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[Critique] Tropique de la Violence : La vie dans les bidonvilles de Mayotte

Caractéristiques

  • Titre : Tropique de la Violence
  • Réalisateur(s) : Manuel Schapira
  • Scénariste(s) : Manuel Schapira, Delphine De Vigan
  • Avec : Gilles-Alane Ngalamou Hippocrate, Céline Sallette, Dali Benssalah et Fazal Bacar-Moilim
  • Distributeur : Tandem
  • Genre : Drame
  • Pays : Français
  • Durée : 92 minutes
  • Date de sortie : 23 mars 2022
  • Note : 8/10

Moïse ou l’histoire des enfants perdus des bidonvilles

Nouveau long-métrage de Manuel Schapira (Damoclès) et adaptation du roman éponyme de Natacha Appanah (notre critique ici), Tropique de la Violence se déroule à Mayotte, territoire oublié de la République. À la mort de sa mère, le jeune Moïse rejoint un bidonville peuplé de mineurs entièrement livrés à eux-mêmes. Il y fait la rencontre de Bruce, chef de clan tyrannique et imprévisible. Sur cette île en train de s’embraser, le destin de Moïse bascule…

Le scénario de Manuel Schapira et Delphine De Vigan, adapté du livre, nous offre une plongée dans Mayotte. Un soir, Marie, médecin, arrive sur une plage où des Comoriens viennent de débarquer clandestinement pour avoir une vie meilleure. Elle prend soin d’une jeune fille avec un bébé, mais après avoir détourné le regard quelques secondes, il ne reste que le bébé. Quelques années plus tard, on retrouve Céline, qui a adopté l’enfant qui se prénomme Moïse. Malheureusement, Marie va décéder. Moïse, se croyant responsable, va fuir et se retrouver dans un bidonville. On y découvrira comment font les enfants pour survivre dans cet endroit où la violence règne, mais où luit malgré tout une petite lueur d’espoir. Tout risque de s’embraser à n’importe quel moment…

Un récit initiatique prenant

image céline salette tropique de la violence

Le scénario se découpe donc en trois actes. Dans le premier, on voit tout du point de vue de Marie, qui fait de son mieux pour éduquer son fils de 13-14 ans, même s’il se pose des questions sur ses origines et qu’il a des cauchemars récurrents. Si vous n’avez pas lu le roman, alors le changement de point de vue du premier au second acte, quand Marie décède et qu’on suit Moïse, peut être déroutant, mais la transition se fait plutôt en douceur. Les seconde et troisième parties sont donc vues à travers le regard de Moïse, de sa vie dans le bidonville, des personnes qu’il y rencontre, mais aussi de Stefan dans la troisième partie, qui, lui, fait partie d’une association pour aider justement tous ces jeunes ce que, évidemment, tout le monde ne voit pas d’un bon œil. En particulier Bruce, le chef du bidonville.

Tout est bien fait, que ce soit dans la construction du récit ou des personnages. Ceux-ci sont  assez développés, même si pourtant ils n’ont pas beaucoup de dialogue car Tropique de la Violence, à travers ce parcours initiatique de Moïse, veut montrer la vie dans le département le plus pauvre de France, que ce soit dans ses bons ou mauvais aspects. Et de ce côté-là, il le fait bien. Si le premier acte montre surtout une vie normale, le second révèle ce qu’il y a de pire et le troisième incarne l’espoir. Chacun des personnages pose un regard, évidemment différent, sur Mayotte et cette diversité nous offre un récit assez riche et prenant. On appréciera aussi la fin assez ouverte, qui laissera le spectateur choisir du sort de Moïse.

Une réalisation onirique et la révélation Gilles-Alane Ngalamou Hippocrate

image gille alane ngalamou hippocrate tropique de la violence

Manuel Schapira, pour la réalisation a voulu faire simple mais efficace. Il a tout tourné en lumière naturelle pour montrer la beauté des paysages de Mayotte, qui contraste aussi avec l’horreur de ce qui s’y passe, mais aussi pour donner un côté onirique à l’ensemble. Il y a pas mal de plans qui sont vraiment magnifiques grâce à la direction photo de Benoît Soler. A contrario, il arrive aussi à bien montrer l’ambiance plus sombre des bidonvilles, avec peu de lumières, mais aussi avec des lumières de téléphones portables des jeunes.

Un contraste saisissant, qui montre toute l’ambiguïté de ce département. Sur le plan technique, c’est maîtrisé. Le montage est aussi assez dynamique, le film possède une courte durée et les péripéties s’enchaînent à bon rythme. Enfin, la musique d’Olivier Marguerit (Onoda, 10 000 nuits dans la jungle) offre une composition discrète dont l’ambiance colle parfaitement à Tropique de la Violence. Celle-ci fait parfaitement ressentir le sentiment d’urgence à la fin du long-métrage jusqu’au plan final.

Enfin, côté casting, le très jeune Gilles-Alane Ngalamou Hippocrate, qui incarne Moïse, est une révélation. Que ce soit par ses dialogues, même s’il en a peu ou par la nature silencieuse de son interprétation, il épate. Céline Sallette offre une performance crédible dans le rôle de Marie. Dali Benssalah est aussi très bon dans le rôle de Stefan.  On sent, par son interprétation, qu’il veut vraiment aider les jeunes. Enfin, Fazal Bacar-Moilim, qui incarne Bruce, est aussi très bon. Son parler avec l’accent comorien donne vraiment le ton de son personnage.

Tropique de la Violence évoque Mayotte, que ce soit ses bons ou mauvais côtés, au travers d’une histoire initiatique prenante avec une réalisation onirique et l’excellente prestation du jeune Gilles-Alane Ngalamou Hippocrate. Un drame que l’on vous recommande vivement.

Article écrit par

Adore le cinéma en général, que ce soit les gros blockbusters ou les plus petits films, les séries TV et les jeux vidéo. Il réalise de nombreux tests de blu-ray et films en UHD 4K et couvre l'actualité cinématographique en salles.

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