[Critique] La Chapelle du Diable : Un Récit Satanique Consensuel

Caractéristiques

  • Titre original : The Unholy
  • Réalisateur(s) : Evan Spiliotopoulos
  • Avec : Jeffrey Dean Morgan, Cricket Brown,  William Sadler, Katie Aselton, Diogo Morgado et Cary Elwes
  • Distributeur : Sony Pictures France
  • Genre : Epouvante-horreur
  • Pays : Américain
  • Durée : 100 minutes
  • Date de sortie : 7 juillet 2021

Des miracles suspects


Dans La Chapelle du Diable, nous suivons l’histoire d’un journaliste en disgrâce depuis qu’il a truqué certains de ses reportages. Relégué au rang de petit chroniqueur à potins et ragots en tous genres, il pense tenir une seconde chance lorsque divers miracles se produisent dans un village de Nouvelle-Angleterre.

Cependant, comme le titre français l’indique clairement, c’est en réalité une influence démoniaque qui pourrait être derrière ces manifestations.

Le réalisateur Evan Spiliotopoulos connaît son sujet, mais ne semble pas enclin à y apporter de la nouveauté.

Un récit qui piétine

image jeffrey dean morgan la chapelle du diable

Le souci principal de La chapelle du Diable, c’est qu’il est difficile pour le spectateur d’être surpris. Le récit se met vite en place et, après nous avoir démontré l’aspect désabusé du personnage principal, le fantastique surgit en la personne d’une jeune fille qui croit entendre la Vierge Marie au sein d’un arbre étrange.

Passé ses premiers émois miraculeux, il devient de plus en plus évident que l’entité responsable de tout cela est en réalité malfaisante, comme l’introduction nous le démontre d’emblée.

Si cette dernière fait vaguement référence au Masque du démon de Mario Bava, la comparaison ne peut que nuire à la Chapelle du Diable, tant il lui manque par la suite la rigueur d’écriture et la poésie macabre qui s’en dégageait.
Ici, nous avons plutôt affaire à un produit formaté, sans surprise, mais qui s’octroie au moins un rythme qui lui permet de se regarder sans déplaisir.

Des revenants qui s’activent

Au niveau du casting, nous avons en tête Jeffrey Dean Morgan (Extant), connu pour avoir joué “Le Comédien” dans l’adaptation de la BD Watchmen, mais surtout Negan dans la série The Walking Dead.

Le problème est que cette composition, quelque peu décriée au sein d’une série qui a perdu ses repères depuis longtemps, l’a peu à peu relégué à des productions banales et sans relief – un intéressant parallèle pourrait cependant être fait vis-à-vis de son personnage dans le film qui est passé lui aussi de gloire à décadence.

Cela est d’autant plus dommage que Jeffrey Dean Morgan est en réalité un bon acteur à l’aura fort sympathique, qui nous le prouve à nouveau dans La chapelle du Diable.

Autour de lui gravitent d’autres “gueules” du cinéma comme William Sadler (58 minutes pour vivre, Les évadés) ou Cary Elwes (Princess Bride, Saw), eux aussi mésestimés alors que ce sont des acteurs de grand talent.

Au milieu de toute cette testostérone désabusée, nous avons la jeune Crickett Brown, qui assure sa composition et Katie Aselton.

Un casting peu onéreux en somme pour un film mineur, mais qui assure le nécessaire.

Le Christianisme en panne

image cricket brown la chapelle du diable

Si la réalisation s’avère des plus académiques, il est intéressant de constater que le réalisateur a ajouté à son récit l’intervention de l’église.

Une église en défaillance, qui accrédite d’emblée l’apparition d’un nouveau sanctuaire saint comme à Lourdes par exemple.

Cette incursion permet de créer une ambiance délétère dans laquelle le bien et le mal s’avèrent souvent plus complexes qu’on ne le pense. Ceci dit, cet arc narratif reste très timoré et on pourra déplorer que ce soit encore les chrétiens qui soient les dindons de la farce alors qu’aucune religion dans le monde ne peut se prévaloir d’une intégrité absolue. Là encore, peu de prises de risque de la part du réalisateur, qui se contente d’un spectre malfaisant fort bien rendu à l’image.

Un film par défaut

Pour conclure, nous dirons qu’en cette période troublée où le cinéma fonctionne au ralenti, il est difficile de déconseiller La Chapelle du Diable aux adeptes de films d’horreur en raison de son cahier des charges rempli. Cependant, et pour la même raison, nous nous devons d’avertir les spectateurs que rien dans ce métrage ne les fera bondir de leur siège. En l’état nous avons un petit film sympathique mais sans fulgurances suffisante pour se démarquer du lot.

5/10

Une réaction

  1. Salut Marc,

    Ca a l’air en effet d’être un film d’horreur satanique assez standard sur le papier, même si ça peut en effet être plaisant en cette période estivale.

    En ce qui concerne le parti pris de mettre en cause la responsabilité de l’Eglise dans le récit (je précise que je n’ai pas vu le film), je ne suis pas forcément d’accord avec toi sur le fait que, encore une fois, au cinéma, les “chrétiens sont le dindon de la farce”.

    Je m’explique : le cinéma de genre, et le cinéma fantastique en particulier, est résolument tourné vers la représentation de l’inconscient. Les symboles sont très forts (tu parlais de poésie macabre chez Bava), et la dimension cathartique (quand la dramaturgie et la réalisation suivent) très présente. Or, il me semble évident qu’un film américain explorera l’inconscient du peuple américain ou, au moins, occidental. Et, quelles que soient les opinions personnelles que l’on peut avoir au sujet de la religion, on ne peut pas nier que cela demeure un point très épineux aux Etats-Unis, et depuis longtemps, qui continue de diviser et déchirer le peuple. Que le scénario explore ce problème ne me semble donc pas spécialement tenir de la facilité sur le principe.

    Après tout, le fantastique (au cinéma, dans les séries comme dans la littérature) nous met face à l’étrangeté, l’ambivalence, l’altérité et la violence présentes en chacun d’entre nous, souvent refoulée et qui trouve ici une intrigue avec des figures fortes pour s’exprimer et nous interroger. Il est donc pertinent d’explorer l’inconscient de sa propre culture, plutôt que celui des autres. D’autant plus que l’idée du diable finalement, c’est une idée de mal présent en soi, parfois à l’insu des personnages qui pensent être dans leur bon droit et vont peu à peu dévier…

    Encore faut-il que le traitement suive, là encore, pour que le résultat fasse écho chez les spectateurs, et il y a aussi beaucoup de facilités dans pas mal de films à l’intrigue satanique… Pour ma part, j’admets que très peu de films autour du diable m’ont parlé au niveau de l’intrigue à proprement parler en dehors de L’Exorciste, qui fonctionne à ce point car Friedkin sonde les pires peurs des protagonistes vis-à-vis d’eux-mêmes, toutes très réelles.

    Et puis, à partir de la révolution sexuelle, le cinéma d’horreur a beaucoup exploré l’inconscient du point de vue conservateur (ou sondé l’inconscient conservateur, en fonction des films, des réals et de la manière dont on interprète les choses – comme The Wicker Man, que j’ai beaucoup aimé), avec une représentation de la figure du diable ou de la sorcière efficace, mais assez classique dans l’intrigue brute.

    Donc je dirais que c’est plutôt, encore une fois, la construction dramaturgique qui va faire que l’on va tomber dans le côté consensuel ou non, plutôt que l’identité du/des coupables. Silent Hill de Gans, très marquant visuellement, était pour moi raté dans son traitement de la secte, par exemple…

    En tout cas, cela donne matière à débattre ! 😉

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