Caractéristiques
- Titre : Hamnet
- Réalisateur(s) : Chloé Zhao
- Avec : Paul Mescal, Jessie Buckley, Emily Watson et Joe Alwyn
- Distributeur : Universal Pictures International France
- Genre : Drame
- Pays : Grande-Bretagne, Etats-Unis
- Durée : 125 minutes
- Date de sortie : 21 janvier 2026
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- Note du critique : 9/10 par 1 critique
Nouveau long-métrage co-écrit et réalisé par Chloé Zhao (Les Eternels, Nomadland) et adaptation du roman éponyme de Maggie O’Farrell, Hamnet se déroule en Angleterre en 1580. Un professeur de latin fauché fait la connaissance d’Agnes, jeune femme à l’esprit libre. Fascinés l’un par l’autre, ils entament une liaison fougueuse avant de se marier et d’avoir trois enfants. Tandis que Will tente sa chance comme dramaturge à Londres, Agnes assume seule les tâches domestiques. Lorsqu’un drame se produit, le couple, autrefois profondément uni, vacille. Mais c’est de leur épreuve commune que naîtra l’inspiration d’un chef d’œuvre universel.
Une passion fondatrice
Construit en trois actes distincts mais intimement liés, Hamnet débute par une rencontre fondatrice. Will Shakespeare (Paul Mescal, tout simplement remarquable) est engagé pour enseigner le latin aux enfants d’une famille à laquelle son père doit de l’argent. C’est là qu’il croise Agnès (Jessie Buckley, immense et bouleversante), la fille aînée, jeune femme libre, instinctive, presque indomptable. Agnès préfère se promener dans la nature, cueillir des plantes, dresser son faucon et observer le monde plutôt que de se plier aux conventions sociales ou aux tâches domestiques qu’on voudrait lui imposer. Will, de son côté, est enfermé dans un foyer étouffant, méprisé par un père autoritaire qui ne reconnaît ni son intelligence ni ses aspirations.
La connexion entre les deux personnages est immédiate, presque viscérale. Si l’histoire d’amour racontée ici reste, dans sa structure, assez classique, elle fonctionne admirablement grâce à l’alchimie évidente entre Paul Mescal et Jessie Buckley. Leur relation se construit dans les silences, les regards et une forme de reconnaissance mutuelle. Agnès tombe rapidement enceinte, et le mariage s’impose, malgré les réticences et les jugements des familles respectives. Zhao filme cette première partie avec une douceur et une attention constante aux corps et aux gestes, posant les bases émotionnelles du drame à venir.

Le poids de l’absence et des sacrifices
La seconde partie du film s’attache à la vie du couple et à la naissance de leurs trois enfants. Une existence simple, presque pastorale, mais traversée par un désir de plus grand ailleurs. Will rêve de reconnaissance, de création, de théâtre. Agnès le comprend, même si cela signifie l’absence, la solitude et une charge domestique écrasante. Will part donc pour Londres afin de tenter de réaliser ses ambitions. Cette partie centrale approfondit avec finesse les relations familiales et conjugales, tout en introduisant un personnage secondaire majeur : Mary, la mère de Will, interprétée par une formidable Emily Watson.
Par sa présence discrète mais essentielle, Mary devient un pilier du quotidien d’Agnès. Un monologue, d’une rare intensité émotionnelle, permet à Emily Watson d’exprimer toute la douleur, la résignation et l’amour contenus de cette femme marquée par les sacrifices. Elle aide Agnès à tenir, à survivre, tandis que Will poursuit ses rêves loin des siens. C’est alors qu’un drame survient, brutal, inévitable, et que le film bascule définitivement.

De la perte à la création
Le troisième acte est entièrement consacré au deuil et à la manière dont chacun tente à le traverser. Le film annonce très tôt que Hamnet est une variation du prénom Hamlet ; l’issue semble donc connue. Mais Zhao ne s’intéresse pas à la genèse intellectuelle de l’œuvre de Shakespeare, plutôt à son origine émotionnelle. Avant que Hamlet ne naisse, Will et Agnès doivent affronter une perte insoutenable. Chacun réagit différemment : Agnès sombre dans une profonde dépression, tout en continuant, tant bien que mal, à faire fonctionner la maison et à élever ses enfants.
Will, lui, choisit à nouveau la fuite, le travail, la création, comme unique moyen de survie. Ce n’est que dans un final à la fois cathartique et profondément émouvant que le deuil trouve une forme d’apaisement. Zhao parvient alors à relier intimement la création artistique à son pouvoir réparateur, autant pour celui qui crée que pour ceux qui reçoivent l’œuvre. Une conclusion d’une grande sensibilité, même si l’on peut émettre une légère réserve qu’on expliquera en dessous.

Quand la forme épouse l’intime
Sur le plan technique, Chloé Zhao livre une nouvelle démonstration de son savoir-faire. Fidèle à son approche naturaliste, elle privilégie la lumière naturelle, les décors réels et une caméra au plus près des visages. Hamnet est avant tout le portrait d’Agnès, véritable héroïne du film, bien plus que celui de Shakespeare. Zhao s’appuie sur l’histoire réelle de la famille Shakespeare pour raconter la force, la résilience et la douleur d’une femme que l’Histoire a largement effacée. La mise en scène, toujours pudique et sensorielle, capte chaque émotion avec une grande justesse. La reconstitution de l’Angleterre du XVIᵉ siècle est particulièrement soignée, que ce soit à travers les décors, les costumes ou les ambiances sonores, sans jamais tomber dans un académisme figé.
La musique de Max Richter accompagne le film avec élégance et mélancolie. Seul véritable bémol : la réutilisation de On the Nature of Daylight pour le final du long-métrage, déjà associée de manière très marquante au deuil dans Premier Contact de Denis Villeneuve. Aussi sublime soit-elle, cette composition a été tellement employée qu’elle perd ici un peu de son impact émotionnel, tant l’association est immédiate. Le rythme du film, malgré une durée de près de deux heures, reste parfaitement maîtrisé. Jamais ennuyeux, Hamnet avance avec une lenteur assumée mais toujours habitée, laissant au spectateur le temps de ressentir, de comprendre et d’accompagner ses personnages.
Avec Hamnet, Chloé Zhao signe une œuvre d’une grande délicatesse, profondément humaine et émotionnellement puissante. En choisissant de raconter l’histoire derrière l’œuvre plutôt que l’œuvre elle-même, elle offre un regard bouleversant sur le deuil, l’amour et la création artistique. Porté par des interprétations magistrales, en particulier Jessie Buckley et Paul Mescal, le film transcende le simple biopic pour devenir une méditation universelle sur la perte et la résilience. Malgré quelques choix musicaux discutables, Hamnet s’impose comme l’un des films les plus sensibles et aboutis de la réalisatrice.

