Caractéristiques
- Titre : Woman and Child
- Réalisateur(s) : Saeed Roustaee
- Scénariste(s) : Saeed Roustaee
- Avec : Payman Maadi, Parinaz Izadyar, Soha Niasti, Sinan Mohebi...
- Distributeur : Diaphana Distribution
- Genre : Drame
- Pays : Iran
- Durée : 131 minutes
- Date de sortie : 25 février 2026
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- Note du critique : 7/10 par 1 critique
Nouveau long-métrage écrit et réalisé par Saeed Roustaee (La Loi de Téhéran, Leila et ses Frères), Woman and Child, Compétition officielle au Festival de Cannes 2025, raconte l’histoire de Mahnaz, une infirmière de 45 ans qui élève seule ses enfants. Alors qu’elle s’apprête à épouser son petit ami Hamid, son fils Aliyar est renvoyé de l’école. Lorsqu’un un accident tragique vient tout bouleverser, Mahnaz se lance dans une quête de justice pour obtenir réparation…
La force de Parinaz Izadyar
Saeed Roustaee poursuit avec Woman and Child son travail d’exploration des tensions sociales et familiales qui traversent la société iranienne contemporaine. Le cinéaste s’attache une nouvelle fois à des trajectoires individuelles broyées par un système rigide, où normes sociales, rapports de domination et contraintes morales s’entremêlent. Après l’ampleur chorale et la mécanique dramatique implacable de Leila et ses frères, Roustaee opte ici pour un récit plus resserré, centré sur une figure féminine confrontée à une succession d’épreuves qui mettent à nu les contradictions d’un ordre patriarcal profondément ancré. Le film s’inscrit ainsi dans une continuité thématique évidente, tout en marquant un certain repli formel et narratif, à la fois assumé et parfois frustrant.
Cette retenue se ressent avant tout dans l’écriture. Le long-métrage est construit en trois actes, inégaux tant en rythme qu’en durée, ce qui pose un problème général de cohérence narrative. Cette irrégularité affaiblit l’impact dramatique et empêche le récit de maintenir une tension constante, laissant parfois le spectateur à distance là où l’implication émotionnelle pourrait être plus forte. Dans cette première partie, nous découvrons Mahnaz (Parinaz Izadyar, remarquable dans une composition tout en retenue et en intériorité, mais capable d’exploser lorsque la situation l’exige). Infirmière, mère célibataire de deux enfants, elle vit avec sa mère et sa sœur, et est fiancée à Hamid (Payman Maadi, acteur habitué du réalisateur). Cette ouverture nous permet de faire connaissance avec l’ensemble des personnages en adoptant principalement le point de vue de Mahnaz.

Exploration des tensions sociales et familiales
Pendant une large portion de la première partie, le film adopte également le point de vue d’Aliyar, le fils de Mahnaz, incarné par le jeune et excellent Sinan Mohebi. À travers ces scènes, nous découvrons son quotidien à l’école, et le portrait qui se dessine est loin d’être celui d’un enfant modèle, ce qui lui attire de nombreux problèmes. C’est à la fin de ce premier acte que tout bascule lorsqu’un drame survient. Mahnaz, d’abord écrasée par le deuil, va progressivement se ressaisir et chercher des responsables à son malheur. La tristesse laisse alors place à la colère, et c’est précisément à ce moment-là que les thématiques du film — fortes, pertinentes et toujours ancrées dans le réel — prennent toute leur ampleur.
En cherchant à comprendre et à se venger, Mahnaz s’en prend à plusieurs figures masculines — son ex-fiancé, un surveillant scolaire, son beau-père — de manières très différentes. Elle détruit la carrière de l’un, tente de porter plainte contre un autre, et va jusqu’à provoquer volontairement un accident de voiture avec un troisième, se blessant au passage. Sa colère déborde également sur sa sphère intime, notamment dans sa relation avec sa sœur. Mais au-delà de ces actes, ce qui alimente sa rage est avant tout un profond sentiment d’injustice. Chaque fois qu’elle tente d’agir de manière légale — porter plainte, demander des comptes, chercher le dialogue — elle se heurte à sa condition de femme. Sous couvert de lois, de normes sociales et d’autorités masculines, le patriarcat lui refuse non seulement la justice, mais même le droit d’être entendue.

Colère, injustice et violence patriarcale
Il est clair que Woman and Child se révèle moins frontalement politique que les précédents films de Saeed Roustaee. Pourtant, cette dimension reste bien présente et solidement développée. Le troisième et dernier acte vient ainsi proposer une forme de résolution, avec une scène émotionnellement cathartique pour une large partie des personnages, et qui fonctionne. En revanche, les personnages secondaires demeurent souvent esquissés, en particulier dans les sphères professionnelle (une collègue infirmière), familiale (la mère de Mahnaz, qui aurait mérité davantage de place) et sociale. Ce choix de focalisation peut se défendre par la volonté d’adopter le point de vue d’un personnage principal isolé, traversant ces existences sans jamais totalement s’y ancrer. Mais il montre aussi ses limites, en réduisant parfois la portée dramatique de certaines situations et en donnant l’impression que le film effleure des enjeux qu’il pourrait approfondir davantage.
Sur le plan formel, Saeed Roustaee confirme sa grande maîtrise, mais dans un registre plus classique que ses précédents longs-métrages. La mise en scène est rigoureuse, précise, toujours lisible, avec un découpage efficace et une direction d’acteurs irréprochable. Ce classicisme assumé renforce le réalisme du récit et son ancrage social, mais donne aussi le sentiment d’une œuvre plus sage, moins audacieuse dans ses partis pris, parfois trop prudente là où l’on pouvait attendre une tension dramatique plus constante et plus tranchante.

Une mise en scène classique mais maîtrisée
En revanche, Roustaee filme Parinaz Izadyar avec un véritable sens de l’observation, laissant le spectateur ressentir l’usure progressive, la colère contenue et la douleur sourde qui traversent son personnage. À plusieurs reprises, le film atteint une intensité émotionnelle indéniable, notamment lorsque la mise en scène s’efface pour laisser toute la place au jeu de l’actrice, sans chercher à surligner les effets. Malgré un rythme inégal, le film ne lasse jamais vraiment sur ses près de deux heures et quart. Enfin, la musique de Ramin Kousha se révèle discrète et parfaitement dosée, accompagnant le récit sans jamais l’écraser.
Malgré quelques réserves, Woman and Child demeure un drame social solide et pertinent, porté par une actrice exceptionnelle et par le regard toujours acéré de Saeed Roustaee sur les rapports de domination et la violence ordinaire du quotidien. S’il n’atteint ni la force ni l’ampleur de ses précédentes œuvres, le film confirme néanmoins le talent du cinéaste et sa capacité à capter, avec précision et sensibilité, les failles d’un système et de ceux qui y évoluent. Une œuvre imparfaite mais sincère, qui laisse parfois un goût d’inachevé, tout en restant largement recommandable. Un bon film, sans être le meilleur de son auteur.




