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[Critique] Nicky Larson : Le retour de l’étalon de Shinjuku

Caractéristiques

  • Titre : Nicky Larson
  • Titre original : Shiti Hanta
  • Réalisateur(s) : Yûichi Satô
  • Scénariste(s) : Tatsuro Mishima, d'après le manga de Tsukasa Hojo
  • Avec : Ryohei Suzuki, Misato Morita, Masanobu Andô, Fumino Kimura...
  • Distributeur : Netflix
  • Genre : Action, Polar, Comédie
  • Pays : Japon
  • Durée : 1h42
  • Date de sortie : 25 avril 2024
  • Acheter ou réserver des places : Cliquez ici
  • Note du critique : 5/10

L’histoire de City Hunter

“Une ombre file dans la nuit, c’est un assassin qui s’enfuit. Et comme un démon il sourit, son crime restera impuni (…)”. La suite de ce refrain les adeptes des grandes heures du Club Dorothée la connaissent bien, ainsi que l’anime dont il est tiré.

Publié originellement entre 1985 et 1991 puis traduit en français à partir de 1996, City Hunter (Nicky Larson pour l’anime en VF) est un classique shônen devenu culte pour toute une génération. Ecrit et dessiné par Tsukasa Hojo (32 ou 36 volumes en version française selon les éditions, sans compter une série spin-off, Angel Heart, située dans un monde parallèle et également portée à l’écran en anime) et un récit qui s’est poursuivi sur de nombreux supports au fil des ans, que ce soit bien sûr la série d’animation (140 épisodes diffusés entre avril 1987 et octobre 1991), les O.A.V. (8 au total si on compte le petit dernier sorti en début d’année) et, enfin, les adaptations live. Ces dernières ont toujours constitué le talon d’Achille créatif tant il est compliqué d’adapter l’univers de City Hunter en prises de vue réel sans en trahir l’essence.

Originellement placé dans les années 80, l’histoire narre les aventures de Ryo Saeba (Nicky Larson donc, pour les habitués de la VF), un nettoyeur acceptant toutes sortes de contrats (surveillance, garde rapprochée, et même parfois meurtre) à partir du moment que son client est une jolie femme (il a néanmoins assoupli cette règle à quelques reprises). D’abord soutenu par son ami Hideyuki Makimura (Toni Marconi dans la VF), un ancien policier qui sera assassiné par le cartel Union Teope, il prendra ensuite sous son aile sa sœur Kaori Makimura (Laura en VF) qui deviendra sa nouvelle partenaire. Une relation aussi drôle qu’ambivalente s’installera entre les deux personnages, Kaori ne supportant pas les (nombreuses) initiatives de Ryo à l’égard de la gente féminine. Ce dernier, de son côté, entre peur du danger qu’il pourrait lui faire courir et peur de l’engagement, tend à dissimuler ses sentiments à l’égard de la jeune femme et à la traiter en simple collègue, voire en pote de dortoir à chaque fois qu’il baisse un peu trop la garde, ce qui ne fait que renforcer les éruptions de colère volcaniques de celle-ci.

jackie chan niki larson 1993
Jackie Chan dans le premier live action de City Hunter (sorti sous le titre de Niki Larson en France) en 1993.

Les adaptations de l’univers imaginé par Tsukasa Hojo

Comme nous l’avons précédemment mentionné, l’histoire de City Hunter a déjà été adaptée – entre autres en live action. Le problème de toutes ces adaptations, c’est que jamais elles ne parviennent à trouver le ton juste entre la comédie et l’action, l’hommage et la parodie. Évidemment, l’exercice peut s’avérer compliqué vu que le support BD d’origine autorise tout un tas de délires visuels très difficiles à retranscrire dans un contexte réaliste – et cela encore plus de nos jours lorsque l’humour tape souvent en-dessous de la ceinture.

Pourtant, ce n’est pas faute de ne pas avoir essayé au fil des ans, que ce soit d’abord avec les versions dites “officielles” comme Niki Larson avec Jackie Chan (qui ressemble néanmoins plus à un film classique de Jackie Chan dans lequel on aurait placé les noms et l’intrigue du manga), Nicky Larson et le parfum de Cupidon (2018), une variable française très inspirée du Club Dorothée qui a le mérite d’être la version qui se rapproche le plus de l’univers barré du manga. Et enfin, cette version Netflix, qui semblait promettre un ton plus grave que les versions précédentes, se rapprochant en cela des débuts et de la fin du manga, aussitôt plus sérieux quand le cartel des méchants principaux de l’Union Teope revient sur le devant de la scène.

En adaptations “non-officielles”, signalons Savior of the Soul, réalisé en 1991 avec Andy Lau, qui reprend certains éléments du manga, mais avec une histoire différente. Mr Mumble, une version hong-kongaise réalisée en 1996 retrouve, elle, beaucoup plus l’esprit de la série (le visuel, le personnage de “Mammouth”, la perversion du personnage principal), même si l’histoire est encore un peu différente.

Enfin, dans le registre des curiosités, signalons un fan film de 30mn environ réalisé par Filip Wong et ayant requis quatre ans de développement pour un budget record de… 800 euros ! (et ça se sent à l’écran). Disponible sur YouTube, mais à réserver aux plus curieux.

