Caractéristiques
- Titre : Is This Thing On?
- Réalisateur(s) : Bradley Cooper
- Avec : Will Arnett, Laura Dern, Andra Day, Amy Sedaris, Ciaran Hinds, Bradley Cooper...
- Distributeur : The Walt Disney Company France
- Genre : Drame
- Pays : Etats-Unis, Grande-Bretagne
- Durée : 124 minutes
- Date de sortie : 25 février 2026
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- Note du critique : 6/10 par 1 critique
Nouveau long-métrage réalisé par et avec Bradley Cooper (A Star is Born), Is This Thing On ? raconte le mariage d’Alex et Tess qui ne tient plus qu’à un fil. Alex doit soudain affronter les doutes de la cinquantaine et la menace d’un divorce imminent. A la recherche d’un nouveau souffle, il se lance dans le milieu du stand-up new-yorkais, tandis que Tess remet en question les sacrifices qu’elle a faits pour leur famille… Ils vont devoir composer avec la coparentalité, questionner leurs propres envies et répondre à une interrogation essentielle : l’amour peut-il prendre une nouvelle forme ?
Un duo central qui porte le film
Après A Star Is Born et Maestro, Bradley Cooper poursuit son parcours de réalisateur avec Is This Thing On?, chronique intime d’un couple marié depuis vingt-cinq ans qui tente de redéfinir ses contours à l’heure de la lassitude et des remises en question. Moins flamboyant que ses précédents films, plus modeste dans ses ambitions formelles, ce nouveau long-métrage mise avant tout sur l’écriture et l’interprétation, avec des résultats contrastés.
Le film fonctionne d’abord grâce à son duo principal. Will Arnett livre une prestation tout en retenue dans le rôle d’Alex, jonglant habilement entre vulnérabilité, ironie et fatigue existentielle. Son personnage, qui se lance dans le stand-up presque par accident, trouve dans la scène un exutoire à ses frustrations conjugales, mais aussi une manière de reprendre le contrôle d’un récit personnel qui lui échappait. Face à lui, Laura Dern est, comme souvent, remarquable : elle apporte une profondeur et une humanité qui évitent au personnage de Tess de sombrer dans la caricature de l’épouse désabusée. Leur alchimie donne au film ses plus beaux moments, notamment dans les scènes de confrontation feutrée où les non-dits prennent le pas sur les éclats. Ce sont dans ces silences, dans ces regards suspendus, que le film touche le plus juste.

L’usure du couple : une approche sincère, mais sans surprise
Sur le fond, l’étude de couple après vingt-cinq ans de mariage est traitée avec sérieux et une réelle acuité psychologique. Le film capte bien cette zone grise où l’amour ne disparaît pas, mais se transforme, s’effrite, se reconfigure. Les thèmes de l’usure, du désir d’émancipation tardive et de la redécouverte de soi sont bien développés, tout comme la question de l’identité masculine en crise, confrontée à l’échec, au vieillissement et à la peur de devenir invisible.
Il y a aussi, en filigrane, une réflexion intéressante sur la manière dont chacun réécrit l’histoire commune à son avantage, et sur la difficulté d’accepter le regard de l’autre lorsque celui-ci ne correspond plus à l’image que l’on a de soi. Mais tout cela se déploie sans véritable surprise. Le scénario suit une trajectoire assez attendue, privilégiant l’observation réaliste à toute prise de risque narrative. On comprend les intentions, on apprécie la sincérité, mais on devine souvent les étapes à venir, ce qui atténue la portée émotionnelle de certaines séquences clés.

Quand l’humour révèle les failles
Les séquences de stand-up constituent une agréable surprise. Elles sont réellement amusantes, parfois mordantes, et témoignent d’un vrai travail d’écriture comique. Les textes ne sonnent pas comme de simples outils scénaristiques : ils existent pour eux-mêmes et révèlent progressivement les failles d’Alex. C’est d’ailleurs dans ces moments que le film semble le plus vivant, le plus libre, presque plus audacieux. La scène devient un miroir cruel mais libérateur, un espace où la vérité surgit sous couvert de plaisanterie.
Pourtant, c’est précisément là que se situe l’un de ses principaux déséquilibres : l’articulation entre humour et drame ne fonctionne pas toujours. Le passage de l’un à l’autre manque de fluidité, comme si le film hésitait constamment entre chronique mélancolique et comédie douce-amère. Certaines transitions paraissent abruptes, et l’émotion est parfois désamorcée trop vite par une saillie humoristique — ou inversement. À plusieurs reprises, on sent que le film aurait pu aller plus loin dans l’inconfort, creuser davantage les tensions plutôt que de les atténuer par un trait d’esprit.

Sobriété technique et rythme inégal
Sur le plan technique, la mise en scène de Bradley Cooper se veut simple, intuitive, presque effacée. Pas d’esbroufe, pas de démonstration formelle. La caméra et la direction photo de Matthew Libatique privilégient les visages, les intérieurs et une lumière naturelle qui accentue le réalisme de l’ensemble. Cette sobriété sert le propos en installant une proximité avec les personnages, mais elle accentue aussi certaines faiblesses de rythme. Plusieurs scènes semblent étirées au-delà du nécessaire, d’autres paraissent franchement inutiles, diluant l’impact émotionnel de l’ensemble.
Le film aurait gagné à être resserré pour renforcer sa cohérence et son intensité : on pourrait aisément couper quinze bonnes minutes pour un meilleur rythme. À trop vouloir laisser respirer ses personnages, il perd un peu de tension dramatique, notamment dans son dernier acte, qui manque d’un véritable point d’orgue émotionnel. Enfin, la musique de James Newberry accompagne efficacement le film, appuyant avec justesse autant les passages comiques que les moments dramatiques.
Au final, Is This Thing On? est un film sincère, porté par deux excellents comédiens et ponctué de véritables moments d’humour. Mais son manque de surprise, son rythme inégal et son équilibre fragile entre comédie et drame l’empêchent de pleinement convaincre. Une œuvre honnête, parfois touchante, qui confirme la sensibilité de Bradley Cooper cinéaste, sans toutefois atteindre la puissance émotionnelle de ses précédentes réalisations.
