Caractéristiques
- Titre : La Maison des Femmes
- Réalisateur(s) : Mélisa Godet
- Scénariste(s) : Mélisa Godet
- Avec : Karin Viard, Laetitia Dosch, Oulaya Amamra, Eye Haïdara, Pierre Deladonchamps, Juliette Armanet, Jean-Charles Clichet, Laurent Stocker, Alexandra Roth et Aure Atika
- Distributeur : Pathé Films
- Genre : Drame
- Pays : France
- Durée : 110 minutes
- Date de sortie : 4 mars 2026
- Acheter ou réserver des places : Cliquez ici
- Note du critique : 7/10 par 1 critique
Premier long-métrage écrit et réalisé par Mélisa Godet, La Maison des Femmes se déroule à la Maison des femmes. Entre soin, écoute et solidarité, une équipe se bat chaque jour pour accompagner les femmes victimes de violences dans leur reconstruction. Dans ce lieu unique, Diane, Manon, Inès, Awa et leurs collègues accueillent, soutiennent, redonnent confiance. Ensemble, avec leurs forces, leurs fragilités, leurs convictions, et une énergie inépuisable.
Une mosaïque de vies
Avec La Maison des Femmes, Mélisa Godet signe un premier long métrage engagé et profondément humain. Le film suit le quotidien d’une structure d’accueil pour femmes victimes de violences et adopte une forme chorale, qui donne voix à plusieurs personnages clés. On découvre une sage-femme chargée d’écouter et d’évaluer les situations, une chirurgienne spécialisée dans la reconstruction du sexe féminin, une jeune interne en apprentissage, des infirmières d’accueil, et un psychologue – seul homme de l’équipe – dont le rôle est d’accompagner la reconstruction mentale. Cette multiplicité de points de vue permet de comprendre non seulement le parcours des patientes, mais aussi le fonctionnement concret – fragile, mais résolument humain – de cette maison.
Le film ne se limite pas à dresser un catalogue de violences. Chaque récit est incarné et chaque personnage est pleinement développé. Des femmes excisées, victimes de viols, subissant des violences intrafamiliales, issues de milieux sociaux et culturels très différents : le film souligne la dimension systémique des violences faites aux femmes. Chaque profil est traité avec respect et humanité. Le scénario laisse à chacune le temps de s’exprimer, de montrer sa force, ses blessures, et de reconstruire sa vie. La sororité ne se décrète pas : elle se construit, parfois dans la confrontation, majoritairement dans l’écoute. Les tensions, les maladresses, mais aussi les moments de solidarité créent une dynamique crédible, jamais artificielle.

Entre drame et respiration
L’équilibre entre drame et humour est une réussite. Les témoignages des victimes bouleversent, mais le personnel soignant insuffle une légèreté nécessaire. Cet humour n’est jamais forcé ; il sert à respirer et à alléger la charge émotionnelle du récit. Mélisa Godet évite ainsi le mélodrame facile, et parvient à rendre le quotidien des femmes et de celles qui les accompagnent à la fois douloureux et porteur d’espoir.
Le long-métrage se déroule juste avant et pendant la pandémie de COVID. Ce choix renforce le propos : certaines femmes se sont retrouvées confinées avec leur bourreau, isolées et sans échappatoire. Le film évoque cette situation avec sobriété, sans chercher à surdramatiser. En filigrane, il rappelle également le manque de moyens des structures d’accueil, contraintes de fonctionner avec des budgets limités, de chercher des financements, tout en essayant de maintenir un accompagnement de qualité. Une réalité sociale jamais esquivée.

Une équipe crédible et attachante
Chaque membre du personnel est traité avec attention. La sage-femme est l’oreille attentive et le pivot du récit, la chirurgienne incarne la reconstruction physique et symbolique, la stagiaire apporte un regard frais et parfois maladroit, tandis que les infirmières d’accueil assurent la continuité et l’humanité du quotidien. Le psychologue apporte une dimension complémentaire, celle de la reconstruction mentale et du dialogue avec les patientes. Cette mosaïque humaine fonctionne parce que chacun a un arc narratif, pour la plupart complet, ce qui est rare dans les films choraux. Le spectateur n’a jamais l’impression qu’un personnage est laissé sur le bord du chemin.
Karin Viard, Laetitia Dosch, Oulaya Amamra, Eye Haïdara, Pierre Deladonchamps et Juliette Armanet font preuve d’une belle authenticité. Leur jeu crée une crédibilité immédiate. Les interactions sont naturelles, parfois tendues, parfois complices, et reflètent parfaitement la complexité des rapports humains dans ces environnements.

Une mise en scène discrète au service des femmes
Mélisa Godet opte pour une mise en scène sobre et mesurée, adaptée à un premier long métrage. La photographie douce, la lumière naturelle et le découpage fluide confèrent au film une atmosphère réaliste et respectueuse des personnages. Rien ne cherche à briller artificiellement. La musique d’Audrey Ismaël accompagne le récit avec délicatesse, amplifiant l’émotion sans jamais la forcer. Le rythme est bien calibré : une heure cinquante qui ne laisse jamais le spectateur s’ennuyer. Même si certaines scènes auraient pu être dramatiquement plus audacieuses, le choix de la retenue correspond à l’ambition du film : mettre en avant les femmes, leurs histoires et leur reconstruction, sans détourner le regard par des effets de style.
La Maison des Femmes n’est pas un film spectaculaire. C’est un film nécessaire. Sincère, sensible, engagé, il met en lumière des vies invisibles, des parcours douloureux mais porteurs d’espoir. Mélisa Godet signe un premier long métrage maîtrisé, où humanité et lucidité cohabitent. On ressort avec la sensation d’avoir compris un peu mieux les enjeux du travail de ces structures et le courage de celles qui s’y investissent. Un film utile, sincère et touchant.




