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[Théâtre] Les présidentes : la fête de la langue selon Laurent Fréchuret

Caractéristiques

  • Titre : Les présidentes
  • Ecriture : Werner Schwab
  • Mise en scène : Laurent Fréchuret
  • Avec : Mireille Herbstmeyer, Flore Lefebvre Des Noëttes et Laurence Vielle
  • Durée : 1h20
  • Lieu(x) de représentation : L'Elysée à Lyon
  • Dates : 4, 6 et 7 avril 2023

Une langue qui tire les personnages derrière elle

Entrer à L’Élysée au cœur du quartier populaire La Guillotière à Lyon est déjà une expérience en soi : on pénètre dans ce lieu au nom désuet qui fut un cinéma et qui accueille désormais les pépites du théâtre contemporain et hype de la ville et de plus loin. Mais ce 7 avril, dans l’antre bar-accueil, c’est un florilège de cheveux blancs qui patiente. Et oui, Laurent Fréchuret est un metteur en scène stéphanois expérimenté, il a « un public » qui le suit, et la scène théâtrale n’échappe pas au cloisonnement des cercles des âges : personnages jeunes-casting jeune = spectateurs jeunes, personnages âgés-casting âgé = spectateurs âgés.

Nous sommes une cinquantaine à nous blottir dans les vieux fauteuils en skaï bordeaux de la salle, qui affiche complet. Être au premier rang constitue également une expérience, car les actrices déversent la langue de Schwab par kilos en chaînes de saucisses, avec les postillons et le volume qui vont avec. La didascalie initiale de Mein Hundemund précise « la langue est à chaque fois le corps des personnages agissants. La langue tire les personnages derrière elle : comme des boîtes de conserve qu’on a attachées à la queue d’un chien. C’est bien la seule chose qu’on sache forger : la langue ».

les actrices de la pièce de théâtre les présidentes mise en scène par laurent fréchuret
Photo © Christophe Raynaud de Lage

Société autrichienne, nazisme ordinaire, cléricalisme dangereux

La spectatrice à ma droite hurle de rire quand je suis statufiée. C’est ça aussi le théâtre : l’altérité. Cette femme me gène et j’aime être gênée parce que nous formons une assemblée, la troupe éphémère des spectateurs d’un soir. Je suis statufiée par l’abondance, le lyrisme scatologique de ce qui est dit et par qui il est proféré. Trois personnages assumant totalement la composition, trois actrices qui jubilent de jouer un rôle de composition. Est-ce ringard ? Non. Ça fait un bien fou. Leur folie fait un bien fou. Erna a « l’épargne dans le sang » et bien plus, Grete a « la jouissance de la vie » et Lydia sa teckel, Marie est une Vierge Marie pleine de grâce et elle est vraiment pleine de grâces. Elles déboulonnent avec virtuosité la société autrichienne, le nazisme ordinaire et le cléricalisme dangereux en présidentes, en reines. Thomas Bernhard est tout près. Cet autre magnifique auteur dramatique autrichien déclara en 1968, lors de la remise d’un prix national de littérature « Nous Autrichiens sommes apathiques ; nous sommes la vie en tant que désintérêt général pour la vie ».

Et les hommes ? « Mais mon Hermann est déjà un homme masculin », dit Erna en parlant de son fils. L’auteur Werner Schwab mort à 35 ans en 1994 posait déjà la question, comment être un fils et un homme ? Peut-on être un homme sans être masculin ? Et le travail ? Le plus jeune personnage des trois, Marie donc, travaille pour des gens extrêmement riches et puissants pour « guérir leurs toilettes souffrantes », elle débouche à mains nues les chiottes des puissants. La métaphore est à pleurer.

Nous sortons du spectacle, chacune et chacun avec son gloubiboulga intérieur, sonné ou éveillé, peu importe. Merci Laurent Fréchuret d’avoir organisé cette fête de la langue, vos invités sont parfaits, auteur, actrices, actrices de la scénographie et de la lumière (et vous nous invitiez vraiment aussi).

Article écrit par

Comédienne, metteuse en scène (responsable de la Cie Chiloé /Friche Lamartine, Lyon, 69), poétesse, passeuse (notamment en animant ateliers de pratique théâtre à l’Université Lyon 2) et spectatrice émerveillée de tous les genres de spectacles de théâtre.

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