de la prise en mains, mais on reste tout de même assez satisfait pour le qualifier de suite intéressante. L’ambiance se fait très travaillée, avec bon nombre de moments très flippants, une atmosphère chargée en tension. Le scénario cherche à répondre aux questions restées en suspens, et tout n’est pas toujours réussit à ce niveau, mais globalement on a tout de même de la matière pour nos cauchemars. Le vrai souci vient du gameplay, qu’on désirait moins lourd et qui se révèle toujours aussi frustrant. Dommage, mais si vous êtes du genre à vous y faire, alors cette suite vous conviendra, mais non sans avoir bouclé son ainé au préalable.

Auteur

  • Mickaël Barbato est un journaliste culturel spécialisé dans le cinéma (cursus de scénariste au CLCF) et plus particulièrement le cinéma de genre, jeux vidéos, littérature. Il rejoint Culturellement Vôtre en décembre 2015. Manque clairement de sommeil.

7/10

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