[Critique] Le Son des Souvenirs : les échos d’un temps perdu

Caractéristiques

  • Titre : Le Son des Souvenirs
  • Titre original : The History Of Sound
  • Réalisateur(s) : Oliver Hermanus
  • Avec : Josh O'Connor, Paul Mescal, Chris Cooper, Molly Price...
  • Distributeur : Universal Pictures International France
  • Genre : Drame, Historique, Romance
  • Pays : Etats-Unis
  • Durée : 129 minutes
  • Date de sortie : 25 février 2026
  • Acheter ou réserver des places : Cliquez ici
  • Note du critique : 8/10

Nouveau long-métrage écrit et réalisé par Oliver Hermanus (Vivre), Le Son des Souvenirs se déroule en 1917. Lionel, étudiant talentueux au conservatoire de Boston, y rencontre David. Les deux jeunes gens se retrouvent autour d’une passion commune pour les chansons traditionnelles. Quelques années plus tard, Lionel reçoit une lettre de David l’invitant à le rejoindre au pied levé pour une expédition de collecte de chansons à travers les forêts du Maine. Ces retrouvailles inattendues et la musique que les deux hommes enregistrent vont façonner le cours de la vie de Lionel au-delà de ce qu’il peut alors imaginer.

Mémoire en écho

Le Son des Souvenirs  est une œuvre contemplative et structurée en cinq parties, qui explore la mémoire, le temps et le poids des absences. La première partie pose la rencontre entre les personnages de Lionel (Paul Mescal) et David (Josh O’Connor), une relation fragile et suspendue avant la Première Guerre mondiale. La seconde partie montre leurs retrouvailles après la guerre et leur travail de collecte de chansons traditionnelles dans les Etats-Unis profonds, où la romance initiale est toujours présente mais interrompue par l’histoire et le temps. Dès cette phase, le film installe le thème central : le manque. La disparition du personnage de Josh O’Connor après ces deux premières parties transforme le récit, qui devient alors un voyage introspectif et mélancolique autour du souvenir et du son.

La troisième partie suit Lionel en Italie, puis en Angleterre, où ses relations amoureuses se diversifient, mais le lien originel reste une référence silencieuse. Le retour aux États-Unis dans la quatrième partie accentue la quête du personnage principal vers la mémoire et le passé, avant que la cinquième partie, en 1980, ne le montre publiant un livre sur les chansons traditionnelles et recevant un colis. Le film se clôt ainsi sur une méditation sur la persistance des traces, où le son devient le vecteur principal de l’émotion.

image josh o conno le son des souvenirs
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Ondes et silences

Le long-métrage explore des thèmes profonds et universels, au‑delà de la simple histoire d’un couple. Le premier est le temps et la mémoire : Hermanus montre comment les expériences, les rencontres et les absences se gravent dans la conscience et se transmettent sous forme de traces, qu’elles soient sonores ou affectives. Le deuxième thème est l’absence et le manque, central au film : la disparition du personnage de David n’est pas un simple événement narratif, elle structure l’ensemble du récit et transforme chaque lieu, chaque son et chaque silence en souvenir vivant.

Le troisième thème, étroitement lié, est la persistance des traces : à travers les chants traditionnels collectés, les enregistrements et la voix, le film interroge ce qui reste de ce qui disparaît, et comment la mémoire et le son peuvent prolonger l’existence de ce qui est perdu. Enfin, Le son des souvenirs aborde également l’identité et la trajectoire individuelle, montrant un personnage qui traverse différentes cultures et relations, et dont la vie entière est façonnée par des instants fugaces, mais décisifs. Ces thèmes se mêlent subtilement à la forme du film et à sa dimension sonore, donnant à l’œuvre une densité et une mélancolie qui lui sont propres.

image paul mescal le son des souvenirs
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Harmonie et résonance

Le son, véritable cœur du film, est traité avec un soin quasi documentaire. Les voix, les chants traditionnels, les bruits d’ambiance et les silences portent autant de signification que l’image. Les scènes où les personnages enregistrent ou écoutent les chansons sont d’une précision rare : chaque vibration, chaque nuance de timbre, chaque respiration est captée pour transmettre la mémoire de l’autre et la permanence du lien. La bande-son, avec aussi la musique ajoutée, n’accompagne pas simplement l’action, elle en est la narration. Même les silences sont travaillés comme des espaces de tension et d’émotion, transformant le film en une expérience sensorielle où le spectateur « entend » le manque autant qu’il le voit.

Hermanus signe ici un travail d’une précision remarquable sur le travail sonore, mais aussi sur le plan visuel. La photographie et  les cadres sont soigneusement composés, les couleurs évoluent avec les lieux (les lumières en Italie sont magnifiques) et les époques, et la lumière naturelle est privilégiée pour renforcer le réalisme et l’intimité. Les transitions entre les cinq parties, souvent marquées par des changements de lieux et de temporalité, sont fluides, et la caméra accompagne subtilement les déplacements et les silences, offrant au spectateur le temps de s’immerger dans l’espace et l’émotion. La mise en scène privilégie également les plans fixes et contemplatifs, renforçant le caractère méditatif du récit. La direction artistique est minutieuse : les décors, les costumes et la reconstitution historique sont suffisamment précis pour crédibiliser chaque période, mais jamais au détriment du récit ou de la charge émotionnelle.

Le Son des Souvenirs n’est pas un mélodrame classique. La romance initiale n’est qu’un point de départ pour un film qui traite de la mémoire, du temps et du son comme trace persistante. La technique, extrêmement soignée, surtout la bande-son, fait ressentir au spectateur l’absence et le manque. Les performances de Paul Mescal et Josh O’Connor sont délicates et intenses. Le film séduit par sa sensibilité, sa retenue et sa beauté contemplative, tout en imposant au spectateur un rythme méditatif et réfléchi, qui fait de l’écoute et de l’attention une condition pour ressentir pleinement l’œuvre. Un film où le silence parle plus fort que les mots, et où chaque son devient un souvenir à entendre.

Article écrit par

Adore le cinéma en général, que ce soit les gros blockbusters ou les plus petits films, les séries TV et les jeux vidéo. Il réalise de nombreux tests de blu-ray et films en UHD 4K et couvre l'actualité cinématographique en salles.

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