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[Critique] X de Ti West : Une parenthèse old school jouissive

Caractéristiques

  • Titre : X
  • Réalisateur(s) : Ti West
  • Scénariste(s) : Ti West
  • Avec : Mia Goth, Jenna Ortega, Brittany Snow, Scott Mescudi, Martin Henderson...
  • Distributeur : Kinovista
  • Genre : Epouvante-horreur
  • Pays : Etats-Unis
  • Durée : 105 minutes
  • Date de sortie : 2 Novembre 2022
  • Acheter ou réserver des places : Cliquez ici
  • Note du critique : 5/10

Un film signé X


Le réalisateur Ti West, qui s’est fait connaître d’abord il y a quelques années par l’excellent métrage House of the Devil, puis qui a confirmé par la suite avec The Innkeepers ou The Sacrement, s’était fait beaucoup plus discret ces dernières années à part un western en 2016, La Vallée de la Violence avec Ethan Hawke et John Travolta, sorti directement en vidéo chez nous. Le voilà de retour avec son genre de prédilection, le film d’horreur.

L’intrigue de X se situe fin des années 70 lorsqu’une équipe de tournage s’installe dans une maison de location au fin fond du Texas pour réaliser un film X. Les propriétaires, un couple redneck ignorant les activités de leurs locataires, surprennent les cinéastes amateurs en pleins ébats et vont soudain changer d’attitude, transformant la suite du tournage en cauchemar. Si le métrage porte bien son titre, c’est parce qu’il est effectivement question de sexe pendant tout le film, mais aussi de violence, autrement dit la formule souvent gagnante des slashers des années 80. Et, si la recette semble primaire, elle n’en demeure pas moins efficace puisqu’elle a produit bon nombre de films intéressants à l’époque, en tout cas de bien de meilleure qualité que les films aseptisés et prudes d’aujourd’hui.

Une copie de Massacre à la Tronçonneuse?

image mia goth x
Copyright capelight pictures OHG / Christopher Moss

Dès le début du métrage, on sent les nombreuses références à la filmographie de Tobe Hooper, en particulier Massacre à la Tronçonneuse. Trop peut-être même car, d’une certaine façon, l’hommage vire vite à la copie juste un peu plus léchée visuellement que l’original, avec tout de même un soupçon d’un autre film de Tobe Hooper, Le Crocodile de la Mort.

Ce qui est intéressant dans X, c’est la manière avec laquelle le réalisateur Ti West reprend l’ensemble des codes du genre tout en en jouant de manière amusée en inversant pour une fois le propos habituel du tueur masculin qui massacre des ados, et en particulier des jeunes filles. Là, il s’agit plutôt d’une sexagénaire frustrée de savoir que ses vertes années sont bien derrière, qui cherche encore des ébats sexuels pour raviver une flamme éteinte que son mari, complice mais cardiaque, ne peut rallumer. D’une certaine façon, la tueuse du film assume une frustration que bon nombre de tueurs précédents n’assumaient pas ou essayaient du moins de dissimuler derrière leur violence.

Une histoire sous x

image brittany snow X
Copyright capelight pictures OHG / Christopher Moss

Ti West pourrait presque être qualifié d’Homme Orchestre (il s’occupe de la réalisation, du scénario, de la production et du montage) et on peut lui accorder que, bien qu’à l’image, le grain fasse inévitablement penser aux métrages des années 70 façon Tobe Hopper, il sait aussi s’amuser avec la caméra, le son, voire même avec les codes du genre car, dans X, ce n’est pas le sexe, contrairement à d’autres slasheurs, qui tue, mais bien l’abstinence. Néanmoins, si les références sont bien là et que l’ensemble prête un vif hommage à un style de film qui inspire la nostalgie, il faut tout de même signaler que le contrat n’est pas parfaitement rempli. La vérité, c’est que le métrage peut sembler tourner à vide voire s’avérer presque chiant.

Une forme intéressante…

image jenna ortega X
Copyright capelight pictures OHG / Christopher Moss

La réalisation est intéressante, mais la tension, elle, est inexistante, tout simplement parce que le métrage ne comporte aucune surprise malgré des personnages involontairement drôles car plutôt caricaturaux et porteurs de toutes les réflexions de genre – le masculinisme, le machisme, le féminisme, la féminisation ou le passage du temps, symbolisé par un jeu de miroir entre les deux rôles de Mia Goth, à la fois héroïne et antagoniste – qui n’ont souvent pour point commun que leur pathétisme, au point que chaque mort prend un ton semi-décalé – à croire même que le réalisateur n’aime pas ses personnages.

Les Cahiers du Cinéma apprécieront peut être de décortiquer tout ça mais, en vérité, pour l’amateur de slasher, il faut bien dire qu’il ne se passe pas grand-chose dans ce métrage ou, tout du moins, il n’y a strictement rien qui se passe qui ne soit prévisible au moins une heure à l’avance. Et le problème c’est que, justement, le film met au moins une heure pour démarrer vraiment, ne laissant qu’une pauvre demi-heure aux personnages pour se faire massacrer. Autrement dit, le nouveau film de Ti West comporte certains défauts qu’avaient déjà ses anciens métrages. Epurer le style pour ne garder que l’essence avait fonctionné avec House of the Devil, mais on ressentait déjà la limite dans The Innkeepers, avec cette histoire de fantôme à la progression scénaristique très sympathique, mais qui finissait par se dégonfler au fur et à mesure.

Mais un manque d’identité

image ti west X
Copyright capelight pictures OHG / Christopher Moss

Là, c’est pareil : il y a de la violence, il y a du sexe et même une certaine ironie mordante qui nous rappelle encore une fois Massacre à la Tronçonneuse, mais deuxième partie cette fois. Cependant, on est toujours dans l’hommage et non dans la créativité proprement dite. C’est bien dommage car, au final, X est un très bel écrin, une belle promesse, mais qui ne parvient pas à rivaliser avec les meilleurs malgré l’originalité de son propos et de ses antagonistes par manque d’identité propre.

L’idéal serait de savoir retrouver les codes des anciens slashers tout en conservant leur générosité, davantage pour le fond plutôt que juste pour la forme. Nous verrons bien si c’est le cas avec la préquelle Pearl qui sortira bientôt et qui nous narrera la jeunesse de la méchante nymphomane.

Article écrit par

Depuis toujours, je perçois le cinéma, certes comme un art et un divertissement, mais aussi et surtout comme une porte vers l'imaginaire et la création. On pourrait dire en ce sens que je partage la vision qu'en avait Georges Méliès. Avec le temps, de nombreux genres ont émergé, souvent représentatifs de leurs époques respectives et les bons films comme les mauvais deviennent ainsi les témoins de nos rêves, nos craintes ou nos désirs. J'ai fait des études de lettres et occupé divers emplois qui jamais ne m'ont éloigné de ma passion. Actuellement, sous le pseudonyme de Mark Wayne (en hommage à l'acteur John Wayne et au personnage de fiction Bruce Wayne alias Batman), je rédige des critiques pour le site "Culturellement Vôtre". Très exigeant dans ma notation des films, en particulier concernant le scénario car c'est la base sur lequel aucun bon film ne peut émerger s'il est bancal ou pour le moins en contradiction avec son sujet. Je conserve une certaine nostalgie d'une époque qui me semble (pour l'instant) révolue où le cinéma ne se faisait pas à base de remakes, intrigues photocopiées et bien-pensance. Néanmoins, rien n'entame mon amour du cinéma, et chaque film que je regarde me le rappelle, car bons ou mauvais, ils restent le reflet de notre époque.

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