Une nostalgie bon marché

Malgré que les deux métrages actuellement les plus proches du manga soient la version de Philippe Lacheau et celle de Netflix, aucune des versions précitées n’est jamais parvenue à retranscrire parfaitement l’univers du manga en lui donnant une consistance crédible sur grand écran. Cela concerne à la fois l’humour – souvent par manque d’un grain de folie comme dans le métrage Scott Pilgrim par exemple – mais aussi la dramaturgie, souvent à cause d’un manque d’ambition vis-à-vis des antagonistes.

Pour ce qui est de cette version à proprement parler, nous avons Tatsuro Mishima (déjà à l’œuvre sur Yu Yu Hakusho du même Netflix) au scénario et Sato Yuichi à la réalisation, qui livre un produit plutôt de bonne facture mais ultra calibré. Entendez par là que si, globalement, les scènes sont lisibles (à l’exception d’une fusillade finale aussi irréaliste que mal filmée), il n’y a jamais aucun génie particulier ou scène mémorable dans ce métrage.
On a plutôt l’impression d’un enchaînement de scénettes avec chacune un petit cahier des charges à remplir, avec peut-être pour exception l’ultime séquence, très City Hunter, où le héros, afin de briser une vitre pare-balle vide des chargeurs en tirant plusieurs projectiles dans le même trou pour affaiblir la structure.

Une écriture peu consistante

Les acteurs et actrices globalement s’en sortent bien avec, en tête, Ryohei Suzuki dans le rôle de Ryo Saeba même s’il tombe hélas souvent dans la surenchère gênante, justement parce que la réalisation n’appuie pas assez les effets loufoques par des idées inspirées.

Mais le vrai problème revient plutôt à l’ écriture trop timorée dans le cadre d’un métrage estampillé Nicky Larson (ceci dit, on s’y attendait). Le personnage du frère est beaucoup trop effacé, mais ça aussi on s’y attendait vu que c’est l’erreur récurrente dans les productions de s’obstiner à vouloir placer l’émotion trop vite au risque de laisser le spectateur froid.

Surtout, les personnages féminins sont complètement ratés par rapport à l’anime. Kaori n’a pas une once de l’hystérie qu’on lui connaît, même si on pourrait trouver comme excuse que, comme elle vient juste de perdre son frère, elle est plutôt dans le recueillement émotionnel. Cependant, cela jure énormément avec ce qu’on connaît d’elle dans le manga. Quant à l’inspectrice de police (Saeko ou Hélène dans la VF), normalement une vamp manipulatrice et glaciale, elle devient là un personnage totalement transparent et sans relief.

Un autre point à noter, c’est le traitement extrêmement fade avec lequel le réalisateur est incapable de représenter le fameux quartier de Shinjuku, fief de Nicky Larson, ou de Tokyo dans son ensemble pour lui donner le cachet qu’il a dans l’anime, où il s’avère être un personnage à part entière avec ses ombres et ses lumières, ses personnages pittoresques et ses yakuzas malveillants. Une véritable cuisine de péripétie dans laquelle évolue City Hunter pour faire appliquer sa loi et son sens de la justice personnelle.

Pris par le syndrome de Christopher Nolan qui, déjà à son époque, voulut représenter la ville fictive de Gotham City sous un jour plus réaliste au point de la transformer en une espèce de New York aseptisé, Tokyo qui, de son côté, n’est pas une ville fictive mais n’en reste pas moins une cité très cosmopolite et fascinante, pourrait être représentée sous son meilleur jour si tant est que le réalisateur se décide à faire un minimum d’effort pour cela.
Un échec donc, d’autant plus déplaisant que cela va de pair avec, comme nous le disions précédemment, un film qui, bien qu’il conserve une bonne tenue globale, ne reste pas moins un produit trop calibré pour réellement convaincre. Un petit mot également sur une B.O. tout aussi transparente, qui ne se décide à lâcher les chevaux que sur la fin et de manière timorée en se décidant à lancer quelques classiques de l’anime.

Pour finir, nous pourrions dire que cette nouvelle adaptation de City Hunter, malgré quelques points positifs, échoue comme ses prédécesseurs à rendre totalement grâce au matériel d’origine. Ne reste plus qu’à croiser les doigts en espérant que ce ne soit qu’un coup d’essai et qu’une suite, déjà prévue, gomme les défauts de ce premier volet. L’espoir fait vivre.

Article écrit par

Depuis toujours, je perçois le cinéma, certes comme un art et un divertissement, mais aussi et surtout comme une porte vers l'imaginaire et la création. On pourrait dire en ce sens que je partage la vision qu'en avait Georges Méliès. Avec le temps, de nombreux genres ont émergé, souvent représentatifs de leurs époques respectives et les bons films comme les mauvais deviennent ainsi les témoins de nos rêves, nos craintes ou nos désirs. J'ai fait des études de lettres et occupé divers emplois qui jamais ne m'ont éloigné de ma passion. Actuellement, sous le pseudonyme de Mark Wayne (en hommage à l'acteur John Wayne et au personnage de fiction Bruce Wayne alias Batman), je rédige des critiques pour le site "Culturellement Vôtre". Très exigeant dans ma notation des films, en particulier concernant le scénario car c'est la base sur lequel aucun bon film ne peut émerger s'il est bancal ou pour le moins en contradiction avec son sujet. Je conserve une certaine nostalgie d'une époque qui me semble (pour l'instant) révolue où le cinéma ne se faisait pas à base de remakes, intrigues photocopiées et bien-pensance. Néanmoins, rien n'entame mon amour du cinéma, et chaque film que je regarde me le rappelle, car bons ou mauvais, ils restent le reflet de notre époque.

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